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Les paroles de 126 chansons

Francis Cabrel


Francis Cabrel

Les paroles de 126 chansons

Ami

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1977 "Les murs de poussière"

Ami cherche un autre ami perdu
Dans l'immensité des nues
Visages et corps inconnus
Rêveur cherche à retrouver son ciel
Du fond de la nuit appelle
Son étoile maternelle
Car il y a vingt ans un orage
L'a fait tomber de mon nuage
Et m'a laissé seul dans ce monde abandonné
Au matin d'un lointain voyage
Je suis tombé de mon nuage
Je n'ai jamais senti la terre sous mes pieds
Reviens, étoile aux plaines d'argent
Reviens chercher ton enfant
Avant qu'il ne soit géant
Avant qu'il ne se brûle à un feu
Qu'il ne se blesse à un jeu
Avant qu'il ne soit trop vieux
Car il y a vingt ans un orage
L'a fait tomber de mon nuage
Et m'a laissé seul dans ce monde abandonné
Au matin d'un lointain voyage
Je suis tombé de mon nuage
Je n'ai jamais senti la terre sous mes pieds
Il y a vingt ans un orage
L'a fait tomber de mon nuage
Et m'a laissé seul dans ce monde abandonné
Au matin d'un lointain voyage
Je suis tombé de mon nuage

Animal

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1989 "Sarbacane"

Tu voudrais qu'elle t'aime
T'as changé tes manières
Tu prends des allures mondaines
Tu racontes seulement
Tes voyages en première, en première.
Tu veux qu'elle t'estime
Tu sors tes plus belles lectures
T'as vu des centaines de films
T'expliques d'où viennent
Ces tapis sur le mur, sur le mur.

Et y a une heure où va retentir… le signal.

Tu voudrais qu'elle rêve
Tu gardes un petit doigt en l'air
Tu parles de décalages horaires
Des plages blanches
À l'autre bout de la Terre, de la Terre.
(ou) Pourquoi pas Venise
Quand les fontaines s'allument
En dessous des lumières grises
On pourrait danser
Sur le bord des lagunes, des lagunes.

Et y a une heure où va retentir… le signal
Un moment où tu vas t'sentir…
Animal, animal, animal,
Animal, animal.

Celui qui attend sous le déluge
Qui couche contre la porte
Celui qui crie, qui hurle
Jusqu'à ce que tu sortes
Qui t'aime dans la voiture
Qui court quand tu appelles
Qui pleure, qui pleure, qui pleure
"Mon Dieu que les femmes sont belles!"
"Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu…"
"Que les femmes sont…"

Tu voudrais qu'elle danse
Qu'il y ait des fleurs partout par terre
Et dans le grand silence
Tu te sens capable de marcher sur la mer
Sur la mer.
Tu voudrais qu'elle t'aime
Tu sors tes plus belles lectures
Et t'en oublies certaines
Comme ces filles à plat posées sur tes murs
Sur tes murs.

Et y a une heure où va retentir… le signal
Un moment où tu vas t'sentir…
Animal, animal, animal
Animal, animal
Animal
Le signal
Le signal
Animal…

Assis sur le rebord du monde

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1994 "Samedi soir sur la Terre "

Si j'ai bien toute ma mémoire
Disait Dieu dans un coin du ciel
J'avais commencé une histoire
Sur une planète nouvelle, toute bleue
Bleue, pour pas qu'on la confonde
Je vais aller m'asseoir sur le rebord du monde
Voir ce que les hommes en ont fait
J'y avais mis des gens de passage
Et j'avais mélangé les couleurs
Je leur avais appris le partage
Ils avaient répété par cœur
"Toujours"! tous toujours dans la même ronde
Je vais aller m'asseoir sur le rebord du monde
Voir ce que les hommes en ont fait
Je me souviens d'avoir dit aux hommes
Pour chaque fille une colline de fleurs
Et puis j'ai planté des arbres à pommes
Où tout le monde a mordu de bon cœur
Et partout, partout des rivières profondes
Je vais aller m'asseoir sur le rebord du monde
Voir ce que les hommes en ont fait
Soudain toute la ville s'arrête
Il paraît que les fleuves ont grossi
Les enfants s'approchent, s'inquiètent
Et demandent "pourquoi tous ces bruits?"
Sans doute, Dieu et sa barbe blonde
Dieu qui s'est assis sur le rebord du monde
Et qui pleure de le voir tel qu'il est!
Dieu qui s'est assis sur le rebord du monde
Et qui pleure de le voir tel qu'il est.

Automne (Colchiques dans les près)

Paroles et Musique: Francine Cokempot 1977 "Les murs de poussière"

Colchiques dans les près
Fleurissent, fleurissent
Colchiques dans les près
C'est la fin de l'été
La feuille d'automne
Emportée par le vent
En rondes monotones
Tombe en tourbillonnant

Nuage dans le ciel
S'étire, s'étire
Nuage dans le ciel
S'étire comme une aile
La feuille d'automne
Emportée par le vent
En rondes monotones
Tombe en tourbillonnant

Châtaignes dans les bois
Se fendent, se fendent
Châtaignes dans les bois
Se fendent sous nos pas
La feuille d'automne
Emportée par le vent
En rondes monotones
Tombe en tourbillonnant

Et ce chant dans mon cœur
Murmure, murmure
Et ce chant dans mon cœur
Murmure le bonheur
La feuille d'automne
Emportée par le vent
En rondes monotones
Tombe en tourbillonnant
La feuille d'automne
Emportée par le vent
En rondes monotones
Tombe en tourbillonnant

Bonne nouvelle

2004 "Les beaux dégâts"

Deux ou trois anges autour
Toujours en sentinelles
Des papillons aux ailes lourdes
De cannelle
Y a pas de raison que ce soit confidentiel
Chaque fois que je te vois, que je t'appelle
La vie me donne ce que j'attends d'elle

Dans chaque bar, chaque coin de rue
Chaque chapelle
Tout le monde voit bien que sans toi
Je dérive au diesel
Toi t'as les clefs de tout, de la Tour Eiffel
C'est de là-haut que tu colores l'arc-en-ciel
C'est pour ça que je t'appelle "Bonne nouvelle"

J'entends les cuivres, les cordes, les cors
Les violoncelles
Je vois le monde loin, loin
Sous mes échelles
La nature a beau faire le lait, le miel
Le grand, l'inestimable, l'essentiel
C'est toujours mieux sous ton ombrelle
Bonne nouvelle

Je me battais comme tout le monde
Pour quitter mes ombres profondes
Des tunnels
Dans la grande course d'obstacles
Je t'attendais comme un miracle
Un Noël
Il est venu mon jour de chance
Ni en retard, ni en avance
Ponctuel
Quand t'as allumé ton sourire
J'ai pu enfin m'entendre dire:
La vie me donne ce que j'attends d'elle
La vie me donne ce que j'attends d'elle

Comme ça ce serait donc moi le gars aux yeux
Pleins d'étincelles
Celui qui connaît toutes tes couleurs de rimmel
A chaque fois que nos doigts s'entremêlent
Est-ce que tu sens les nuages à tes semelles?
Et si c'était éternel?

Dans quelque temps, dans quelques tours
De carrousel
Quand je t'écrirai des mots d'amour
Poivre et sel
Y a pas de raison que ce soit confidentiel
Je dirai comme à chaque fois que je t'appelle:
La vie me donne ce que j'attends d'elle
La vie me donne ce que j'attends d'elle
La vie me donne ce que j'attends d'elle
Bonne nouvelle, bonne nouvelle

Je me battais comme tout le monde
Dans la grande course d'obstacles

C'est écrit

Paroles: Francis Cabrel. Musique: R. Secco, Michel Françoise 1989 "Sarbacane"

autres interprètes: Hélène Ségara, Les Enfoirés, Pascal Obispo ("Dernière édition avant l'an 2000" des Enfoirés, 1999)

Elle te fera changer la course des nuages
Balayer tes projets, vieillir bien avant l'âge
Tu la perdras cent fois dans les vapeurs des ports
C'est écrit
Elle rentrera blessée dans les parfums d'un autre
Tu t'entendras hurler: "Que les diables l'emportent!"
Elle voudra que tu pardonnes, et tu pardonneras
C'est écrit

Elle n'en sort plus de ta mémoire
Ni la nuit, ni le jour
Elle danse derrière les brouillards
Et toi, tu cherches et tu cours.

