CHAPITRE IV

Il rêva qu'il n'était pas fait de chair et d'os, mais de fumée et de flammes. Son âme brûlait d'une clarté aveuglante. Il aurait voulu pleurer de joie, mais il n'osait pas.

L'eau éteint les flammes. J'en mourrais.

Il se vit lui-même en rêve. Mais il était différent, comme fait de fumée. Puis l'être éthéré se reforma, devint un corbeau et s'envola vers l'azur pour une quête effrénée de liberté.

Il alla vers le sud, loin d'Homana-Mujhar et des Citadelles cheysulies. Le corbeau s'arrêta seulement quand il trouva une nouvelle demeure parmi des pierres anciennes, froides et grises. Il se percha sur un autel en ruine où étaient gravées des runes.

L'autel était renversé. Au-dessous, quelque chose brillait d'un éclat d'or terni. Le corbeau, sentant le besoin, quitta son perchoir.

Il y avait une chaîne sous l'autel, étincelante et parfaite. Sa beauté était telle que le corbeau ne put s'empêcher de la désirer.

Mais les oiseaux n'ont pas de mains...

Il se métamorphosa en homme et s'agenouilla pour ramasser la chaîne.

Il la toucha. Elle resta intacte. Il la souleva, puis l'emmena vers la lumière, le souffle coupé.

Ses maillons, de la taille du poignet d'un homme, étaient faits d'un or sans défaut et gravés de runes trop complexes pour être déchiffrées.

Il laissa son souffle effleurer la chaîne. Un maillon se brisa.

Le chagrin l'envahit.

Pourquoi l'ai-je détruite, alors que je désire tant qu'elle reste intacte ?

Une moitié de la chaîne tomba au sol, l'autre resta dans ses mains.

Il entendit un bruit, se retourna et vit une silhouette se dresser à l'entrée du temple.

— Tu me tiens entre tes mains. Qu'attends-tu de moi ? demanda une voix.

D'où venait l'inconnu ? Et, maintenant qu'Aidan y pensait, en quel lieu étrange se trouvait-il ?

— Qui êtes-vous ?

— Le Mujhar, dit l'homme en haussant ses sourcils noirs.

Il semblait penser qu'Aidan aurait dû le reconnaître.

Aidan le comprit, mais quelque chose sonnait faux à ses oreilles.

L'homme avait un port royal. Vêtu d'un pourpoint fait du cuir noir le plus fin, un lion rampant brodé sur la tunique, il était entre deux âges. Ses longues mains étaient celles d'un guerrier. Ses yeux gris perçants indiquaient qu'il n'était pas cheysuli.

— Qui êtes-vous ? répéta le jeune homme.

— Je te l'ai dit : le Mujhar.

Qui est-il pour prétendre une telle chose, et à moi, entre tous !

— Le Mujhar, dites-vous ? Et moi, j'affirme que vous mentez.

— Une telle accusation est passible de la peine de mort.

— Vraiment ? Alors, tuez-moi, Mujhar. Eliminez l'homme qui montera un jour sur le trône du Lion.

— Toi ? fit l'apparition en fronçant les sourcils.

— C'est ce qu'on m'a toujours dit. Je suis le fils de Brennan, le petit-fils de Niall.

— Ah. Là où je demeure, le temps n'existe pas. En sommes-nous déjà à Niall ?

Cet homme est fou. Et moi, je suis encore plus fou de l’écouter.

— Vous me pardonnerez si je ne vous montre pas la déférence due au Mujhar, dit Aidan d'un ton condescendant. Je la réserve à mon grand-père, qui la mérite. Je ne vous connais pas.

— Je pense que si. L'histoire des Cheysulis cite souvent mon nom et mon titre.

Aidan se força à la patience.

— Pourquoi ne pas me les révéler ?

— Tu connais mon titre : Mujhar. Mon nom est Shaine.

Shaine ?

— Je vous serais reconnaissant de ne pas utiliser le nom de mon ancêtre.

Les yeux gris scintillèrent.

— Pourtant, c'est mon nom.

— Shaine est mort.

— Depuis longtemps. Voudrais-tu savoir de quelle manière ?

