/ Language: Français / Genre:humor_prose / Series: San-Antonio. Morceaux choisis

Réflexions croustillantes sur nos semblables

Frédéric Dard

« La plupart des gens ont la frime de leur turbin. Par exemple, tous les croque-morts sont de joyeux lurons, un peu pâlots et sentant le décès ; tous les bistroquets sont des gars placides et ventrus ; toutes les repasseuses des souris tristes et molles, et toutes les bonniches d’hôtel de pauvres greluses ravagées ayant la couleur des bidets qu’elles passent leur garce de vie à ramoner. » San-Antonio

San-Antonio

Réflexions croustillantes sur nos semblables

Morceaux choisis recueillis par Raymond Milési

Je ne sais pas ce que j’ai fait au Seigneur pour qu’il m’affuble d’une tête comme la vôtre.

C’est un puissant quinquagénaire qui n’aurait aucune peine à mesurer deux mètres s’il avait vingt-huit centimètres de mieux. Il est puissant, noir de poil, débordant de tout, avec un air de vouloir paraître gentil qui mettrait sur ses gardes un mendiant aveugle. Ses joues tremblotantes ressemblent à des fesses. Il porte de grosses lunettes à monture d’écaille et jouit de sourcils touffus. Il débute chacune de ses phrases par une sorte de barrissement chargé, dirait-on, de « faire un tympan » à ses interlocuteurs. Il apostrophe, tonitrue. Affirme. Assène. Partout, il est en chaire. Sa vie est une tribune du haut de laquelle il se dit au monde médusé.

Cet homme a deux langages. Il parle des autres en style télégraphique, ayant un minimum de salive à leur consacrer, économisant les épithètes, rognant sur les articles et les pronoms, sautant les verbes. Mais il fait montre d’une complaisance torrentielle pour parler de lui. Il se chérit, se surenchérit, déborde d’adverbes et de qualificatifs, chausse les pires pléonasmes, pilonne à coups de redites, souligne par des onomatopées. Il est certain que tout ce qu’il énonce, pense, projette de dire et tait par manque de temps est d’un intérêt démoniaque. Son charme ne lui fait aucun doute. Il en est si plein qu’il s’en égoutte et nous en dégoûte.

LA GALERIE DES TRONCHES

Elle a des yeux découpés dans un morceau de ciel, un minois adorable et une bouche dessinée par un vicieux qui s’est complu à l’orner d’un bec-de-lièvre. Ses jambes sont bien faites, abondamment arquées, ce qui atténue sa claudication.

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Le portier a une tronche d’ivrogne qu’émiette un eczéma ravageur. Il porte une tunique bleue à épaulettes dédorées et une casquette dont les galons pendent comme des spaghettis d’une soupière.

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Un truc noir, accroupi derrière le tiroir d’un classeur, se développe brusquement dans le sens de la hauteur : c’est une demoiselle d’une soixantaine d’années, fortement vierge, qui ressemble à une cigogne en grand deuil.

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Il a une tête de Turc haineux et un pyjama de coton rayé qui l’apparente aux anciens détenus d’Alcatraz.

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Elle a du maintien dans le soutien-gorge, des bonnes manières dans l’intimité, du bleu au-dessus des yeux, du mauve au-dessous du nez, un sac de perles, un cache-nez de deux mètres sur le dos et un trottoir de quinze mètres en bas de l’hôtel.

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C’est un bonhomme rondouillard, rouge comme un Conclave, avec une brioche carrossée par Lustucru, des petites mains potelées, des lèvres luisantes, un nez fluorescent, des cheveux blonds malades étalés sur un crâne constellé de taches brunes, des joues flasques, des bajoues fluides, des yeux en apostrophe, une fossette profonde comme le fossé de Vincennes au menton, un col cassé, une cravate plantureuse et une voix de garçonnet enrhumé.

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Le gars avait cinquante ans de plus que sa femme, une gueule qui pendait comme les branches d’un sapin, un râtelier à changement de vitesse et un bandage herniaire.

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Elle est rousse, genre incendie de forêt, avec un regard couleur d’eau stagnante et quand elle parle on dirait qu’elle joue de la harpe.

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C’est un homme fiévreux, plein de tics et saboulé à la perfection par un tailleur anglais. Très brun, le nez long, portant d’énormes lunettes de vue aux verres surépais, la lèvre inférieure en gouttière, le geste vif, il marche sur nous d’un pas déterminé, tel un huissier hépatique venant saisir ton mobilier.

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Le vacancier était un grand maigre en bermuda, maillot de corps, chaussettes montantes, chaussures de ville et petite casquette « Tour de France ».

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C’est le genre de type obscur et besogneux qui s’achète un complet tous les dix ans, qui moud le café et essuie la vaisselle chez lui, tout en faisant ponctuellement un lardon à sa grognace.

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Le gardien de nuit se pointe, maussade, hirsute, vieux, malade. Ses tifs sont gris mais furent blonds. Son visage est ridé mais il fut altier. J’ai devant moi le spécimen type du décavé.

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Elle avait tout ce qu’il faut pour faire oublier le système fiscal à l’humanité souffrante : des roberts bien remontés, et un contrepoids à bascule à faire rêver un général de brigade.

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Le pasteur est un grand triste avec une serviette à fermeture Eclair sous l’aile et un air de racheter les péchés du monde aux meilleures conditions.

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Il a le cheveu noir et frisé, le regard à la fois préoccupé et cordial, un éternel sourire gentil aux lèvres. Il a des projets de barbe, mais celle-ci reste adolescente, et forme des touffes folles sur son menton.

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C’est un petit blond vachard qui se croit obligé de vérifier si la pointe de ses godasses est bien cirée lorsque vous lui parlez.

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Le brigadier est un homme élégant qui ne dépasse pas les cent dix kilos. Ses yeux injectés de sang ont une douceur quasi bovine et ses sourcils fournis ne sont qu’à trois centimètres et demi de ses cheveux graisseux.

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Imaginez une pauvre fleur de misère à l’air navré ; au nez en trompette bouchée et aux yeux tellement ternes qu’on les croirait couverts de poussière.

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Le patron est une espèce d’hippopotame, plus gras qu’une soupe au fromage, qui dort sur son ventre comme sur un édredon.

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Elle est bronzée comme un secrétaire d’acajou, avec une chevelure incandescente et des yeux qui vous perforent le futal de part en part.

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Notre chauffeur est un grand anguleux avec une mâchoire en os et des cheveux comme du jus d’orange.

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Elle vadrouille entre la quarantaine et la cinquantaine, poussant devant elle deux énormes mamelles qui l’empêcheront toujours de se noyer en cas de naufrage.

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Il a une gueule cuite au bain-marie, un nez énorme agrémenté de boutons prêts à éclore et des yeux qu’on a repêchés dans un bocal à cornichons.

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C’est un grand mec, brun de poil, beau gosse tel que les shampouineuses s’imaginent les beaux gosses ; c’est-à-dire qu’il a la mâchoire carrée, l’œil sombre, la bouche sensuelle, le sourcil ténébreux et la chevelure bourrée de reflets, comme un guidon de vélo au soleil.

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Entrée de la dame : une nature ! Un mètre cinquante, quatre mentons, un strabisme convergent, un parfum refusé par le groupement d’achats d’Uniprix et la cinquantaine dûment frappée.

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C’est un jeune homme myope et instruit, ça se voit immédiatement aux rayures de sa cravate.