Tu prieras jusqu'aux heures où personne n'écoute
Tu videras tous les bars qu'elle mettra sur ta route
T'en passeras des nuits à regarder dehors.
C'est écrit

Elle n'en sort plus de ta mémoire
Ni la nuit, ni le jour
Elle danse derrière les brouillards
Et toi, tu cherches et tu cours
Mais y a pas d'amours sans histoires.
Et tu rêves, tu rêves

Qu'est-ce qu'elle aime, qu'est-ce qu'elle veut?
Et ces ombres qu'elle te dessine autour des yeux
Qu'est-ce qu'elle aime?
Qu'est-ce qu'elle rêve, qui elle voit?
Et ces cordes qu'elle t'enroule autour des bras
Qu'est-ce qu'elle aime?

Je t'écouterai me dire ses soupirs, ses dentelles
Qu'à bien y réfléchir, elle n'est plus vraiment belle
Que t'es déjà passé par des moments plus forts
Depuis…

Elle n'en sort plus de ta mémoire
Ni la nuit, ni le jour
Elle danse derrière les brouillards
Et toi, tu cherches et tu cours
Mais y a pas d'amours sans histoires.
Oh tu rêves, tu rêves

Elle n'en sort plus de ta mémoire
Elle danse derrière les brouillards
Et moi j'ai vécu la même histoire
Depuis je compte les jours
Depuis je compte les jours
Depuis je compte les jours

C'était l'hiver

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1979 "Les chemins de traverse"

autres interprètes: Isabelle Boulay (1998)

Elle disait "j'ai déjà trop marché,
Mon cœur est déjà trop lourd de secrets,
Trop lourd de peines"
Elle disait "je ne continue plus,
Ce qui m'attend, je l'ai déjà vécu.
C'est plus la peine"
Elle disait que vivre était cruel
Elle ne croyait plus au soleil
Ni aux silences des églises
Même mes sourires lui faisaient peur
C'était l'hiver dans le fond de son cœur
Elle disait que vivre était cruel
Elle ne croyait plus au soleil
Ni aux silences des églises
Même mes sourires lui faisaient peur
C'était l'hiver dans le fond de son cœur
Le vent n'a jamais été plus froid
La pluie plus violente que ce soir-là
Le soir de ses vingt ans
Le soir où elle a éteint le feu
Derrière la façade de ses yeux
Dans un éclair blanc
Elle a sûrement rejoint le ciel
Elle brille à côté du soleil
Comme les nouvelles églises
Mais si depuis ce soir-là je pleure
C'est qu'il fait froid dans le fond de mon cœur
Elle a sûrement rejoint le ciel
Elle brille à côté du soleil
Comme les nouvelles églises
Mais si depuis ce soir-là je pleure
C'est qu'il fait froid dans le fond de mon cœur

Carte postale

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1981 "Carte postale"

Allumés les postes de télévision
Verrouillées les portes des conversations
Oubliés les dames et les jeux de cartes
Endormies les fermes quand les jeunes partent
Brisées les lumières des ruelles en fête
Refroidi le vin brûlant, les assiettes
Emportés les mots des serveuses aimables
Disparus les chiens jouant sous les tables
Déchirées les nappes des soirées de noce
Oubliées les fables du sommeil des gosses
Arrêtées les valses des derniers jupons
Et les fausses notes des accordéons
C'est un hameau perdu sous les étoiles
Avec de vieux rideaux pendus à des fenêtres sales
Et sur le vieux buffet sous la poussière grise
Il reste une carte postale

Goudronnées les pierres des chemins tranquilles
Relevées les herbes des endroits fragiles
Désertées les places des belles foraines
Asséchées les traces de l'eau des fontaines
Oubliées les phrases sacrées des grands-pères
Aux âtres des grandes cheminées de pierre
Envolés les rires des nuits de moissons
Et allumés les postes de télévision
C'est un hameau perdu sous les étoiles
Avec de vieux rideaux pendus à des fenêtres sales
Et sur le vieux buffet sous la poussière grise
Il reste une carte postale

Envolées les robes des belles promises
Les ailes des grillons, les paniers de cerises
Oubliés les rires des nuits de moissons
Et allumés les postes de télévision
Allumés les postes de télévision

Cent ans de plus

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1999 "Hors-saison"

Cent ans dans la peau de l'esclave
Et juste après cent ans de plus
Chercher des miettes sous les tables
Avant que les blancs ne marchent dessus
Dormir sur des paquets de planches
Chanter seulement le dimanche
Tu vois la femme noire
Dans le rôle de la bonne
Avec tout à côté
Tout tordu son bonhomme
Après ça faut pas que tu t'étonnes

C'est Eux qui ont fait
Eux qui ont fait
Son House et Charlie Patton
Howlin' Wolf et Blind Lemon

Bien rouge le sang de l'Afrique
Sur la jolie fleur du coton
La toute nouvelle Amérique
La belle démocratie "Welcome"
Bateaux déportant les villages
Au bout de l'immense voyage
Gravé dans la mémoire
Pour des années-lumière
Chaque larme d'ivoire
Chaque collier de fer
Après ça faut pas que tu t'étonnes

C'est Eux qui ont fait
Eux qui ont fait
Son House et Charlie Patton
Howlin' Wolf et Blind Lemon

Toujours plaire aux marchands de fantômes
Elle qu'on achète et lui que l'on donne
Naître avec la peine maximum
Toujours vivant dans ce que nous sommes
Peuple interdit du reste des hommes
Cherchant le bleu de l'ancien royaume
Eux qui ont fait faut pas que ça t'étonne

Son House et Charlie Patton
Blind Blake et Willie Dixon
Ma Rainey et Robert Johnson
Howlin' Wolf et Blind Lemon…
Son House et Charlie Patton

Chandelle

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1981 "Carte postale"

Elle, elle sort tout droit d'une aquarelle
Avec ses dentelles d'autrefois
Elle est belle comme un chemin de croix
Elle, les enfants l'appellent Chandelle
Parce qu'elle tremble à chaque pas
Mais le prisonnier c'est moi
Si elle a peur, si elle a froid, moi aussi
L'hiver est fait pour que nos corps se serrent
Et se serrent sans bruit
Si elle a peur, si elle a froid, moi aussi
Je suis le premier qui l'appelle
Le premier qui lui ouvre les bras
Comme si chez nous elle n'existait pas
Et d'elle, je reçois quelques nouvelles
Par les oiseaux qu'elle m'envoie
Je suis loin, mais ne t'inquiète pas
Si elle a peur, si elle a froid, moi aussi
L'hiver est fait pour que nos corps se serrent
Et se serrent sans bruit
Si elle a peur, si elle a froid, moi aussi
Mais chacun de ses silences est mortel
Chacun de ses mots de porte au ciel
Hey, d'aussi loin que tu sois
Si tu m'entends, arrête-toi
Toi qui cours pour que ton corps soit transparent
Toi qui pleures que la vie te prend tout ton temps,
Hey, d'aussi loin que tu sois
Si tu m'entends, arrête-toi
Chandelle, c'est ma chanson pour toi
Ma chanson pour toi
Chandelle, c'est toujours le soir de Noël
Quand elle revient vers chez moi
Et même je ne suis pas sûr qu'il ait fait nuit
Entre hier et aujourd'hui

Change de docteur

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1977 "Les murs de poussière"