— Je le sais. Nous l'avons tous appris. Shaine s'est tué quand il a annulé les protections ihlinies prévues pour éloigner les Cheysulis d'Homana-Mujhar.

— Ce fut une mort douloureuse et inattendue. Mais déjà alors cela n'importait plus. Finn était venu pour me tuer... Le fils métamorphe de Hale. Dieux, que je les haïssais ! La pire était Alix, qui ressemblait tant à Lindir, en brune au lieu de blonde. Karyon l'aurait faite reine d'Homana, je le sais. Je l'ai vu dans ses yeux.

— Mais elle a épousé Duncan.

— Oui. Ton arrière-arrière-arrière-grand-père. C'est une longue histoire qui m'ennuie...

Ce n'est pas possible. Rien de tout ça n'est réel Suis-je mort ? se demanda Aidan. Une boule se forma dans sa gorge.

— Si vous êtes vraiment Shaine..., commença-t-il. Cela signifie-t-il que je suis mort ? Dieux, est-ce la réponse ?

— Mort ? Non. Tu as encore du temps à vivre. Aidan se demanda combien, mais ne posa pas la question.

Il s'essuya les mains contre ses braies. Il lui fallait se concentrer sur quelque chose pour ne pas perdre le contrôle de lui-même.

— Si vous êtes vraiment Shaine, vous êtes mort. L'être ne répondit pas.

Aidan sentit la peur l'envahir. Il eut envie de vomir. Un mal de tête pointa derrière ses yeux. Je suis devenu fou. Puis une autre pensée le frappa. Où est Teel ? Où est mon lir ? Dieux, faites que ce ne soit qu’un cauchemar...

Shaine le Mujhar reprit la parole.

— Il ne s'agit pas de moi. Nous sommes là pour parler de toi.

— De moi ? Que me voulez-vous ?

— Lève-toi, dit l'homme.

Aidan obéit. La moitié de chaîne qu'il tenait toujours cliqueta.

— Cheysuli, dit l'homme, du dégoût dans la voix. Je savais que Karyon lèverait la malédiction dès qu'il monterait sur le trône. Mais il a sacrifié cinq ans de sa vie pour le reprendre à Bellam, et encore plus pour mettre fin à l'extermination. Le qu'mahlin, comme vous l'appelez. Mais rien ne dure éternellement, pas même les Cheysulis... Tu es roux à la peau claire... Peut-être ton accoutrement est-il simplement une question de mode...

— Une mode ?... fit Aidan.

Puis il comprit ce que l'homme voulait dire. Il sentit une colère sauvage l'envahir.

— Les bracelets-lir et la boucle d'oreille m'ont été remis lors de la Cérémonie des Honneurs. Je les ai gagnés de la façon traditionnelle. Je suis cheysuli et héritier du trône d'Homana, mon seigneur fantôme !

— En es-tu si sûr ?

— Bien entendu ! Si je ne suis pas mort, comment ne serais-je pas l'héritier ?

— Tu pourrais ne jamais accepter le trône.

Aidan ravala le cri qui lui montait à la gorge.

— Je suis né pour ça. Le Lion sera à moi.

Shaine montra la chaîne que tenait toujours Aidan.

— Les hommes sont des maillons de la chaîne forgée par les dieux. Ils créent un maillon, le soudent ici ou là, changent sa disposition pour convenir à leur humeur du moment... Certains maillons sont solides et ne cèdent jamais, d'autres sont défectueux et cassent. Mais ils sont remplacés par des maillons plus forts afin que la chaîne ne soit jamais en danger. Le but des dieux est de forger une chaîne sans défaut. Ils éliminent les maillons les plus faibles afin de ne pas nuire à l'ensemble.

Aidan ne dit rien, regardant la chaîne brisée.

— Le maillon défectueux porte un nom : Aidan d'Homana.

Aidan maîtrisa sa colère. Il ne servait à rien de discuter avec quelqu'un qui n'existait pas.

— Vous êtes un rêve ! Les songes n'ont aucune substance. Cette chaîne n'est pas réelle. Rien de ce que vous dites n'est réel.