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Il est maigre et se paie un pif en forme de bec. Ses lunettes corrigent mal un strabisme convergent qui lui permet de s’inscrire en faux contre cette sotte affirmation que des parallèles ne se rejoignent jamais.

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Le serveur le regarde engloutir l’alcool avec un œil dans lequel on lit de la réprobation, de l’incrédulité et un commencement de maladie de foie.

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C’est une vieux teigneux de soixante carats, avec des deuils plein son passé, des poils plein son menton et des filets de vinaigre plein sa voix.

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Il est carré de frime, cendré de poil, coiffé court, du chewing-gum plein la gueule, une paupière tombante et des yeux comme le dessus d’une boîte de sardines entamée.

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C’est un type mince, au teint olivâtre. Il porte un complet anthracite uni et une cravate rouge sang. On dirait une blessure tant elle sanguinole sur sa chemise immaculée.

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Ses bourrelets sont à bourrelets. Il chauvine du dessus. Le reste frisotte. Il porte un veston de costume avec un pantalon d’autre costume, croyant que ça fait « anglais », mais ça ne fait que représentant en taille-crayons.

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C’est un honnête nabus de trente ans, qui paraît le double because les cinquante centilitres de calva qu’il écluse chaque jour. Il n’a plus rien d’humain. Les gobilles lui sortent de la vitrine et son naze est tellement rouge qu’il est obligé de se le passer au Lion noir lorsqu’il assiste à un enterrement.

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Elle a des seins en forme de biberons. En les regardant, on devient un farouche partisan du régime lacté. Une poitrine commak, c’est la mort de Nestlé !

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Il a des yeux pointus, une bouche en guidon de course et un nez légèrement aplati. Tout ce qu’il faut pour se faire répondre « complet » par les portiers de grands hôtels.

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Il porte un complet de velours qui fait des poches aux coudes, aux genoux et… aux poches. Cravate de cuir pour délégué syndical. Deux dents en or sur le devant, une hanche en plastique sur le derrière. Un sourire obséquieux sous une moustache de mulot des champs.

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C’est la grosse brute aux épaules de déménageur et à tronche cubique. Il a les tifs en brosse et un cou qui servirait de raccord pour le pipe-line du Sahara.

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La femme de chambre s’annonce avec un plateau bien garni. Elle est petite, mais roulée comme une gitane, blonde, la croupe avenante, avec un sourire qui vous promet des choses.

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Son complet est classique, mais sa chemise est vert d’eau et sa cravate vert pomme à rayures roses. Il sent l’encens. Missel-mi-raisin. Homme d’alcôves et de confessionnaux. Sa bouche est charnue, molle, gobeuse, faite pour la pipe et la prière à grand spectacle.

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Il est américain. Jeune et grave, le teint brique, des lunettes de myope, l’air de penser à autre chose de plus préoccupant que toi pendant que tu lui parles.

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Il mesure un mètre trente et se loque au rayon garçonnet dans les grands magasins bien qu’il soit âgé d’un bon demi-siècle. Quand il voyage, il doit se mettre dans sa valise et la fermer à clé pour ne pas se perdre.

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Le patron est un gros rougeaud à gilet de laine avec des lèvres en rebord de pot de chambre. C’est le bon zig qui a un durillon de comptoir gros comme un ballon de rugby pour couver son tiroir-caisse. Il est heureux de vivre et de ranger des coupures sales dans des casiers.

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Elle cache dans les plis arachnéens d’une chemise en nylon transparent deux seins en goutte d’huile qui ont tendance à se faire la paire.

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Elle porte un tailleur Chanel bleu à col de velours noir. Ses châsses sont presque de la même couleur : bleu et noir. Pour ce qui est des formes, ses nichemards ont le volume de deux pommes californiennes ; quant au balancier arrière, il a été modulé par un luthier.

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Elle est grande et flexible, avec une taille de guêpe, des nichemards surcomprimés, un valseur sculpté-main, des jambes de cover-girls américaines, et un beau visage aux pommettes légèrement accentuées, style mongole fière. Yeux verts, cils en forme de tremplin pour saut à ski, et bouche façon vorace, dessinée par un artiste lubrique.

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Il pourrait être nain s’il ne s’obstinait à porter des talonnettes.

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Quarante-six ans de célibat, d’idées toutes faites, de soumission. Quarante-six ans avec un cache-nez de laine, des aigreurs d’estomac, un porte-monnaie, un abonnement au Pèlerin, et une reproduction de l’Angelus de Millet ! Faut le voir pour y croire.

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C’est un grand mec sombre et moisi, qui fait penser à un champignon vénéneux.

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Le cambouis forme une sorte de carapace sur ses hardes de travailleur. Des touffes de poils blancs jaillissent du col de sa chemise. Il a un gros tarbouif, chaussé de lunettes rafistolées, aux verres épais ; sa casquette avachie lui dégouline de la tronche comme une bouse de vache fraîche.

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C’est le genre de zig qui fréquente les instituts de beauté et de culture physique, surveille les calories, sait parler aux femmes, ce qui est bien, et aussi aux hommes, ce qui est mieux. Il a un sourire d’homme d’affaires pressé qui, en te recevant, s’excuse déjà de devoir te congédier bientôt.

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Homme d’une soixantaine d’années, baraqué façon lutteur. Il a mis un falzar sans passer les bretelles qui lui battent les meules et il a bourré le pan de sa chemise de nuit dans le futal, ce qui lui constitue un énorme bourrelet autour du baquet.

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L’épicemarde est une ravissante brune de soixante-douze ans, entièrement recrépie à la chaux vive.

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C’était un homme d’une quarantaine d’années, très germanique, avec des manières d’homme du monde et une élégance un peu triste parce que légèrement surannée.

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Le type est grand, d’une maigreur qui filerait des complexes à un cintre à habits, et sa tronche évoque le pithécanthrope de Java. Quand il marche, on dirait un cheval à roulettes qui se baladerait sur un sol jonché de feuilles mortes.

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C’est une dame de cinquante et mèche, empâtée par l’âge, avec une chevelure extra-platinée, vêtue de rouge ardent. Quand elle cause, ça fait comme lorsque tu pètes dans ta baignoire ; ça lui part des tréfonds et ça remonte en grappes.

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Il est jeune, mince, brun, avec une tête de belette cupide et des vêtements couleur de Français-moyen-anonyme-désireux-de-voyager-incognito.

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Solide gaillarde ! Bâtie comme un grenadier, presque aussi moustachue, avec l’air de ne pas tolérer qu’on se mouche dans ses rideaux.

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C’est un mec déplumé du croûton, mais qui a collé ses derniers crins à la Seccotine. Il a le visage allongé, le menton galochard, le nez comme une cerise, un dentier qui le gêne aux épaules, de grandes oreilles, l’œil défraîchi et une cicatrice au front qui représente un coucher de soleil sur la mer Rouge.

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Type asiate, bouche happeuse, regard rieur, elle porte un boléro couleur Ravel et une jupette ras-de-moule également rouge.

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Il s’agissait d’une ravissante fille à qui il ne manquait qu’un brin de toilette pour paraître vraiment sensas. Malgré sa blouse bleue, son absence de fards et l’ignorance qu’elle avait des salons de coiffure, elle réussissait à être jolie.

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Il s’agit d’une gamine dont la maman n’a pas lésiné sur les voies respiratoires, croyez-moi ; non plus que sur son appareil à écraser les coussins.