Toi tu essaies comme les autres fous
D'arrêter le temps, de le briser d'un seul coup
Et tu plantes tes ongles aux pierres de sa vie
Il t'emporte avec lui
Au moment où tu penses être enfin le plus fort
C'est trop tard, tu dors
Alors tu rêves d'être le prêtre hindou
Qui encense le soir le ciel de Diên Biên Phu
Mais sa voix est trop grave
Mais tu as peur des croix
Qui terminent ses bras
Viens, change de docteur
Viens, j'en connais un meilleur
Il arrache sa vie et te soigne avec ça
Change de docteur
Viens, j'en connais un meilleur
Il déchire la nuit qui coule au fond de toi
Qui coule au fond de toi
Alors tu prends des grains de sucre roux
Et tu deviens la star des flashs, des interviews
Mais tes mots sont trop hauts
Et les mecs des journaux
Ne les comprennent pas
Leurs crayons sont trop fins
Leur soleil est trop bas
Et tout se brise et tu tombes aux genoux
D'une horde de rats
Les princes des égouts
C'est leur chef qui le dit
Je peux sauver ta vie
Si tu couches avec moi
Viens, change de docteur
Viens, j'en connais un meilleur
Il arrache sa vie et te soigne avec ça
Change de docteur
Viens, j'en connais un meilleur
Il déchire la nuit qui coule au fond de toi
Qui coule au fond de toi
Disons qu'un jour il n'y ait plus de tabous
Qu'il n'y ait plus d'interdits
Ni de prêtres jaloux
Juste un grain dans la foule
Une pierre qui roule
Et tout le monde s'en fout
Viens, change de docteur
Viens, j'en connais un meilleur
Il arrache sa vie et te soigne avec ça
Change de docteur
Viens, j'en connais un meilleur
Il déchire la nuit qui coule au fond de toi
Qui coule au fond de toi
Viens, change de docteur
Viens, j'en connais un meilleur
Il déchire la nuit qui coule au fond de toi
Qui coule au fond de toi

Chauffard

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1981 "Carte postale"

Y a les bandes blanches qui défilent
Et ta vie qui s'accroche à son fil
Tu es dans la zone rouge du compteur
Mais tu ne t'occupes plus des couleurs
Il faut surtout pas que tes mains tremblent
Y a les troncs des arbres qui t'attendent
Même dans les passages difficiles
Y a les bandes blanches qui défilent
Y a le vent qui siffle sous les tôles
Et le cri des pneus quand tu décolles
Et derrière toi la nuit qui retombe
Sur le sillage étroit de ta bombe
Est-ce que c'est ton cœur qui fait hurler la machine
Ou bien le moteur qui bat dans ta poitrine
Et qui propulse ton projectile
Entre les bandes blanches qui défilent
Chauffard
Tu vois le monde autour dans des brumes liquides
Et c'est pour ça que tu cours toujours sur la voie rapide
Chauffard, chauffard
Tu pousses la musique jusqu'au plus fort
Pour pas sentir les doigt de la mort
Et ni les chiens qui aboient dans leur sommeil
Ni les hommes de loi que tu réveilles
Tu vois quelques tâches claires sur le dos des camions
Quelques mots de travers sur des panneaux bidons
Et ton sang fait monter les aiguilles
Jusqu'au rouge des feux que tu grilles
Chauffard, chauffard
Tu vois le monde autour dans des brumes liquides
Et c'est pour ça que tu cours toujours sur la voie rapide
Chauffard, chauffard
Tu dis que tu connais ton nom par cœur
Et que tu préfères le son de ton moteur
Que si jamais personne ne t'arrête
T'iras te crasher sur le fond de la planète
Et que tu vibres quand les virages s'avancent
Et que la vitesse te laisse ta chance
Et que t'es jamais aussi tranquille
Que quand les bandes blanches défilent
Chauffard, chauffard
Tu vois le monde autour dans des brumes liquides
Et c'est pour ça que tu cours toujours sur la voie rapide
Tu vois le monde autour dans des brumes liquides
Et c'est pour ça que tu cours toujours sur la voie rapide
Chauffard, Chauffard
Chauffard, chauffard, chauffard

Comme eux

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1999 "Hors-saison"

Il rêvait de noircir des pages
D'écrire des choses nouvelles
Elle, aurait peint des paysages
Et joué du violoncelle
À s'aimer toujours davantage
Ils ont trouvé naturel
Elle, le cambouis des garages
Lui, les produits de vaiselle

Elle posait ses doigts sur la carte
Toujours du côté chaleur
De temps en temps faudra qu'on parte
S'embrasser ailleurs
Elle ne voit pas le temps qui passe
Ils prennent tellement à cœur
Ces fins de semaine sur place
Autour d'un bouquet de fleurs…

Jamais de cris, de problèmes
Tout le monde peut voir comme ils s'aiment
Ni double fond, ni double jeu

Rien que de la lisse surface
Que du collant double face
Fasse le ciel qu'on soit comme eux
Comme eux

Ils rêvent d'un chambre tranquille
De quelques jouets au milieu
Qu'importe l'endroit ou le style
Le centre-ville ou la banlieue
De temps en temps faudra qu'on parte
Un jour, il écrira un peu
Elle sait où elle a rangé la carte
Pour les jours où ça ira mieux

Jamais de cris, de problèmes
Tout le monde peut voir comme ils s'aiment
Ni double fond, ni double jeu

Rien que de la lisse surface
Que du collant double face
Fasse le ciel qu'on soit comme eux
Comme eux

Comme une madone oubliée

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1981 "Carte postale"

Tous les soirs, la même fille attend
Sur le même square, le même banc
Comme une madone oubliée, les jambes croisées
Elle voyage au milieu des maisons
Dans la nuit bleue des télévisions
Comme les fantômes légers, les voiles de fumée
On dit qu'elle a des chambres en ville
On dit qu'elle dort sur le côté
Qu'elle est plutôt d'humeur facile
Qu'on ne la dérange jamais
Qu'il y a des tas de chats qui dorment
En travers sur ses oreillers
Au milieu du parfum des hommes
Et même si tout ça c'était vrai
Au milieu des feuilles et des brindilles
Elle fait son show sur talons aiguilles
Elle joue son cinéma muet
Elle tend ses filets
Et sur les allées du square s'imprime
Le pas de ses futures victimes
Qui viendront s'incendier le cœur
Aux étranges lueurs
On dit qu'elle est l'amie fidèle
De ceux qui n'osent pas parler
Qu'elle connaît le chant des sirènes
Qu'elle peut aussi le murmurer
Qu'il y a des tas de gens qui l'aiment
Et qui ne lui sourient jamais
Que ce ne sont jamais les mêmes
Et même si tout ça c'était vrai
Quels que soient les murs qui te protègent
Un soir tu te prendras à son piège
Le soir où tu seras devenu
Une ombre de plus
Car tous les soirs, la même fille attend
Sur le même square et sur le même banc
Comme une madone oubliée
Les jambes croisées

Cool papa cool

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1980 "Fragile"

Cool papa cool
C'est pas parce que ton rêve s'écroule
Qu'il faut que tu tires dans la foule autour de toi.
Cool papa cool
On n'est pas fait du même moule
Toi, t'es rocher, moi pierre qui roule
On ne choisit pas.
Ta fortune éclate
Tes prêtres se battent
Juste en bas de chez toi
Ta fille se shoote
Ton fils fait la route
Et ta maîtresse reçoit
Y a tes héros qui sautent
Y a des mendiants qui votent
Y a ta femme qui boit
Y a plus de cathédrales
Y a des stars en sandales
Et personne les croît

Cool papa cool
C'est pas parce que ton rêve s'écroule
Qu'il faut que tu tires dans la foule autour de toi.
Cool papa cool
On n'est pas fait du même moule
Toi, t'es rocher, moi pierre qui roule
On ne choisit pas.
Tous les traîtres t'embrassent
Ton pavillon de chasse
Est plein de juges hors la loi
Y a les huissiers qui sonnent
Y a dieu au téléphone
T'as du sang sur les doigts
Le temps te bouscule
Ton image brûle
Mais ne t'en fais pas
Faut que tu comprennes
Que dans dix ans à peine
C'est peut-être à moi qu'on dira…

Cool papa cool
C'est pas parce que ton rêve s'écroule
Qu'il faut que tu tires dans la foule autour de toi.
Cool papa cool
On n'est pas fait du même moule
Toi, t'es rocher, moi pierre qui roule
On ne choisit pas.
Cool papa cool
C'est pas parce que ton rêve s'écroule
Qu'il faut que tu tires dans la foule autour de toi.
Cool papa cool