— Dans ce cas, pourquoi m'as-tu appelé ?

— Je n'en ai rien fait ! Un homme ne peut pas invoquer les morts, ni plier un rêve à sa volonté !

— Pourtant, je suis là, dans ta main, dit Shaine en montrant la chaîne. Ce maillon-là. Je te l'ai déjà expliqué.

Si le maillon était Shaine, qui étaient les autres ?

— Partez, dit-il à la vision. Je ne veux rien avoir à faire avec vous.

Les yeux gris étincelèrent.

— Mais je fais partie de toi, Aidan. Comme nous tous.

Aidan jeta la chaîne sur le sol.

Shaine disparut.

Son corps se convulsa tout entier, puis s'immobilisa, épuisé et faible. Il gisait sur un entremêlement de branchages brisés.

— Shansu, dit une voix. Laisse-toi le temps de récupérer. Je ne te veux aucun mal.

Qui... ?

Aidan se força à ouvrir les yeux. Il regarda le ciel plombé et les branches au-dessus de lui. Cela lui rappela qu'il était dans la forêt.

Pas dans une chapelle en ruine en train de converser avec un Mujhar mort.

Sa première pensée cohérente fut pour son lir.

— Teel !

Il ne parvint pas à le joindre dans le lien mental familier. Il n'y avait rien qu'une absence.

— Teel !

Une main se posa sur son front.

— Shansu. Ton lir est en sûreté. Je l'ai envoyé en avant, à la Citadelle. Elle ne devrait pas être très loin, à moins que mon estimation ne soit fausse. C'est possible, car je n'ai pas l'habitude de la façon humaine de diviser le temps ou les distances. Mais, à vol d'oiseau...

— Qui êtes-vous ? dit Aidan, fronçant les sourcils.

— Peu importe pour le moment. J'ai un nom, mais nous ne le révélons pas aux humains, incapables de supporter le pouvoir contenu dans un nom véritable. Tu peux m'appeler le Chasseur. Cela correspond assez bien au sens de mon vrai nom.

Encore un, pensa Aidan. D'abord Shaine, et maintenant celui-là...

Il tenta de rassembler ses esprits.

— Je suis tombé de cheval.

— Exact. L'animal ne s'est pas fait mal, lui.

La vision d'Aidan s'éclaircit. Il vit l'être agenouillé près de lui. Un homme d'âge moyen, brun de la tête aux pieds, y compris ses vêtements.

Comme s'il faisait partie de la forêt...

— Vous êtes un Cheysuli ? demanda Aidan. (Il se reprit aussitôt.) Non, c'est impossible...

Le Chasseur sourit.

— Il y a du Cheysuli en moi. Ou, plus précisément, il y a une part de moi chez les Cheysulis.

Sans doute, pensa Aidan, cette rencontre était-elle du même ordre que la précédente, avec Shaine... Créée de toutes pièces par son esprit secoué par la chute.

Il essaya de s'asseoir. La douleur le rejeta sur le sol. On eût dit qu'un démon lui défonçait les côtes.

— Ai-je les os brisés ? demanda-t-il d'une voix faible.

— Tu es endolori... rien d'irréparable. J'aurais pu te guérir, mais ce n'est pas mon rôle. Je suis le Chasseur, pas le Guérisseur.

— Que chassez-vous ? fit Aidan, intrigué malgré lui.

— Les hommes.

— Vous n'êtes pas... Ce n'est pas possible...

— A ta poursuite ? Bien entendu !

— Qu'avez-vous fait de mon lir ? demanda Aidan.

— Je l'ai envoyé à la Citadelle, comme j'ai dit. Crois-tu que je serais capable de faire du mal à un lir ? Ou à un Cheysuli ? J'ai si peu d'expérience avec les humains, même ceux de mon sang... J'aurais peut-être dû me manifester sous une autre forme. Mais celle-ci me paraissait si inoffensive...

Aidan perdit patience.

— Qui êtes-vous vraiment ? Et pourquoi me pourchassez-vous ?

— Pour découvrir ce que tu as appris.

— Ce que j'ai appris ? Que suis-je censé savoir ?