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C’est un grand type avec un nez à deux places, une bouille revue et corrigée à Hiroshima, et un regard fait avec deux coquilles de noix évidées. Pour pouvoir le mater dans les yeux, faut cracher dans les trous.

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Chez elle, le bleu domine. Elle en a tout autour des vasistas, sur les tempes et sur les ailes du pif. Son rouge à joues est orange, son rouge à lèvres violet, et ses sourcils marron décrivent un demi-cercle parfait malgré les rides. C’est plus une mémé, c’est l’enseigne d’un marchand de couleurs.

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Sa bouche ressemble à un sexe féminin placé de travers, son nez à un escargot de l’espèce « petit gris ». Il a la boule à zéro, mais s’en console en portant une casquette de marinier.

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La concierge a un visage blême, posé derrière la vitre, comme un P. V. sur le pare-brise d’un automobiliste en défaut.

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Elle n’a pas vingt ans, un sourire que Gibbs paierait une fortune et un de ces airs fripons qui vont droit au cœur de l’homme avant de se répartir dans des régions plus secrètes.

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Il porte un costard de flanelle blanche, et un immense chapeau style cow-boy. Il a des favoris qui frisent, un gros nez plein de poils et il fume un cigare à peine plus petit que la colonne Vendôme.

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On me désigne un grand type portant sous sa blouse grise une chemise blanche et une cravate noire ; plus, je pense, un pantalon mais comme la blouse lui tombe sur les radis, je ne saurais l’affirmer catégoriquement.

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On dirait une crémière qui aurait décidé de se faire passer pour une vamp.

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C’est un vieux à lunettes cerclées de fer qui ressemble à un instituteur en retraite. Il est emmitouflé dans un cache-nez de grosse laine, un béret lui emboîte la tête, sommé d’une petite couette agressive. Cet embryon de tige lui donne vaguement l’aspect d’une poire.

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S’annonce un grand dadais boutonneux à lunettes d’hypermétrope. La raie basse, les épaules en cintre à habits, une ombre de moustache blondasse. Il porte un pantalon de velours vert et un blouson de daim usé. Il a l’air con et instruit.

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Une grosse fille bouffie encaustique les chaises en chantant une chanson de Mlle Hardy avec la voix de Laurel. Elle est appétissante, peut-être parce qu’elle ressemble à du pâté de foie.

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Le vieux bonze a une frime ridée et ravagée par le chagrin. Il ressemble à un brochet sans dents que j’ai beaucoup connu. Il a la même tête verdâtre, les mêmes yeux lustrés, et les mêmes narines évidées.

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C’est un garçon costaud, d’une vingt-troizaine d’années, avec un front mince comme un ruban de machine à écrire, des yeux éteints et une grosse bouche saliveuse.

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Le potard est un monsieur à la trogne violacée qui ne doit pas picoler du sirop d’orgeat. Il a un naze épais comme une poignée de main de déménageur et les paupières au maigre de jambon.

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Imaginez une dame haute d’un mètre cinquante, large comme un vaisselier, ventrue, mafflue, bouddhique, avec une figure comme les fesses d’un tailleur où deux égratignures figurent les yeux, et une troisième la bouche.

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Cet homme paraît être le fils légitime d’un hareng saur et d’une bouteille d’huile d’olive.

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Il a la poitrine comme celle d’un squelette, en un peu moins grassouillet toutefois. Ses coudes sont saillants, ses jambes torses et, quand il est nu, ses oreilles écartées ont l’air de battre des ailes.

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C’est un homme jeune et soucieux, vêtu d’un beau complet à rayures mauve et bleu et qui parle couramment français à l’aide d’un interprète.

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Balançant son porte-documents au bout d’un morceau de courroie, il avait cette démarche rapide et furtive des adolescents échappant à une férule.

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Il ressemble à François Mauriac en plus jeune et en moins gaullien. Il a l’œil intelligent, le dentier entièrement fait à la main, la pomme d’Adam en relief et l’estime de ses amis.

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Ça n’est plus qu’un minuscule tas de vieillard, qui n’a de coloré que sa rosette.

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Il s’agissait d’un homme plutôt massif, avec une tête informe qui faisait songer à une enclume. Il avait les paupières à demi baissées et ce qui filtrait de son regard mettait ses interlocuteurs mal à l’aise.

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Elle a un corps aux lignes aussi harmonieuses que celles du Bottin, une tête de cheval, et des manières à côté desquelles celles d’Attila n’étaient que marivaudage de salon.

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Il porte des fringues de veuf inconsolable et sa bouche ressemble à une vieille cicatrice d’appendicite admirablement réussie.

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Le taximan est un vieux type coiffé d’une casquette à petits carreaux, qui ressemble à un jockey retraité. Il pilote lentement en mâchouillant un morceau de cigare qui a dû s’éteindre quelques années plus tôt et qu’il s’est abstenu de rallumer par mesure d’économie.

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Elle a le regard vicelard, le nichon qui ne craint pas le vertige, le ventre en ventouse et le souci permanent d’écrire 888.888 avec ses fesses.

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Le cheveu en congé de maladie, avec la bouche gourmande des gens intelligents, placide comme un homme qui doit garder son sang-froid en toutes circonstances, il fait vaguement penser à un prélat chargé d’instruire un procès en canonisation.

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Il est vêtu d’un pantalon gris-sale sale dont le haut de la braguette a éclaté et d’une chemise à manches courtes sur laquelle ses bretelles en tapisserie rouge flamboient comme des rampes de néon.

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Vachement gothique de lignes, la nana ! Un Carzou ambulant ! Il m’est arrivé de rencontrer des épouvantails beaucoup plus dodus que cette personne.

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Sa bouille est tellement criblée de taches de son que c’est sa peau normale qui a l’air d’éphélides vues en négatif. Il est affublé d’une blouse qui devait être blanche à l’achat, mais qui ressemble maintenant à une combinaison de parachutiste.

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C’est un rouquin de taille et d’âge moyens. Il porte un complet de mauvaise coupe, une chemise blanche à rayures roses, une cravate bleue à rayures roses et des oreilles roses sans rayures.

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Elle porte un tailleur anthracite, un chapeau à aigrette. Elle a des souliers plats, des bas de coton, un parapluie, un sac à main, l’air de suivre un corbillard, l’agonie au fond de la prunelle des maux endurés, des mots en réserve, des arrière-pensées en berne. Une certaine façon d’exprimer : son mépris, son catholicisme, ses ordonnances médicales, ce que fut sa vie matrimoniale, ce que sera son veuvage, la température extérieure, le style de sa salle à manger, sa stérilité foncière, la maladresse de son dentiste et la brutale hausse de l’entrecôte.

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On dirait une grosse pédale. Il a des seins de caissière, un dargif de crémière, une voix fluette, un sourire effarouché, de longs cils de biche, et des yeux humides comme une jouvencelle regardant chanter Johnny Hallyday.

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Le vieillard est assis devant sa porte, sur une chaise aussi branlante que lui. Il a une barbe drue et assez courte pour faire « mal rasé », de la peau qui pend au cou, un vieux bada à ruban moiré d’humidité, deux chicots entre lesquels coule un filet de bave brun purin. Par-dessus tout ça, cet air soucieux et égaré des vieux gâteux du monde entier.

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Il a un teint qui fait songer au drapeau russe, des yeux pétillants de joie et de roublardise et un rire pareil au bruit d’une cognée pénétrant dans un arbre.