Dame d'un soir

Paroles et Musique: Francis Cabrel, G. Augier De Moussac 1983 "Quelqu'un de l'intérieur"

Dame d'un soir
Je t'imagine sans effort
Dame d'un soir
Je te dessine
Quand je m'endors
Laisse faire la lumière
Laisse-toi soulever doucement
Ferme les yeux
Dehors il pleut, un peu
Tu dérives captive
Vers le soleil blanc d'un nouveau jour
Quelqu'un t'attend
Au bout de l'océan
Dame d'un soir
Je t'imagine sans effort
Dame d'un soir
Je te dessine
Quand je m'endors
Les sirènes te préviennent
Qu'un voilier s'approche de ton corps
Plein de rubans
Et de papillons blanc
Pour tes ailes d'enfant
Nos épaules se frôlent
Nos voiles se fondent au même feu
Nos corps se glissent
Jusqu'aux plages d'Atlantis
Les sirènes te préviennent
Qu'un voilier s'approche de ton corps
Plein de rubans
Et de papillons blancs
Pour ton ventre d'enfant
Le silence immense
Juste la musique de ton cœur
Personne autour
Que nos haleines d'amour
Aquarelle, nouvelle
Sur des fils de laine roses et blancs
Ferme les yeux
Dehors il pleut, dehors il pleut un peu, un peu

De l'autre côté de toi

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1980 "Fragile"

Je sais que tu vis là-bas
Au bout de l'autoroute
J'pourrai pas me tromper
C'est allumé la nuit.
S'il te reste un instant
Faudra que tu m'écoutes
Faudra que tu m'attendes
Faut pas que tu m'oublies
De l'autre côté de toi
Je suis presque sûr qu'il n'y a plus rien
De l'autre côté de toi
Le désert commence où finit ta main
Toute l'eau qui ruisselle
Au fil de tes cheveux
J'ai encore besoin d'elle
Pour rafraîchir mes yeux
Est-ce qu'au moins tu m'entends
Quand j'appelle au secours?
Je suis jaloux des colliers
De diamants qui t'entourent
De l'autre côté de toi
Je suis presque sûr qu'il n'y a plus rien
De l'autre côté de toi
Le désert commence où finit ta main
Laisse-moi t'endormir
Une nuit boréale
Sur un lit de pétales
Aux reflets de saphir
Laisse-moi me blottir
Sur ta peau quatre étoiles
Dans ton corps cathédrale
Et ne plus revenir
Je suis presque sûr qu'il n'y a plus rien
Et le désert commence où finit ta main
Je sais que tu vis là-bas
Au bout de l'autoroute
Que tu vis là-bas
Au bout de l'autoroute
Je sais que tu vis là-bas
Au bout de l'autoroute
Que tu vis là-bas
Au bout de l'autoroute
Je sais que tu vis là-bas
Au bout de l'autoroute
Que tu vis là-bas
Au bout de l'autoroute

Depuis toujours

Paroles: Francis Cabrel. Musique: Otis Redding 1999 "Hors-saison"

Titre original: "I've been loving you too long"

note: Adaptation française du titre d'Otis Redding (1965).

Je t'aime depuis toujours
Et je viens seulement te dire
Je t'aime pour longtemps encore

Tes mots de velours
Ta peau jusqu'à en éblouir
Tes yeux de chercheur d'or

Toutes ces nuits d'hiver
Ces longues, longues journées de pluie
J'en entends parler chez les autres
Moi, quel que soit le ciel
T'es mon éternelle éclaircie depuis toujours
Et je viens seulement te dire
Pour longtemps encore

Le monde autour
N'est rien qu'un brumeux souvenir
Rien qu'un lointain décor

Comme sur ces horloges
Les mêmes aiguilles, jour et nuit
S'en retournent l'une vers l'autre
Moi comme tu vois
Je retourne vers celle que j'aime depuis toujours
Pour seulement lui dire
Pour longtemps encore

Même au bout du monde
C'est le même ciel, le même lit
La même chaleur qui m'entoure
Les mêmes parfums
Ceux qui enveloppent mes nuits depuis toujours
Et je viens seulement te dire
Pour longtemps encore
Je retourne vers celle que j'aime
Depuis toujours
Oh je retourne vers celle que j'aime
Depuis toujours…
Depuis toujours

Dernière chanson

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1980 "Fragile"

Chaque fois qu'on arrache une fleur
Qu'on désigne un vainqueur
Qu'on verrouille une issue
Chaque fois qu'on bâtie une tour
On fait reculer l'amour
De quelques mètres de plus, de quelques mètres de plus
Chaque fois qu'on fait une maison
Comme elle a trente balcons
Dans les caves en dessous
Des enfants y apprennent l'odeur
Des fusils mitrailleurs
Et des bouches d'égouts, et des bouches d'égouts
C'est pas grave
Ce sont mes dernières larmes
C'est pas grave
C'est mon dernier appel avant de me taire
C'est la dernière chanson que je voulais faire
Plus ça va, plus je vis, plus j'ai peur
Plus je regarde ailleurs
Plus ça tremble partout
J'ai peur du vide au détour du sentier
J'ai peur d'avoir donné
Le pouvoir à des fous, le pouvoir à des fous…
Mais les fous sont des messieurs très bien
Qui ont des gants en satin
Et des griffes en dessous
Et qui s'amusent à pousser les frontières
Et qui prennent ma terre
Pour un tas de cailloux, pour un tas de cailloux…
C'est pas grave
Ce sont mes dernières larmes
C'est pas grave
C'est mon dernier appel avant de me taire
C'est la dernière chanson que je voulais faire
C'est pas grave
Ce sont mes dernières larmes
C'est pas grave
C'est mon dernier appel avant de me taire
C'est ma dernière chanson avant la guerre, avant la guerre.

Des gens formidables

Paroles et Musique: Francis Cabrel 2008 "Des roses et des orties"

On serait des gens formidables
Des êtres parfaits
Des chanteurs charmants, charitables,
Humbles et discrets
Contre toutes les injustices
Et de tous les combats
Mais on est normalement égoïste
Et c'est chacun chez soi

On ferait des chansons éternelles
Et en quelques couplets
On ferait la Terre plus belle
L'homme moins mauvais
Ça ferait de nous des êtres rares
Et comme immortels
Mais on fait des petites chansons qui se fanent
Et on se fane avec elles

Et on se fane avec elles
On se fane avec elles

On ferait des chansons utiles
À la société
Pour en dénoncer les dérives
Et les absurdités
Comme tirer sur un oiseau qui chante
Une cartouche en plein coeur
Mais on fait des petites chansons hésitantes
Et on regarde ailleurs

On dirait des choses essentielles
Et de toute beauté
Comme on serait né avec des ailes
Ça serait pas compliqué
On aurait des mots qui touchent
Et qui transpercent
Les traîtres et les menteurs
Mais on fait de petites chansons pour le commerce
Et on tremble de peur

On tremble de peur
Et on tremble de peur

On serait des artistes immenses
Des divinités
Considérés comme une chance
Pour l'humanité
Il suffirait qu'on apparaisse
Pour que le monde soit heureux
Mais en fait, les gens nous aiment et puis nous laissent
Et c'est sans doute mieux

Des nuits trop longues

Paroles: Frédéric Kocourek. Musique: Michaël Jones 2004 "Prises et reprises"

Titre original: "Hésitation blues"

Côté cœur, j'ai le chagrin
D'un épouvantail,
Du gosse qui revient
D'un champ d'bataille

Les nuits trop longues, j' m'amuse à compter
Le peu que la vie nous donne, le peu que l'on est

Noyé d'alcool et de désir
Je ne dois rien à personne
Je fais des sourires
Aux cabines de téléphone

Les nuits trop longues, je pourrais m'envoler
Rien ici qui me raisonne, plus rien qui m'effraie

Bientôt deux mois qu'elle est partie
Deux mois… Deux mille ans…
Je vais de mélancolie
En renoncement

Les nuits trop longues, faudrait libérer
Tous les cris qu'on emprisonne au fil des années