— En vingt-trois ans d'existence, tu as dû apprendre quelque chose, dit le Chasseur avec un sourire ironique.

— Et mon lir ? insista Aidan. Qu'avez-vous fait de lui?

Le sourire de l'homme s'évanouit. Il se massa la mâchoire.

— Je vois que le lien est encore plus fort que prévu... Nous aurions peut-être mieux fait de rendre le guerrier et le lir moins dépendants l'un de l'autre. Pourtant, sans la force du lien, il y aurait eu des problèmes. Non, je crois que cela vaut mieux ainsi.

— Qu'est-ce qui vaut mieux ? s'énerva Aidan.

— Ce que vous appelez le lien-lir. Ce qui vous distingue de tous les autres êtres que nous avons créés, à part, bien entendu, les Ihlinis. Nous ne réussissons pas toujours. Donner le libre arbitre a eu pour résultat les Ihlinis. Et maintenant, ajouta-t-il avec une grimace, les a’saii.

— Vous n'avez pas répondu à ma question.

— Au sujet de ton lir ? Si. Je l'ai envoyé à la Citadelle.

— Teel n'obéit à personne, protesta Aidan.

— Les lirs se plient à un pouvoir supérieur à celui des Cheysulis. Nous pouvons leur faire faire ce que nous voulons.

— II existe un seul pouvoir supérieur au nôtre..., commença Aidan.

Il s'interrompit.

— Commences-tu à comprendre ? demanda le Chasseur.

Je suis fou, pensa Aidan. Je suis tombé sur la tête et j'ai perdu l'esprit. Tout cela n'est qu'un rêve... Ou plutôt, un cauchemar. Si je regarde mieux...

Il vit un homme qui prétendait être un dieu.

Autour de lui, le printemps se transforma en automne, puis en hiver. Vêtu d'habits légers, il frissonna. Le sol gela, les arbres perdirent leurs feuilles. L'herbe mourut et les fleurs disparurent.

Puis tout redevint comme avant.

Aidan se racla la gorge.

— Pourquoi avoir envoyé Teel au loin ? Si vous l'avez créé...

— Non. Je ne fabrique pas. D'autres s'en chargent, même si nous avons tous notre mot à dire. Quant à savoir pourquoi je l'ai envoyé à la Citadelle, c'est simple : cette affaire doit rester entre toi et moi. Même les lirs ne sont pas informés de tout ce que nous faisons.

Les saisons continuèrent à changer discrètement. L'herbe poussa et mourut de nouveau, les fleurs s'épanouirent puis se flétrirent. Le jour et la nuit se succédèrent rapidement.

Tout cela sans un mot de l'homme brun.

— Pourquoi les lirs ne sont-ils pas au courant de tout ? demanda Aidan.

— Ils sont bien assez arrogants comme ça ! Ce ne sont pas des dieux, seulement des familiers. Ils ne peuvent pas tout savoir, sous peine de devenir insupportables.

Aidan eut un faible sourire.

— C'est vrai. Teel n'a pas besoin d'une dose supplémentaire d'arrogance...

— Je m'attendais à ce que tu sois d'accord. Teel est différent. J'ai pensé qu'il te conviendrait bien.

Le Chasseur s'assit sur une souche d'arbre mort.

Au même moment, un arbrisseau jaillit près de sa base et grandit.

Je ne mentionnerai pas les miracles qu'il effectue. Peut-être ne suis-je pas supposé m'en apercevoir ?

Pourtant, comment aurait-il pu ne pas remarquer ces prodiges ?

— Pourquoi Teel me convient-il particulièrement ?

— Parce que toi aussi, tu es différent. Et tu passeras beaucoup de temps à te poser des questions. C'est ta façon d'être. Ton don particulier est de réfléchir aux choses avant d'agir. Tu feras des erreurs, bien entendu, comme tout homme. Cependant, tu es prudent. D'aucuns diraient « peureux », mais la couardise n'est pas ta malédiction.

Aidan s'humecta les lèvres.

— Quelle est-elle ?