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Le zig a dû être momie dans sa jeunesse. Il collerait la photo d’un hareng saur sur sa carte d’identité qu’aucun douanier ne s’en apercevrait.

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Le brigadier est d’aspect sédimentaire. Son visage se compose de tranches superposées. Y a celle de sa moustache, celle de son regard charbonneux, puis celle de ses épais sourcils et enfin la visière de son képi.

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Un grand type pas beau, avec une figure large et brillante comme un dargeot de macaque, se pointe, sous un béret basque rigoureusement plat, qui lui compose une sombre auréole de saint en panne de courant.

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Le visiteur est un grand type brun, qui louche derrière d’énormes hublots prélevés sans doute sur un bathyscaphe désaffecté. Avec ce qui lui choit sur les épaules comme pellicules, on pourrait tourner un remake de Ben Hur.

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Elle est décharnée, anguleuse, sous sa robe de chambre de pilou rouge. Ses cheveux ternes pendent le long de sa figure comme les tentacules d’une pieuvre morte. Ses dents supérieures avancent considérablement au-dessus de son menton crochu et elle ne possède pas suffisamment de lèvre pour les recouvrir.

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Le gardien est un mutilé de la Vieille Guerre. Il lui manque une jambe, les dents, son certificat d’études primaires et deux boutons de braguette. Il porte une blouse dont les poches arrachées battent l’air telles des oreilles d’éléphanteau, un gilet tricoté qui se détricote tout seul et une casquette d’uniforme à visière de carton bouilli.

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La préposée pèse deux tonnes et ressemble à une statue de saindoux exécutée par Picasso pour le compte d’un crémier.

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Elle arbore une robe neuve imprimée, décolletée jusqu’à ras terre, qui dégage bien ses beaux bras dont un porc se servirait pour marcher. Elle est coiffée moderne, court, et s’est fait faire « les mèches ». Sa chevelure, tu croirais le toit d’une ruche sur lequel on aurait renversé un pot de peinture.

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Il est rabougri, avec un teint de pêche gâtée et un regard d’épagneul auquel on a oublié de donner sa pâtée.

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C’est un homme malingre et barbichu qui ressemblerait à Trotsky si Trotsky avait eu une gueule de con. Il porte des lunettes cerclées de fer et suce des pastilles qui puent l’armoire où l’on remise les lainages pendant l’été dans les maisons dites bourgeoises.

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Son visage poupin s’orne d’un nez de canard, plat et presque horizontal. Il semble réussir le tour de force de ne rien regarder, ni hommes ni choses.

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La personne rôde autour de la soixantaine sans oser trop s’en approcher. Grassouillette à partir du premier étage, maquillée à la truelle, paupière lourde et œil pervenche. Une bonne femme qui ne doit pas se laisser monter sur les nougats, même par un autobus.

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Un couple de sexagénaires :

Lui, est un truc extra-utérin qui n’aurait jamais dû quitter le bocal de sa jeunesse, elle, une guenon musclée comme une écrevisse. Des chapeaux de paille enrubannés les maintiennent dans une ombre vénéneuse…

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La personne est blonde platinée et son air fripon flanquerait des idées salaces à un congrès scientifique.

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Elle a les cheveux coupés, ni trop longs ni vraiment courts. Et châtains fades, ce qui est la modestie de la blondeur. Un visage pas joli, plutôt sympa. Elle se farde pas. Devrait. Le cosmétique a été inventé pour les putes, donc pour des personnes destinées à exciter les convoitises.

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C’est le mec féroce, qui trique encore à quatre plombes et qui convoite des fesses. C’est plus une heure pour refréner. L’assouvissement de la fin de nuit, ça démange outrageusement, ça chauffe à crime, à blanc, à désespoir.

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La patronne est une personne fondante, trop blonde pour être en harmonie avec les poils de sa chatte, vêtue comme pour un dîner à la sous-préfecture, et qui s’y croit en plein.

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Quarante piges, une voix de fillette et pas plus de barbe qu’un flacon d’ambre solaire. Si ce mec n’est pas pédé, il devrait l’être.

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Il porte un maillot rayé par-dessus son accent marseillais et il a une dent en or dont il se sert pour sourire. C’est un mec sympa, avec de l’albuplast sur l’avant-bras, histoire de dissimuler certaine partie de son tatouage représentant deux matafs en train de se sodomiser en camarades.

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Démaquillée, elle est belle comme un cageot.

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C’est un grand mec voûté, couleur de navet, avec un nez minuscule qui ressemble à un escargot, des yeux plâtreux de pierrot réveillé en sursaut, une bouche aux commissures tombantes et des oreilles tellement décollées qu’elles vont aller valdinguer au premier coup de vent.

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Elle est longue, blanche, avec des cheveux qui lui pendent sur la navrance comme le feuillage d’un saule, et un regard à s’être laissé faire douze gosses à la file par des messieurs qu’elle n’a jamais revus.

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Le digne homme porte un pantalon de velours, une veste de bleu de travail ravaudée par-dessus une accumulation de tricots, des pantoufles fourrées, et une maladie de Parkinson à changement de vitesse qui fait geindre son siège comme le vent une girouette.

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La jeune fille serait très belle si elle n’était albinos avec les jambes torses et une surcharge pondérale de quatre-vingts kilogrammes.

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C’est un type plutôt vioque, avec la pomme d’Adam comme un jeu de cartes qu’il aurait avalé, des tifs rares qu’il rebrousse sur son dôme et maintient avec de la gomina ou une punaise.

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J’avise un être indécis, de sexe jadis féminin, probable. Ça se drape dans de la guenille noire parce que c’est veuve à part entière et depuis toujours. Sa voix semble sortir de sous une pierre en même temps que des cancrelats paniqués.

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La personne est grosse, tassée, avec juste une robe bleue sans manches qui laisse pendre la viande de ses bras comme des algues repêchées avec un bâton.

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La baronne est une personne bi-centenaire, aux cheveux teints en jaune bouton d’or, avec des lèvres violettes et une robe de même couleur. Elle porte des colliers, bracelets et bagues de perles à tous ses doigts, à tous ses poignets et à tous ses cous.

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Bel homme au visage étroit et haut comme un autobus londonien, chevelure brune coupée d’une raie médiane, sourire sceptique, posture blasée, œil qui ne s’arrête que sur l’arrière-boutique des choses.

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C’est un bon gars, ça se voit de loin. Le sourire emprunté et jamais rendu, le regard qui cherche à se vouer, une belle expression pour saint de vitrail, si on vitraillait des saints très cons.

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Face anguleuse, le nez acéré comme la lame d’un poignard, la chevelure descendant bas pour ne s’arrêter qu’à quatre centimètres des sourcils, les lèvres minces placées entre deux rides cruelles, il avait la peau bistre, le visage glabre et un regard terriblement fixe que, de temps à autre, il affublait de lunettes à monture d’écaille, plus pour se donner une contenance que pour corriger sa vue de faucon.

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C’est un bon gros en blouse bleue qui doit se peigner tous les samedis avec un clou.

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C’est une blonde qui doit être vraiment blonde, avec une peau de pêche, des yeux bleu lavande et une bouche qu’on aimerait tutoyer à bout portant.

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Le guide ressemble à un vieil aristocrate désargenté. Sa mise a conservé quelque chose de gourmé malgré l’usure de ses vêtements. Il porte une cravate luisante parce que taillée dans la soie et aussi à cause de la crasse qui met une patine dans la région du nœud.