Il est temps que j'aille me coucher,
Temps que j'mette mon âme au chaud
L'aube va se pointer
Moi, je tire le rideau

Les nuits trop longues, je les passe à rêver
Qu'un beau jour je lui pardonne le mal qu'elle m'a fait

Qu'un beau jour je lui pardonne le mal qu'elle m'a fait

Docteur

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1985 "Photos de voyages"

Hey Docteur, j'ai déjà pas mal
De tours au compteur
Pas mal d'années derrière
J'aimerais faire moins que mon âge
Est-ce que tu peux faire un peu de ménage
Sur la peau de mon visage?
Faut que tu effaces
Toutes ces traces
Creusées sur ma figure
Trempe mon cœur dans le ciment
Mes cheveux dans la peinture
Je ne sortirai plus jamais
Sans plusieurs couches de fourrure
Ma famille a de l'argent… Docteur
Hey Sorcier
Pourquoi sommes nous fiers comme des rochers
Fragiles comme du verre?
Je préfère le silex
Ce temps qui passe et moi qui passe avec
Je prends ça comme un échec
Faut que tu effaces
Toutes ces traces
Creusées sur ma figure
Trempe mon cœur dans le ciment
Mes cheveux dans la peinture
Je ne sortirai plus jamais
Sans plusieurs couches de fourrure
Ma famille a de l'argent… Docteur
On est tous pareil
Il est pour moi le soleil
On est tous les mêmes
C'est moi que j'aime
Faut que tu effaces
Toutes ces traces
Creusées sur ma figure
Trempe mon cœur dans le ciment
Mes cheveux dans la peinture
Je ne sortirai plus jamais
Sans plusieurs couches de fourrure
Ma famille a de l'argent… Docteur
J'aimerais faire moins que mon âge
Est-ce que tu peux faire un peu de ménage
Sur la peau de mon visage?
Je préfère les silex
Ce temps qui passe et moi qui passe avec
Je prends ça comme un échec

Dormir debout

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1989 "Sarbacane"

J'ai dû dormir debout,
Pas un mot, pas un geste,
L'homme qui pouvait sauver l'amour
Est parti sans laisser d'adresse.
Quelque part au ciel,
J'attends des nouvelles,
Mais les étoiles sont floues.
Il tombe autant de pluie
Que tout l'amour qu'il mérite,
L'homme qui courait après Lucie
Est parti quand même un peu vite.
Dans les mauvaises fables,
Dans les vents de sable,
Le diable est partout.
J'ai dû dormir debout.
…Dormir debout.

C'est une histoire de fous,
Tout ce vide que tu laisses,
L'homme qui pouvait sauver l'amour
Est parti sans laisser d'adresse.
Au ciel quelque part, difficile à voir,
Quand t'es K.O. debout…
Des millions de lumières,
Accrochées aux barrières,
De ce temps qui gâche tout,
Comme des signaux pour lui dire,
Qu'y a déjà des rivières,
Au milieu des déserts,
Et des champs de cailloux,
Et qu'on lui garde surtout,
Et qu'on lui garde surtout,
Sa place au milieu de nous,
…Au milieu de nous…
Juste au milieu de nous,
Pour tout le temps qu'il nous reste,
L'homme qui pouvait sauver l'amour
Est parti sans laisser d'adresse.
Depuis le fond du ciel,
Jusqu'aux murs des hôtels,
Les étoiles sont floues.
J'ai dû dormir debout.
…Dormir debout…
J'ai dû dormir debout.
…Dormir debout…
J'ai dû dormir!
…Debout…

Edition spéciale

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1983 "Quelqu'un de l'intérieur"

D'abord y a cette fille
Dans la boîte de verre
Qui dit "Bonne nuit, à demain"
Sur un bout de musique
Des bonshommes à l'envers
Et puis après plus rien
J'étais là à huit heures
Pour les mauvaises nouvelles
Elle m'a laissé tout seul
Avec mes envies d'elle
Derrière son visage
Un paysage de neige
Et puis après plus rien
Après je prends mon pote
Sur la radio locale
Au milieu d'un discours
C'est le temps qu'il espère
Au-dessus de son bocal
S'il arrive à faire jour
Parce qu'il paraît qu'y a le feu
À la moitié de la Terre
Et qu'on attend du mieux
Juste pour les sagittaires
Après un dernier verre
Le souffle des étoiles
Et puis après plus rien
Et puis après plus rien
Et puis après Edition Spéciale, Edition Spéciale
En couleur naturelle
Mes envies d'elle
Et puis après Edition Spéciale, Edition Spéciale
En grandeur nature
Ses yeux sur le mur
Et puis après je cherche
Quelqu'un que je connais
Qui soit encore debout
Faut pas que je me leurre
À l'heure qu'il est
On doit pas être beaucoup
J'ai du mal à dormir
À côté de personne
Et le silence m'attend
Je l'entends qui résonne
"Allez, salut bonsoir!"
Le bruit quand je raccroche
Et puis après plus rien
Et puis après plus rien
Et puis après Edition Spéciale, Edition Spéciale
En grandeur nature
Ses yeux sur le mur
Et puis après Edition Spéciale, Edition Spéciale
En couleur naturelle
Mes envies d'elle
Quand je me lève
La fille dans la boîte de verre
A déjà dit bonjour
Mon pote est reparti
Sur une autre colère
Dans un autre discours
Mais la nuit arrive vite
À ceux qui ont peur d'elle
Y a des choses qu'on évite
Pas facile avec elle
Après-midi tranquille
Après-midi banal
Et puis après…
Et puis après…
Et puis après…
Edition Spéciale, Edition Spéciale

Elle dort

Paroles et Musique: Francis Cabrel 2004 "Les beaux dégats"

Elle danse sur des parquets immenses
Aussi luisants qu'un lac
Confuse dans les vents qui s'amusent
A sa robe qui claque
Ondulant comme une flamme
Ballerine
Elle balance sans effort
Elle rentrera par le grand escalier
Qu'elle adore
Elle court
Par les ruelles autour
Dans les rires et les flaques
Légère
Par dessus les barrière
Et les grilles des parcs
Ondulant comme une flamme
Elle s'envole au bras d'un conquistador
Sur la chaise mobile
Où lourdement pèse son corps
Elle dort

C'est l'histoire d'à peine une seconde
Enfin
Elle peut faire comme tout le monde
Poursuivre un oiseau un ballon un trésor
Mais elle dort
Attachée à un siège
Comme sur l'eau
Le bouchon de liège
Et toujours ce film
Qui la ramène au bord
Elle sort
Ni blessée ni fragile ni poupée de cristal
Dehors
Où le monde défile
A vitesse normal
Ailleurs
Dans d'autres costumes
Et debout
Surtout dans d'autres décors
Sur la caisse mobile
Où lourdement pèse son corps
Elle dort

Elle dort
Comme on plonge dans un livre
Elle dort
Comme on commence à vivre
Surtout quand le monde accélère
Dehors
Mais elle dort
Attachée à un siège
L'enfant Jamais descendu du manège
Elle aime ses heures brûlante
Où Elle pense
Qu'elle danse
Qu'elle danse
Qu'elle danse sur des parquets immenses
Aussi luisants qu'un lac
Confuse dans les vents qui s'amusent
A sa robe qui claque

Elle écoute pousser les fleurs

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1980 "Fragile"

Elle écoute pousser les fleurs
Au milieu du bruit des moteurs
Avec de l'eau de pluie
Et du parfum d'encens
Elle voyage de temps en temps
Elle n'a jamais rien entendu
Des chiens qui aboient dans la rue
Elle fait du pain doré
Tous les jours à quatre heures
Elle mène sa vie en couleur
Elle collectionne
Les odeurs de l'automne
Et les brindilles de bois mort
Quand l'hiver arrive
Elle ferme ses livres
Et puis doucement
Elle s'endort sur des tapis de laine
Au milieu des poupées indiennes
Sur les ailes en duvet
De ses deux pigeons blancs
Jusqu'aux premiers jours du printemps
Elle dit qu'elle va faire
Le tour de la Terre
Et qu'elle sera rentrée pour dîner
Mais les instants fragiles
Et les mots inutiles
Elle sait tout cela
Quand elle écoute pousser les fleurs
Au milieu du bruit des moteurs
Quand les autres s'emportent
Quand j'arrive à m'enfuir
C'est chez elle que je vais dormir
Et c'est vrai que j'ai peur de lui faire un enfant…