Le dieu regarda la pousse qui s'efforçait vaillamment de devenir un arbre. Il se pencha vers elle, l'effleura et murmura quelque chose dans une langue inconnue d'Aidan, puis ajouta en homanan :

— Pas si vite, petite ! Tu as le temps de grandir. (Il lâcha la pousse et regarda Aidan.) Tu es simplement toi-même. Essaie de ne laisser personne te forcer à être quelqu'un d'autre.

— Mais... Est-ce tout ? demanda Aidan.

— Tout ? Etre soi-même, qu'on soit homme ou femme, comme Keely l'a appris, est une des tâches les plus difficiles d'un être humain.

— Je dois devenir Mujhar.

— Cela aussi est une tâche. Chacun ne réussit pas la sienne. Je ne suis pas là pour t'en dire plus. Il n'est pas dans la nature des dieux de tout révéler à leurs enfants. L'être humain n'apprend pas de cette façon, il doit faire les choses pour comprendre. Tu verras.

Il haussa les épaules.

Aidan ne s'en sentit pas éclairé pour autant.

— Etes-vous vraiment ici ?

— Et toi ? rétorqua Je Chasseur.

Aidan ne put retenir un sourire.

— Vu le mal de crâne dont je souffre, je pourrais difficilement en douter !

— Les chevaux sont faits pour qu'on les chevauche, pas pour qu'on en tombe. Maintenant, tu dois payer le prix. Tu aurais pu prendre ta forme-lir...

— Oui, reconnut Aidan. Mais monter un bon animal a quelque chose de magique.

Le Chasseur éclata de rire.

— Ma foi, nous t'avons donné le libre arbitre. A toi de choisir si tu veux voler ou chevaucher...

— C'est tout ? demanda Aidan. Vous êtes venu seulement pour me dire d'être moi-même ?

— Ce ne sera pas une tâche aisée. Mais tant que je suis là, tu peux me parler de ton rêve.

— Vous êtes au courant ? Pour la chaîne aussi ?

— Je parlais du rêve que tu as fait juste avant de reprendre conscience. Tes yeux étaient grands ouverts, mais tu ne voyais rien.

— J'ai mal à la tête, dit Aidan. Pour l'instant, je ne peux penser à rien d'autre.

— Nous vous avons donné le libre arbitre parce que nous désirions avoir des enfants, pas des esclaves. Nous apprécions le respect et la dévotion, mais nous ne voulons pas de fanatiques. Vois-tu, nous n'avons pas créé les hommes pour ça. Maintenant, parle-moi de ton rêve.

Aidan n'en avait pas envie, tout comme il n'avait pas voulu parler à Niall. Mais il pouvait sans doute faire l'effort de révéler la substance de son rêve à un dieu.

— Shaine..., commença-t-il.

Puis il lui raconta tout.

Aidan s'attendait à des reproches visant son imagination débordante.

Mais le Chasseur ne dit rien de tel.

— Ce qui est arrivé était réel. Celui qui jugerait autrement n'aurait pas d'yeux pour voir.

— Mais Shaine est mort depuis près de cent ans !

Le Chasseur hocha la tête.

— Vous n'avez pas d'explications ? demanda Aidan, effrayé.

— Il y a des épreuves, répondit le Chasseur. Je ne suis qu'un dieu parmi cent. Je ne peux savoir ce que les autres ont prévu pour toi. Le tahlmorra ne s'accomplit jamais sans douleur, sinon il n'y a ni croissance ni évolution. Sans évolution, l'univers mourrait.

— Evolution ? demanda Aidan.

— Un mécanisme de changement. D'amélioration du monde.

Aidan regarda le dieu sans savoir quoi répondre.

— Je t'ai dit ce que j'avais à dire. Il reste simplement cela. (Il prit quelque chose dans sa bourse.) C'est pour toi, et pour toi seul. Quand tu auras appris sa signification et son utilisation, tu seras plus près de trouver les réponses aux questions que tu te poses dans le cœur de la nuit.

L'être lança l'objet. Aidan l'attrapa au vol. Il sut aussitôt de quoi il s'agissait, grâce à la texture de l'or formant un maillon parfait.

— Ainsi, vous saviez, commença-t-il.

Le Chasseur avait disparu, remplacé par un arbre majestueux.