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C’est un drôle de type, plus vieux que son âge, n’importe son âge ; grand, un peu voûté, la chevelure taillée en brosse, ce qui lui fait un dessus de tronche comme un fer à repasser à la renverse.

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Elle est plantée dans l’encadrement de la porte sur ses guibolles desséchées, pareille à ces personnages de cauchemar qui sont tombés d’un rayon de lune sans se casser la gueule.

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Un vieillard, mis à l’équerre par l’âge et des cyphoses torsadeuses, traîne sa fin d’existence devant nous. Il est pâlot, la joue creuse et herbue, vêtu de hardes luisantes. Un feutre à bord court achève d’apporter une sinistre cocasserie à cet homme en route pour le terminus.

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La taulière est une espèce de pachyderme transformé en femme par une fée Carabosse en état d’ébriété. Chaque fois qu’elle ouvre son tiroir-caisse, elle doit déplacer les deux sacs de farine qui lui servent de poitrine.

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Elle est peinte en guerre. Maquillée à tâtons car son rose à joue lui descend jusque dans les poils de la barbe. Néanmoins, elle continue de « faire bourgeoise ».

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Il porte un complet bleu à rayures blanches, une chemise pervenche, une cravate bleu marine et une dent en or en acier inoxydable.

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L’homme se situe dans la catégorie top niveau des bouilles cancrelateuses. La vraie figure fétidique, blême et grêlée, aux paupières sans cils, aux lèvres minces. Son regard de bas fumier flanquerait des frissons à Dracula.

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Une aimable jeune fille vient m’ouvrir, sèche, maigre, la frite pleine de boutons, le cheveu filasse, le nez chaussé d’affreuses lunettes que tu croirais qu’elle regarde l’existence à travers les roues d’un vélo.

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Il se comporte en homme dont la pitié a été laminée par l’existence, au point que le seul être susceptible encore de lui inspirer quelque compassion, c’est lui-même.

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La préposée est une dame agréable à regarder. Fine moustache, sourire affable de la personne à laquelle on enfonce un tisonnier rougi dans le rectum après lui avoir fait absorber une tasse d’huile bouillante.

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C’est un petit homme rond, aux jambes courtes, avec un ventre très pointu, des bajoues flasques comme des fanons de dindon et des yeux que brouillent de grosses lunettes aux verres inhumains.

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Elle a le nez plongeant, les cheveux longs et raides et le regard comme deux fenêtres gothiques. J’aurais un film à réaliser sur la vie d’un sanatorium dans les années 20, je l’engagerais illico pour tourner le rôle de la tuberculeuse-chef.

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Le vieux mutilé du travail vivait sur une seule jambe, tout comme un héron. L’avarice étant son bien le plus précieux, il le nourrissait par des privations ultimes.

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La dame potelée, avenante, l’œil pardonneur, le sourire pour cartes postales, est accompagnée d’un bonhomme du genre crevard à nez poreux qui ne touche pas des pots-de-vin mais les boit.

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C’est un usé, un retraitable qui cent fois sur le métier remet son ouvrage au lendemain, en espérant qu’un autre l’aura fait à sa place dans l’intervalle.

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Il est tout tassé, la tête penchée, le bord de son vieux bada touchant presque sa poitrine, mains croisées sur le ventre, menu, frileux, plus vieux que son âge et que ses artères.

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Belle femme en vérité. Province à Paris. D’allure George Sand. Elle a le teint pâle, la poitrine en saindoux, l’œil bouffi, un peu dolent, style grenouille. Elle parle en zozotant. Bref : une conne qui-croit-tout.

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Le personnage est tuméfié, suintant, avec un regard improbable qui fait songer à deux fientes de canari.

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La vieille bonne est rondouillarde, pas commode. Le genre de fille revêche qu’on engage un matin en se disant qu’avec cette tronche-là on ne la supportera pas plus de quarante-huit heures, mais qui finit par élever vos petits-enfants.

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La porte s’ouvre sur une grande femme un peu secouée par la soixantaine, vêtue d’une robe plutôt austère, dans les tons malades. Elle a le cheveu blanc-bleu et l’air d’être aussi marrante qu’une épidémie de peste bubonique.

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Il avait un nez long et élargi du bas en éteignoir de cierge, une bouche mince que deux rides pareilles à des cicatrices mettaient entre parenthèses, et des éventails à libellules que le conservateur du Musée de l’Homme devait surveiller de près.

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La personne est affligée d’une protubérance au bas de la joue droite consécutive soit à une chique, soit à une fluxion dentaire. Elle a cet air résigné des gens qui ont toujours été laids, l’ont toujours su et n’en ont jamais voulu à personne.

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Une joliesse inexploitée, un refus de s’accomplir normalement : elle sait se tenir à table, peler une pêche, fermer sa gueule, sourire discrètement.

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Le cheveu tiré, le nez pointu, la pommette pâle, fringuée de hardes chastes qui puent la naphtaline, elle marche comme on revient de la table de communion, enrichie de la plus ardente contrition et rayonnant de pré-gloire éternelle.

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Son complet de confection lui donne cet air godiche qu’ont les athlètes en civil.

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Tu croirais un hérisson aux cheveux blancs. Il a des sourcils en guidon de course, le teint sombre et plein de rides venues lui taillader la gueule avant l’âge. Un imper à épaulettes officières renforce l’aspect géométrique du mec. D’emblée, tu le situerais dans les « caustiques sympas ».

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Elle avait un air de profond ennui sur son visage sombre où flambait une bouche exagérément fardée en fluo orange. Des boucles d’oreilles, larges comme des balançoires de perroquet, la transformaient en pube pour la Vache qui Rit.

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L’employé de l’hôtel est jeune, bien de sa personne, et empoche le pourboire que je lui débloque sans le regarder, ce qui est une preuve de parfaite éducation.

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C’est une brune en forme de « 8 » avec des cannes comme des pattounes d’éléphant et une verrue de saint-cyrien (à aigrette) au-dessus de la lèvre, mais fort heureusement assez bien camouflée par sa moustache.

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L’homme en bras de chemise est un gros, très porcin, déplumé, blondasse de ce qui subsiste, avec un regard bleu pâle, une bouche de jouisseur. Il marche derrière un ventre de Pâques cerné par une ceinture de croco rouge.

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Elle mesure un mètre quarante à tout casser. Elle a un gros chignon sur le sommet du crâne, un fichu noir et des bas de laine noire en tire-bouchon. Quand elle parle, sa langue lui sort curieusement de la bouche, pointue et frétillante.

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Imagine une grosse vachasse brune, mal fardée, l’œil stupide, fringuée comme cet as de pique que tu as rencontré le mois dernier au mariage de la cousine Glandule.

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La clarté lunaire me permet d’admirer un citoyen d’une cinquantaine d’années, ascétique, au nez crochu, au regard broussailleux, qui enveloppe sa maigreur dans une veste d’intérieur trop grande pour lui, achetée en sous-main au général Dourakine.

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La môme est une Ibérique plus brune qu’un verre de Guiness et plus moustachue, cul de jument, regard de braise, odeur subtile de salle d’entraînement de boxe.

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Un vieillard engoncé dans un pardessus à col de fourrure, emmitouflé dans un cache-nez (qui le lui cache vraiment), un chapeau mou enfoncé jusqu’aux oreilles qu’il rabat comme les ailes d’un oiseau perché.

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L’automobile est pilotée par un gros homme à trogne d’alcoolo en cure de désintoxication.