Elle m'appartient (C'est une artiste)

Paroles: Francis Cabrel. Musique: Bob Dylan 2008 "Des roses et des orties"

Titre original: "She belongs to me"

note: adaptation de la chanson de Bob Dylan

Elle a tout ce qu'elle désire
C'est une artiste, n'en doute jamais
Elle a tout ce qu'elle désire
C'est une artiste, n'en doute jamais
Elle peut faire tes nuits toutes blanches
Et sur tes jours le noir complet

Jamais elle ne tremble
Et nulle part, elle ne peut tomber
Jamais elle ne tremble
Et nulle part, elle ne peut tomber
Comme elle est l'enfant de personne
La loi ne la touche jamais

Elle porte une bague égyptienne
Qui scintille lorsqu'elle doit parler
Elle porte une bague égyptienne
Qui scintille lorsqu'elle va parler
C'est une collectionneuse mondaine
Et toi un passant démodé

Tu commenceras debout
Fier d'entendre son moindre murmure
Tu commenceras debout
Et fier d'entendre son moindre murmure
Tu finiras comme les autres
A genoux devant sa serrure

Va la saluer le dimanche
Et pour sa fête, fais le détour
Va la saluer le dimanche
Et pour sa fête, fais le détour
Pour Halloween, donne-lui une trompette
Et pour Noël, offre-lui un tambour
Pour Halloween, donne-lui une trompette
Et pour Noël, offre-lui un tambour

Elle s'en va vivre ailleurs

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1981 "Carte postale"

Ce soir son rêve a rejoint
Le dernier wagon d'un train
Elle s'en va vivre ailleurs
Loin des murs gris où elle pleure
Elle connaît quelqu'un
Qui va croire en son histoire
Et lui ouvrir le cœur
Il fera brûler des mots
Pour lui réchauffer la peau
Et pour la couvrir de fleurs
Elle s'en va vivre ailleurs
Au bras d'une étoile bizarre
D'une star ou d'un modèle d'un chanteur
On lui a tant parlé de sa vie
Qu'elle veut la vivre
On lui a tant parlé de lui
Qu'elle veut le suivre
Et peut-être qu'elle l'a choisi
Pour qu'il la délivre
Elle s'en va pour qu'il la sauve
Qu'il lui dise des phrases mauves
Pour qu'il l'emporte ailleurs
Loin des murs gris où elle pleure
Il n'y aura que lui sur sa route
Elle vivra toutes ses folies par cœur
On lui a tant parlé de sa vie
Qu'elle veut la vivre
On lui a tant parlé de lui
Qu'elle veut le suivre
Et peut-être qu'elle l'a choisi
Pour qu'il la délivre
Tant pis si c'est un mirage
L'autre côté de l'image
Ne lui fait même pas peur
Elle s'en va vivre ailleurs
Même si le chanteur vit dans une autre histoire
Et même si son regard n'est qu'un miroir
Qu'un miroir
Qu'un miroir

Elles nous regardent

"Les beaux dégâts"

Nous, tout petits déjà durs
Tout dans nos musculatures
Et toutes ces bagarres qu'il nous tarde
Elles, belles, elles nous regardent

Nous, ravis qu'on nous admire
Nous, nos salaires, nos sourires
Et tous ces défauts que l'on farde

Nous, nos trophées, nos armures
Nos mains en dessous des voitures
Et tous ces bars qui nous retardent
Elles, belles, elles nous regardent

Nous, nos envies et nos hormones
Nous, nos treillis verts et jaunes
Nous, devant quand ça bombarde

Saura-t-on jamais ce qu'elles pensent
D'en haut de leurs belles patiences
Est-ce qu'elles nous prennent pour ce qu'on est
Des benêts…
Abonnés aux bonnes manières comme
Les anniversaires fantômes
Des lointains, des touristes
Inconnus chez le fleuriste

Nous, les bobos qui chagrinent
Nous, nos corps à la médecine
Pour une piqûre, une écharde
Elles, belles, elles nous regardent

Mais nous, jamais dans les cuisines
Nous, confondre vaisselle fine
Avec les verres à moutarde

Saura-t-on jamais ce qu'elles pensent
D'en haut de leurs belles patiences
Est-ce qu'elles nous prennent pour ce qu'on est
Des benêts…
Abonnés aux bonnes manières comme
Se garer sur les géraniums
Des lointains, des touristes
Inconnus chez le fleuriste

Nous, perdus dans ce mystère
Et puis sans elles, comment faire
Alors…
Toute notre vie on bavarde
D'elles, belles, qui nous regardent

Toute notre vie on bavarde, on bavarde
D'elles, belles, qui nous regardent

Encore et encore

Paroles: Francis Cabrel. Musique: Roger Secco 1985 "Photos de voyages"

autres interprètes: France Gall

D'abord vos corps qui se séparent
T'es seule dans la lumière des phares
T'entends à chaque fois que tu respires
Comme un bout de tissu qui se déchire
Et ça continue encore et encore
C'est que le début d'accord, d'accord…

L'instant d'après le vent se déchaîne
Les heures s'allongent comme des semaines
Tu te retrouves seule assise par terre
À bondir à chaque bruit de portière
Et ça continue encore et encore
C'est que le début d'accord, d'accord…

Quelque chose vient de tomber
Sur les lames de ton plancher
C'est toujours le même film qui passe
T'es toute seule au fond de l'espace
T'as personne devant…

La même nuit que la nuit d'avant
Les mêmes endroits deux fois trop grands
T'avances comme dans des couloirs
Tu t'arranges pour éviter les miroirs
Mais ça continue encore et encore
C'est que le début d'accord, d'accord…
Quelque chose vient de tomber
Sur les lames de ton plancher
C'est toujours le même film qui passe
T'es toute seule au fond de l'espace
T'as personne devant…personne…

Faudrait que t'arrives à en parler au passé
Faudrait que t'arrives à ne plus penser à ça
Faudrait que tu l'oublies à longueur de journée
Dis-toi qu'il est de l'autre côté du pôle
Dis-toi surtout qu'il ne reviendra pas
Et ça te fait marrer les oiseaux qui s'envolent
Les oiseaux qui s'envolent
Les oiseaux qui s'envolent

Tu comptes les chances qu'il te reste
Un peu de son parfum sur ta veste
Tu avais dû confondre les lumières
D'une étoile et d'un réverbère
Mais ça continue encore et encore
C'est que le début d'accord, d'accord…

Y a des couples qui se défont
Sur les lames de ton plafond
C'est toujours le même film qui passe
T'es toute seule au fond de l'espace
T'as personne devant…personne

Quelque chose vient de tomber
Sur les lames de ton plancher
C'est toujours le même film qui passe
T'es toute seule au fond de l'espace
T'as personne devant…personne…
Y a des couples qui se défont
C'est toujours le même film qui passe
Le même film qui passe

Gitans

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1985 "Photos de voyages"

Quand t'es parti gitan
Tu as laissé seulement
Une voiture en morceaux
T'as pris tes chaises de bambou
Ta guitare de rien du tout
T'as mis le vent sous ta peau
T'as caressé les oiseaux, t'as caressé les oiseaux
T'as mis des pierres sur le feu
Les femmes aux longs cheveux
Ont tout lavé dans des seaux
Séché la linge sur les buissons
Rentré les gosses dans les camions
Sur les paniers de roseaux
Et caressé les oiseaux, caressé les oiseaux
Où allais-tu?
À part les flaques de boue
Et quelques traces de roues
Tu n'as rien voulu laisser
T'as mis ta fierté gitane
Aux rideaux des caravanes
Comme des drapeaux pliés
T'as caressé les oiseaux, t'as caressé les oiseaux
Où allais-tu?
J'ai peur des lumières des villes
Des grandes maisons immobiles
Des jardins bâtis tout autour
J'ai peur qu'on emmène d'office
Au bout du fusil des milices
Les enfants de notre amour
Ils traitent nos filles de voleuses
Du fond de leurs maisons peureuses
Pleines de chiens de combat
Ils attachent leurs volailles
Ils surveillent leurs ferrailles
On ne se ressemble pas…
Y a des panneaux depuis
Emplacement interdit
Comme s'il y avait eu la peste
T'as plus qu'à chercher ailleurs
Des gens qui auront moins peur
En espérant qu'il en reste
Et caresser les oiseaux! Et caresser les oiseaux!