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Le valet de chambre va sur ses quatre-vingts berges, il a des yeux presque blancs et il est maigre à foutre la glaglate à un fakir. Gants blancs. Col hindou. Des épaulettes dorées. Un colonel de la garde écossaise !

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C’est une famille américaine coloured. Le papa ressemble au monsieur de couleur qui fait la pube pour Uncle Ben. La maman est dodue, fagotée à la n’importe comment. Ils ont trois chiares : des garçons binoclards à bouilles de surdoués timides.

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C’est un gars au teint très pâle, avec une forte moustache à la Brassens et des poches sous les yeux pire qu’un blouson de motard.

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L’individu était roux, avec un œil sartrien et paraissait accablé d’un grand inconfort cérébral.

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La dame doit cogner le quatre-vingts facile ; elle est peinte comme une marionnette et porte un kimono absolument bordélique, en soie noire incrustée de vilains dragons.

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C’est un jeune mec, au visage triste et pâle. On a l’impression qu’il a passé ses vacances dans le caveau de ses aïeux.

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Il est presque bedonnant, avec un crâne qui se déplume par l’arrière. Le teint rose, l’air sûr de soi et dominateur. Des lunettes à monture dorée. Le regard pâle, un peu inquisiteur, façon K.G.B.

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On dirait qu’il n’a plus d’yeux, tellement ses paupières sont plissées. Une barbiche blanche, longue et étroite, lui pend au menton, comme une queue.

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C’était un bonhomme déjà vieux, lent et compassé, qui faisait penser à un bedeau pour grande église bourgeoise.

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Un véritable homme-crapaud : courtaud, trapu, épais, plissé, avec le regard presque clos. Ses membres sont arqués, son cou est aussi large que sa tête et quand il respire ça remue en lui depuis le haut de ses cuisses jusqu’à son front.

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Il a des pommettes aussi saillantes que deux clous plantés dans un mur et ses joues sont si concaves que son râtelier ne tient pas dans sa bouche.

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C’était une très vieille femme encore altière, dont la chevelure d’un blanc très bleuté moussait sur les tempes. Elle avait un regard dominateur et dès qu’elle s’asseyait, sa canne à pommeau d’ivoire se mettait à ressembler à un sceptre.

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Le larbin en gilet rayé est bien maigre, bien anguleux, bien momifié, avec des favoris et le râtelier mal arrimé. Pas un muscle de son visage parcheminé ne bouge : quand il clabotera, il aura fait le plus gros de son vivant.

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Son front est bombé mais, très vite, le reste du visage va en s’amenuisant. Il a les joues creuses, d’un rose tirant sur le mauve, des oreilles en forme d’anses et il est à ce point bigleux qu’il commence à distinguer le dos de ses interlocuteurs avant leur visage.

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Imagine un canard à moustaches, le nez en pied de marmite, le regard pincé. Dévoué à ses maîtres jusqu’à la servilité. Teigneux avec ses inférieurs, servile avec ses supérieurs : l’honneur de la France !

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C’est une dame faite pour des malheurs quotidiens, des états grippaux, des ulcères stomacaux, des ovaires foireux et des ablations presque annuelles. Elle porte sa tracasserie d’être comme un cilice mais avec une touchante volonté de paraître résignée.

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C’était un furtif, un peu teigneux, qui haïssait la terre entière et évitait de se regarder dans une glace pour ne pas avoir à s’insulter.

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Elle est dévêtue d’un peignoir ouvert et d’une culotte fermée. Ses tifs tombent comme de la filasse teintée sur ses épaules, lesquelles tombent sur ses seins qui chutent sur un ventre recouvrant le pubis dont les poils masquent les genoux aux rotules plongeantes. C’est pas une femme, c’est un saule pleureur.

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C’est un gars à frime d’intello constipé. Il est maigre du bas, et ses yeux de déchiffreur de grimoires flottent entre deux eaux derrière des lunettes à monture d’acier.

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Il se pointe en bras de chemise sale, avec des sandales de cuir qui puent la ménagerie, la barbe de quatre jours et une visière de mica longue de trente centimètres pour protéger sa devanture.

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Il avait une gueule de rapace déplumé, le nez crochu, le menton tombant. Des chicots plein la gueule comme des pépins noirs dans une tranche de pastèque.

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Il n’est pas grand, et furieux de sa taille ; puant de la gueule malgré le précieux concours des établissements Lajaunie. Il porte sempiternellement un complet noir, une chemise blanche douteuse et une cravate noire en tire-bouchon qu’il fourre sous sa chemise presque tout de suite à la sortie du nœud.

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Une gonzesse vêtue d’un Tampax et d’un collier de chien s’occupe du vestiaire.

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Cet être d’un mètre quarante est peut-être de sexe féminin puisqu’il porte une jupe. Les cheveux d’un blanc qui fut teint en roux l’année dernière. Le nez en bec de toucan. Des verrues mahousses comme des fraises de concours un peu partout. La vraie angoisse déambulante !

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La porte s’entrouvre sur une petite femme brune, aux grands yeux fiévreux et au teint bistre. Elle n’est vêtue que d’une chemise de nuit style baby-doll, pas plus grande qu’un abat-jour de lampe de chevet, qu’heureusement elle a passé un slip, sinon tu lui voyais la connasse comme je te vois.

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C’est un bon gros qui ne boit de l’eau que dans les cas désespérés.

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C’est une Portugaise à poil long. Charmante personne au demeurant : la moustache est belle, le cheveu coiffé à l’huile d’olive, l’œil de braise, le fessier de baise, la jambe couverte d’astrakan plus ou moins défrisé et les pieds chaussés de mules délicates en provenance des Charentes.

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Une bouille comme la sienne, faut être végétarien et faire des cauchemars pour pouvoir l’inventer. Elle est étroite et plate, jaunasse, terne. C’est une tête de salaud triste. On le voit surtout à sa bouche, qu’il est fumier. Pas de lèvres : des plis.

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Elle est encore jolie avec des formes épaissies, toujours agréables. Elle a le teint très pâle, le regard d’un étrange gris de coquille d’huître ; de fines rides marquent le coin de ses yeux et les commissures de sa bouche.

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L’homme est un vieillard fluet. Il a perdu ses lunettes dont on lit encore la trace profondément marquée sur l’arête de son nez ; ses yeux privés de verres expriment une espèce d’effarement indicible.

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La ravissante pèse ses cent kilos bien tassés. Elle possède trois mentons, avec les plans d’un quatrième qui sont déjà mis à l’enquête. Ses tifs coupés court forment une calotte blondâtre sur sa grosse tronche où des verrues croissent et se multiplient.

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C’est un traîne-lattes qu’on devine prêt à tout et bon à rien. Le genre à qui on demande de vous apporter un rouleau de papier hygiénique à travers la porte de la salle de bains, quand le distributeur est vide.

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Le truand est gris, tubard, et aussi propre qu’un fond de poubelle. Il a des cheveux rêches, sans couleur définie, des yeux enfarinés et l’air accablé d’un type avec lequel la vie s’est permis des fantaisies.

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Ils avaient les yeux à ce point enfoncés dans la graisse que pour voir ils se servaient de leurs narines.

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Des maladies mitonnent dans sa carcasse déformée. On lui voit du cynisme sur la frite, de la cupidité blasée dans le regard. Des cicatrices infâmes racontent ses veuleries. Les attractions terrestres l’ont ravagé. Il est blet de partout. Il vire à l’état gazeux !