Hell nep Avenue

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1999 "Hors-saison"

Comme j'arrivais la tête en vrac
Entre ma guitare et mon sac
J'entends, malheureux ne bougez plus
Ne bougez plus
Le prochain pas que vous allez faire
Peut vous mener droit en enfer
Personne ne vous a prévenu
Vous êtes sur Hell nep Avenue

Boulevard des papiers qui s'envolent
Le vent y descend droit du pôle
Ça fait des chansons de travers, de travers
Chanteurs aux épaules tombantes
Pris dans les fougères grimpantes
Encore une averse de plus
Sur Hell nep Avenue

Quelques mesures de silence
À l'heure où l'autobus s'avance
Aucune fille n'en descend, et le blues reprend
On peut voir se creuser les rides
De ceux qui attendent dans le vide
Il n'y a pas de ciel par-dessus
La Hell nep Avenue

Personne ne vous a prévenu
À cette heure-ci elle viendra plus
Il n'y a pas de ciel par-dessus
La Hell nep Avenue

Avenue du blues, boulevard de personne
On y a vu trainer Robert Johnson
Jusqu'au matin grattant la misère, la misère
Il reste un carré de pelouse
Où quelques silhouettes jalouses
Viennent pour fleurir la statue
Vous êtes sur Hell nep Avenue

Tendresse pendue aux pupitres
Rue des fenêtres sans vitres
Combien d'amoureux étendus, étendus
On y a tous chanté une fois
Une fois et puis t'oublies plus
La hell nep Avenue…

Combien d'amoureux étendus
Tellement, tellement de silhouettes perdues
Encore une averse de plus sur la Hell nep Avenue
Personne ne vous a prévenu
À cette heure-ci elle viendra plus
Il n'y a pas de ciel par-dessus la Hell nep Avenue…

Hors-saison

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1999 "Hors-saison"

C'est le silence
Qui se remarque le plus
Les volets roulants tous descendus
De l'herbe ancienne
Dans les bacs à fleurs
Sur les balcons
On doit être hors-saison

La mer quand même
Dans ses rouleaux continue
Son même thème
Sa chanson vide et têtue
Pour quelques ombres perdues
Sous des capuchons
On doit être hors-saison

Le vent transperce
Ces trop longues avenues
Quelqu'un cherche une adresse inconnue
Et le courrier déborde
Au seuil des pavillons
On doit être hors-saison

Une ville se fâne
Dans les brouillards salés
La colère océane est trop près
Les tourments la condamnent
Aux écrans de fumée
Personne ne s'éloigne du quai

On pourrait tout prendre
Les murs, les jardins, les rues
On pourrait mettre
Aux boîtes aux lettres nos prénoms dessus
Ou bien peut-être un jour
Les gens reviendront
On doit être hors-saison

La mer quand même
Dans ses rouleaux continue
Son même thème
Sa chanson vide "où es-tu?"
Tout mon courrier déborde
Au seuil de ton pavillon
On doit être hors-saison…

Une ville se fâne
Dans les brouillards salés
La colère océane est trop près
Les tourments la condamnent
Aux écrans de fumée
Personne ne s'éloigne du quai

Il faudra leur dire

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1987

Si c'est vrai qu'il y a des gens qui s'aiment
Si les enfants sont tous les mêmes
Alors il faudra leur dire
C'est comme des parfums qu'on respire
Juste un regard
Facile à faire
Un peu plus d'amour que d'ordinaire

Puisqu'on vit dans la même lumière
Même s'il y a des couleurs qu'ils préfèrent
Nous on voudrait leur dire
C'est comme des parfums qu'on respire
Juste un regard
Facile à faire
Un peu plus d'amour que d'ordinaire

Juste un peu plus d'amour encore
Pour moins de larmes
Pour moins de vide
Pour moins d'hiver

Puisqu'on vit dans les creux d'un rêve
Avant que leurs mains ne touchent nos lèvres
Nous on voudrait leur dire
Les mots qu'on reçoit
C'est comme des parfums qu'on respire
Il faudra leur dire
Facile à faire
Un peu plus d'amour que d'ordinaire

Si c'est vrai qu'il y a des gens qui s'aiment
Si les enfants sont tous les mêmes
Alors… il faudra leur dire
Les mots qu'on reçoit
C'est comme des parfums qu'on respire
Il faudra leur dire
Facile à faire
Un peu plus d'amour que d'ordinaire

Imagine-toi

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1977 "Les murs de poussière"

Imagine une nuit d'hiver
Des arbres morts, les bras ouverts
Une nuit profonde et glacée
Que tu est seul à traverser
Le vent a dû brûler tes mains
T'es presque à genoux quand soudain
Dans la nuit d'hiver que tu imagines
Se lève un feu sur la colline
Imagine, imagine-toi
Tu as moins peur, tu as moins froid
Imagine, imagine un peu
Comme la première fois que j'ai croisé ses yeux
Devant chez toi tout a vieilli
Tout a séché, tout a jauni
Le fleuve a fini de couler
Tout a tu peux l'imaginer
La terre craque et se divise
Le soleil brûle ta chemise
Tu crois que tout va disparaître
Quand tu entends une source naître
Imagine, imagine-toi
Tu as moins peur, tu as moins froid
Imagine, imagine un peu
Comme la première fois que j'ai croisé ses yeux
Tu fais la collection des femmes
Tu a fait un lac avec leurs larmes
Pour s'asseoir dans ta limousine
Elles se battent, j'imagine
Ton bonheur ressemble à l'hiver
À un paysage à l'envers
Tu as toujours peur, tu as toujours froid
Puisque tu ne la connais pas
Imagine, imagine-toi
Tu as moins peur, tu as moins froid
Imagine, imagine un peu
Comme la première fois que j'ai croisé ses yeux

J'ai peur de l'avion

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1989 "Sarbacane"

Des milliers d'hommes d'affaires,
Le nez dans le journal,
Rien d'autre à faire,
Essayer de trouver ça normal,
J'ai pas de costume sombre,
J'ai pas de conversation,
Et puis, j'ai peur de l'avion…
Bienvenue dans le piège,
Une voix de velours,
Qui dit, "sous votre siège
La veste de secours."
Faut qu'il y en ait un qui tombe,
C'est peut-être le bon,
J'ai peur de l'avion…
Tous les bruits sont bizarres,
Toutes les odeurs suspectes,
Même couché dans le couloir,
Je veux qu'on me respecte
Je veux qu'on me respecte
J'aimerais faire comme tout l'monde,
Trouver ça naturel,
D'être expulsé d'une fronde,
Jusqu'au milieu du ciel.
Qu'elle paraît minuscule
Cette piste en béton,
J'ai peur de l'avion…
Si jamais on se pose,
Ailleurs que dans les branches,
Je propose de suivre
Toutes les messes de dimanche,
Je jure que je rentre à pied à la maison,
Y a rien à faire, rien à faire,
J'ai peur de l'avion…
Peur de l'avion…
Peur de l'avion…
Peur de l'avion…

Je l'aime à mourir

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1972 "Les chemins de traverse"

autres interprètes: Nouvelle Star 1

Moi je n'étais rien
Et voilà qu'aujourd'hui
Je suis le gardien
Du sommeil de ses nuits
Je l'aime à mourir
Vous pouvez détruire
Tout ce qu'il vous plaira
Elle n'a qu'à ouvrir
L'espace de ses bras
Pour tout reconstruire
Pour tout reconstruire
Je l'aime à mourir