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Cinquante ans, costard de flanelle grise jamais repassé. Chemise blanche, cravate qu’il ôte et passe sans défaire le nœud. Marié à une grosse connasse blonde qui va au restaurant avec des bigoudis sur la tronche et une étole de vison violet.

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Il est jeune, gras, rose, empoté de partout, empâté d’ailleurs, bègue de trop de timidité, le cheveu plat avec raie basse sur le côté. Le regard clair des cons gentils, les lèvres charnues des cons bouffeurs, les mains potelées des cons malbaisants.

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Il appartient à la catégorie des obèses blafards. Il a toujours un sachet de friandises ou un gobelet géant à la main. C’est une sorte d’hippopotame vautré dans son marigot. Il ne parle qu’en mastiquant et bouffe même aux chiottes.

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Le pionard du coinceteau, trogne écarlate et casquette de marinier, écluse des verres de rouge, seul à une table, en se racontant son passé qui branle au manche de la mémoire.

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C’est un gars châtain, avec la frime de Van Gogh, le menton pointu, les arcades sourcilières proéminentes. Sa barbe lui donne un air de Christ qui crierait pouce en montant au calvaire.

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Elle porte un délicieux pantalon rayé rose et noir, un chemisier jaune, et elle a troqué son maquillage de clown blanc contre un fond de teint terre de Sienne qui fait ressembler sa tronche à une amphore neuve.

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Il se veut buste et tend son moulage aux postérités. Tête léonine. Le cheveu est dru, blond, cendré. La bouche jouisseuse est faite pour le gigot au poivre vert et pour l’homélie. Même à bout portant, il te regarde de loin.

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C’est un grand zig maigre, voûté plein cintre, qu’on enverrait sûrement dans un sanatorium si j’avais vendu moins de timbres antituberculeux quand j’étais petit.

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La calèche est pilotée par un calécheur coiffé d’un chapeau melon. Il est tout engoncé dans une houppelande et a l’air d’un gros oiseau malade dont les paupières sont lourdes.

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C’est une vieille peau mistifrisée, avec des lunettes qui lui pendent sur la poitrine, maintenues par une chaînette d’or, des rides en quantité industrielle et des lèvres en coups de serpe. Si les morts pouvaient être chiants, elle aurait l’air d’être morte. Seulement ses petits yeux sont agressifs, de même que sa voix.

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L’individu était un grand garçon à l’air sage, du type major de promotion. La peau mate, le regard embusqué derrière des vitres de myope, on aurait dit qu’il promenait un ennui congénital, mâtiné de mépris.

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Le garagiste est un homme très brun, avec une brioche de quinquagénaire qui bouffe à sa faim et un gros tarbouif d’où jaillissent des gerbes de poils frissonnant au gré de sa respiration.

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Mon instituteur était un gros homme sanguin dont la blouse s’ornait de multiples taches d’encre. Les pans de son vêtement l’encadraient, comme un rideau de théâtre ouvert encadre la scène.

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Il est tout rond, très chauve, avec de grosses lunettes également rondes et chauves. Il a des mains potelées dont un des auriculaires s’enorgueillit d’une chevalière mastarde. Son sourire est frangé d’or et la pochette qui lui pend de la poitrine devait servir de parachute avant d’être vouée à cette sinécure.

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Il a une tête de tortue, un cou de tortue, une bouche de tortue et un peigne d’écaille dans sa poche revolver.

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C’est une blonde boulotte, avec des roseurs malencontreuses au front et au cou. Elle a l’air d’une femme dédaignée qui préfère la bouffe à la baise parce qu’elle n’a pas les moyens d’intervertir.

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Le gonzier est un petit crevard, couleur merde d’hépatique, qui croit porter la barbe parce qu’il a laissé pousser sept poils de cul à son menton.

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On dirait un professeur d’économie en vacances. Il louche, ses dents se chevauchent comme des roquets de quartier, il a le bout du nez rouge et une trace de crayon-bille sur sa manchette gauche.

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Il pèse dans les deux cent vingt livres. Son dos, tu dirais un panneau d’affichage électoral. Presque pas de cou. Une tête grosse comme un casque de salon de coiffure, avec, sur le dessus, luttant contre l’émaillage d’une calvitie rose, des tifs queue de vache soigneusement plaqués à la Seccotine.

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Elle vadrouille dans les soixante carats. Cheveux d’un blanc bleuté, du plâtre de Paris sur la façade avec une bouche façon griotte, dessinée de traviole. C’est le genre mémère aisée, poupette bourgeoise, mamie gourmée. Bref, la vieille peau chiante qui professe sa confiance en Chirac et vote Le Pen comme on se branle, dans la touffeur de l’isoloir.

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Le vendeur est un jeune con, chauve du dessus, avec un blazer et la certitude d’appartenir à l’élite.

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Il est plutôt sympa. On devine l’homme simple, modeste. Il doit faire enlever le bouchon de radiateur de sa Rolls pour faire pauvre.

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Le taxi est un mec épais, bourru, portant une veste de cuir râpé et une casquette sommée d’un bistougnet à la con. Il a le nez et le pourtour dudit d’un brun violacé, avec de jolies veines bleues en forme de la Garonne et de ses affluents.

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C’est un gaillard de deux mètres de haut sur cent quarante de large dont la moustache drue ressemble à une antenne de télévision.

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Elle est trop grande pour ressembler à une femme et pas assez pour ressembler à une tour. Un naze en capot de Jaguar, une poitrine aussi saillante qu’un fronton de pelote basque et des yeux aussi expressifs que deux boîtes de camembert sans leur couvercle.

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C’est un type d’une cinquantaine d’années, au visage soufflé et patiné par le whisky, au regard apparemment morne mais dans lequel brillent d’étranges lueurs quand on l’observe attentivement. Il doit se raser une fois par semaine, mais ce n’était ni hier ni même la semaine passée.

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Elle porte une robasse de vilain lainage pisseux, est coiffée en paquet de cresson, et son nez en pied de samovar supporte des lunettes de myope aux verres tellement épais qu’ils ressemblent à deux loupes presse-papiers.

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Le bahut est piloté par une grosse matrone brune et pileuse qui a la gueule à vendre du nougat ou des filles nubiles.

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Il a le regard enfoncé, un nez en chute libre et un menton qu’il n’est jamais parvenu à raser complètement et qui pend comme le tiroir d’un meuble cambriolé.

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Avec sa bouille blafarde, ses yeux de faux dargif, et ses lèvres aussi sceptiques que septiques, on a envie de l’envoyer chercher dix kilos de pommes de terre dans sa casquette.

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Un peu fanée, la mère. Un maquillage intense lui conserve des apparences, mais si tu la mates à moins de vingt mètres, tu t’aperçois qu’elle a la vitrine plissée soleil, de la peau en rab au cou, les loloches en bavette de bébé, et plus de carats qu’il y en a chez Cartier.

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Dans le hall se tient un monsieur vêtu d’alpaga bleu. Il est brun de poil et de peau, avec des yeux capables d’enflammer un journal s’il le fixe trop longtemps.

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Un type plutôt neutre, aux gros sourcils bruns, à la calvitie méthodique. Il est affublé d’un bec-de-lièvre mal opéré qui donne à sa bouche l’aspect d’un glaïeul. Cela dit, c’est un homme de bonne taille, surtout du côté gauche.

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Le pompiste est un gnace trapu, avec un début de compteur à gaz dans le dos. Il porte une chiée de pulls les uns sur les autres, comme un qui déménage à la cloche de bois.

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Son visage est celui d’une chouette, ou de sa cousine germaine. Il est ponctué par deux yeux noirs, plus pointus que des cothurnes.

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C’était un rabbin angora : barbe arrondie, moustache touffue, favoris épais. De grosses lunettes noires mangeaient le restant de son visage et l’on ne voyait de lui que son large nez, joliment ensemencé de comédons plantureux.

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Le marchand de voitures d’occase est un type vêtu avec recherche (des recherches qui n’auraient pas abouti) et coiffé d’un feutre vert à bord court orné d’une petite plume de faisan. Il se donne des airs de hobereau, mais plus il se prodigue, plus il ressemble à un marchand de bagnoles fatiguées.

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Il a la glotte proéminente. Tu dirais qu’il a avalé un balancier d’horloge et ça le fait ressembler à une pendule arrêtée.

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C’est un Normand bon teint dont la bouille rutilante serait à sa place sur l’étiquette d’une boutanche de cidre. On a toujours l’impression que ses pommettes vont saigner si on les touche. Il a l’œil matois et l’air d’un mec qui vient de vendre à bon prix une maison hantée à un vacancier.

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Elle a l’audace, le courage et la hargne d’un homme. C’est une sorte d’amazone cruelle qui en veut à l’humanité tout entière d’être dans l’obligation de porter des jupes.

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Il est rond de gauche à droite et de bas en haut, avec une tête pareille à une boule posée sur une boule.

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Le pilote est un gros mec pas content, avec un pull roulé tricoté par sa maman qui habite les Cévennes. Le pull roulé sent le suint, à moins qu’il ne s’agisse de l’odeur naturelle du gars.

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La bonne femme ne doit pas avoir dépassé la trentaine mais elle en paraît le triple. Sa coiffure tire-bouchonne sur ses épaules. Elle a les pieds nus dans des savates d’homme. Sa chemise de nuit pend au-dessous d’un manteau de vison taillé dans des peaux de lapins galeux.

* * *

Rude homme fortement beaujolisé, peau de croco couleur noyer, gros nez plein de poils urbi et orbi, moustache roussâtre aux extrémités de laquelle perlent d’obscurs reliquats.

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C’est une belle poupée blonde d’environ une tonne et demie, maquillée en bleu, vert, rose et rouge, qui a le visage aussi expressif qu’un chaudron plein de compote de pomme.

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Le docteur est un grand type brun, aussi folichon qu’une photographie en couleurs des établissements Borniol. Il a des lunettes cerclées d’écaille noire et un air soucieux qui trahit soit des déboires conjugaux, soit une maladie hépatique.

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Le commandant est une aimable fripouille plus ridée que la peau « de mecs houille ». Il lui reste deux dents sur le devant de la clapoteuse pour faire tenir son brûle-gueule d’aplomb. Il a le nez posé sur le menton, une casquette de traviole et des galons décousus qui pendent de ses manches comme de la frange à rideau.

* * *

Cet illustre est fait pour le brocart, la soie et les réceptions. Quand il lui arrive d’écrire, il ne regarde pas la feuille de papier, mais sa main. A ses yeux, elle est déjà en bronze.

* * *

La matrone, avachie derrière son zinc, est en train de faire faillite sans trop s’en rendre compte, en éclusant son dernier tonneau d’Aramon.

* * *

C’est une femme bientôt âgée, sèche, anguleuse, le regard et le nez pointus, les cheveux presque blancs tirés en arrière pour composer une triste queue de bourrin. Puant le carton à chaussures où l’on rassemble les photos du passé. Presque pas de lèvres. Des lunettes. Une mâchoire de brochet. Imbaisable.

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Il mesure environ un mètre trente-cinq, il a le dessus du crâne dénudé, ce qui n’est pas fait pour le grandir. Il a le regard bleu et une voix d’eunuque à qui on raconterait des cochonneries.

* * *

C’était une femme de quarante ans, aux formes un peu lourdes et aux sens en repos.

* * *

Il a le regard bleuâtre sur fond pourpre, des molaires en or, une couperose due au whisky pur malt et une fossette au menton qui ressemble à un trou du cul de sapajou.

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C’est un bonhomme malingre, qui ressemble à un rat auquel on aurait inoculé la fièvre jaune.

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Elle était petite, brune, avec une peau peu appétissante et un regard résigné qui vous donnait envie de lui faire du mal.

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C’est le genre de personne que tu rêves d’assassiner à coups de ballon rouge pour que son agonie soit plus lente.

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Un pouce de pied furieusement ongulé a traversé sa pantoufle charentaise et ressemble à un rat noir en quête de gruyère.

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Un pauvre mec ! L’asperge ! C’est blême avec le teint vert, c’est long, pas fort, c’est battu, ça manque d’air, ça fait des économies et ça meurt avec.

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C’est un grand zig trop blond, trop maigre, qu’on sent creux et chétif. Un malbaisant, un buveur d’eau, un liseur de bible.

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Blondasse, falote et désabusée, elle appartient à la catégorie des filles violées de bonne heure par un monsieur âgé.

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Sa bourgeoise l’attend dans une cuisine qui sent le gratin de chou-fleur et la crotte de chat. Il a son rond de serviette dans son assiette, ses granulés pour l’estomac à droite de son verre et ses pantoufles à gauche de la porte d’entrée. Il va au ciné le samedi soir et se farcit sa jument le dimanche après-midi, quand il pleut.

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Quand il a une idée dans la tête, ça fait un bruit de grelots : il ressemble à un mec qui aurait lu Claudel et qui l’aurait compris.

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De taille moyenne, mais faite au moule, elle possède des avant-postes bien défendus et un fourgon de queue à double carburateur.

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Elle a une odeur de slip inchangé, une mine de termite dont la galerie est éventrée. Elle incommode par son absence de nécessité. C’est un reflet inversé, une ombre mal portée, un soulignage tremblé. On la déteste sans la connaître puis on l’oublie à la regarder.

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Elle a une gueule de sorcière mafflue, le regard qui se liquéfie sous l’effet de l’alcool, des varices comme du lierre après des troncs et elle pue à vous en faire gerber votre quatre heures.

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Une bouille comme la sienne, on la met dans un pantalon, c’est plus convenable.

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La grosse dame sent la grosse dame : une odeur indécise de charcuterie fermée pour cause d’inventaire, de plateau de fromages fraîchement renouvelés et de serpentins anti-moustiques en cours de combustion. Ses nichons sont solidement arrimés par un soutien-gorge à armature métallique, ventouses d’appui, consoles de fer forgé. Elle papote. Dans son négoce, faut savoir lâcher la vapeur au bon moment, comme son percolateur.

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Faudrait écrire sa vie.

La fascination du rien ! Le vertige qui t’empare devant quelqu’un sans la moindre personnalité, ni grâce, ni intelligence ; quelqu’un qui est là, sur ta route, un instant, indiscernable ; et que tu te mets à créer enfin en le regardant ; qui ne prend vie que par l’intérêt que tu décides de lui porter.

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Rêver son existence, ne rien omettre de sa trajectoire creuse. Sa naissance, sa vie, sa mort, son tiroir-caisse. La donner à aimer au peuple. Admirable dans son soutien-gorge d’airain.

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Je la casquerais pour la faire plus triomphante. Lui donnerais à conduire un quadrige pour opérer son entrée dans l’histoire !

Gloire ! Gloire ! Gloire !

FIN