Elle a gommé les chiffres
Des horloges du quartier
Elle a fait de ma vie
Des cocottes en papier
Des éclats de rire
Elle a bâti des ponts
Entre nous et le ciel
Et nous les traversons
À chaque fois qu'elle
Ne veut pas dormir
Ne veut pas dormir
Je l'aime à mourir

Elle a dû faire toutes les guerres
Pour être si forte aujourd'hui
Elle a dû faire toutes les guerres
De la vie, et l'amour aussi
Elle vit de son mieux
Son rêve d'opaline
Elle danse au milieu
Des forêts qu'elle dessine
Je l'aime à mourir

Elle porte des rubans
Qu'elle laisse s'envoler
Elle me chante souvent
Que j'ai tort d'essayer
De les retenir
De les retenir
Je l'aime à mourir
Pour monter dans sa grotte
Cachée sous les toits
Je dois clouer des notes
À mes sabots de bois
Je l'aime à mourir

Je dois juste m'asseoir
Je ne dois pas parler
Je ne dois rien vouloir
Je dois juste essayer
De lui appartenir
De lui appartenir
Je l'aime à mourir

Elle a dû faire toutes les guerres
Pour être si forte aujourd'hui
Elle a dû faire toutes les guerres
De la vie, et l'amour aussi
Moi je n'étais rien
Et voilà qu'aujourd'hui
Je suis le gardien
Du sommeil de ses nuits
Je l'aime à mourir

Vous pouvez détruire
Tout ce qu'il vous plaira
Elle n'aura qu'à ouvrir
L'espace de ses bras
Pour tout reconstruire
Pour tout reconstruire
Je l'aime à mourir

Je m'ennuie de chez moi

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1981 "Carte postale"

Quand les vents se déchirent sur les angles des toits
Des rues que je traverse à peine
Quand les journées s'étirent et n'en finissent pas
Je m'ennuie de chez moi
Quand je sens que l'automne se consume là-bas
Quand je sais que le feu dévore
Les berges de Garonne où les arbres flamboient
Je m'ennuie de chez moi
De ce bout de terrain qui a brûlé ma mémoire
Ce petit point sur le grand canevas
Qu'un grand-père italien a choisi par hasard
Y a longtemps déjà
Y a longtemps déjà
Quand le mot tambourin de chantait que pour moi
Quand je me cachais pour l'entendre
La cabane du jardin, la clef du cadenas
Y a longtemps déjà
Lorsque j'y pense trop
Lorsque mes yeux se froissent
Puisque je sais qu'il existe sans moi
Je mets mon cœur en haut des pilotis de glace
Je continue comme ça
Je continue comme ça
Lorsque j'y pense trop
Lorsque mes yeux se froissent
Puisque je sais qu'il existe sans moi
Je mets mon cœur en haut des pilotis de glace
Je continue comme ça
Quand je m'ennuie de chez moi

Je m'étais perdu

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1977 "Les murs de poussière"

Je m'étais perdu
Je recherchais des yeux
Quelque chose qui bouge
En bas, dans la rue
Des gens très malheureux
Criaient des slogans rouges
Quand je suis descendu
On m'a pris par le bras
Poussé dans le manège…
Qu'est-ce que je fous là
À crier comme ça
En tête du cortège?
J'aurai ma photo
Avec mon nom en gros
En tête de la liste
Je vais être arrté
Ils vont me tabasser
Me ficher communiste
Chaque jour quelqu'un
Veut me prendre la main
Ma donner une image…
Un masque à porter
Pour mieux pouvoir après
L'enfermer dans sa cage
Moi je veux vivre plus loin
Reprenez vos papiers, vos titres et vos bulletins
Moi je veux vivre plus loin
Mais chaque jour quelqu'un
Veut me prendre la main
Me donner une image
Un masque à porter
Pour mieux pouvoir après
L'enfermer dans sa cage
Moi je garde ma voix
Pour celui qui criera
"La vie est une fte…"
On va brûler tout notre temps
Et non plus seulement
N'en vivre que les miettes

Je pense encore à toi

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1980 "Fragile"

Je suis entré dans l'église
Et je n'y ai vu personne
Que le regard éteint du plâtre des statues
Je connais un endroit où il n'y a rien au-dessus
Je pense encore à toi.
J'aurais dû me méfier des vents qui tourbillonnent
De ces pierres qui taillent cachées sous l'eau qui dort
De ces bouts de ruisseaux qui deviennent des ports
Je pense encore à toi.
On m'avait dit que tout s'efface
Heureusement que le temps passe
J'aurai appris qu'il faut longtemps
Mais le temps passe, heureusement, heureusement.
J'ai croisé le mendiant qui a perdu sa route
Dans mon manteau de pluie je lui ressemble un peu
Et puis j'ai ton image plantée dans les yeux
Je pense encore à toi.

Je rêve

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1979 "Les chemins de traverse"

Le vent a fait s'approcher les nuages
Il fait gris au dessus des plages
Et la mer a l'air triste aussi
Le ciel n'est plus qu'un long tissu de brume
Il va faire une nuit sans lune
Et demain je n'aurai pas dormi
Peut-être je vais rencontrer une dame
Quand j'irai accrocher mon âme
Sur les arêtes des rochers
Mais le vent souffle si fort sur ces pierres
C'est plus la peine que j'espère
L'amour ne peut pas s'y poser
Mais je rêve
Je lance des mots
Vers le jour qui s'achève
Je voulais qu'il reste
Il n'a pas entendu
Plus loin sur les rocs que la mer assaille
Cheveux et jupon en bataille
Combien de femmes ont attendu
Combien ont crevé leur cœur sur les vagues
Pour celui qui avait l'autre bague
Et qui n'est jamais revenu
Mais je rêve
Je lance des mots
Vers le jour qui s'achève
Je voulais qu'il reste
Il n'a pas entendu
La mer est plus forte que mon courage
Mais ce soir il y a des nuages
Et je sais qu'elle est triste aussi
Quand ces mots seront devenus des braises
Je monterai sur la falaise
Jeter leurs cendres dans la nuit
Mais je rêve
Je lance des mots
Vers le jour qui s'achève
Je voulais qu'il reste
Il n'a pas entendu
Je dédie ces mots
Aux amours qui s'achèvent
Je voudrais que tu restes

Je reviens bientôt

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1977 "Les murs de poussière"

Elle tire ses rideaux et puis
Ma voix se perd dans la nuit
Qui coule entre ces murs étroits
Elle n'entend pas de là-haut
Elle tire ses rideaux
Elle ouvre le piano et puis
Elle commence à jouer pour lui
Les mêmes notes qu'autrefois
Qui me font froid dans le dos
Elle ouvre le piano
Les derniers néons sont éteints
Ils doivent jouer à quatre mains
Au milieu de sa mélodie
Des flashs ont traversé la nuit
Depuis ce bateau je t'écris
Je me sens si fort aujourd'hui
J'ai le soleil au bout des bras
Je pense à toi beaucoup trop
Je reviens bientôt
Je reviens bientôt, c'est promis
Dans quelques jours, quelques nuits
Je n'appellerai qu'une fois
Tu descendras aussitôt
Je reviens bientôt
Les derniers néons sont éteints
Ils doivent jouer à quatre mains
Je n'entends plus sa mélodie
Il n'y a plus que moi et la pluie
Je reviens bientôt, c'est promis
Dans quelques jours, quelques nuits
Je n'appellerai qu'une fois
Tu descendras aussitôt
Je reviens bientôt
Mais elle tire ses rideaux et puis
Ma voix se perd dans la nuit

Je sais que tu danses

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1989 "Sarbacane"

J'aimerais que le temps s'accélère,
Qu'il efface toutes nos scènes de guerre,
Et que cette histoire recommence.
Y a bien des nageurs qui reviennent,
Y a bien des forêts qui s'éteignent,
Y a bien des étoiles qui avancent.
Toi, je sais que tu danses.
… Je sais que tu danses.
Je vois dans mes nuits écarlates,
Des diables et des dieux qui se battent,
Devant tes cheveux qui balancent.
Pendant que mes forces s'évaporent,
Pendant que mes mains cherchent ton corps,
Dans toute l'épaisseur du silence.
Je sais que tu danses.
… Je sais que tu danses.
Je vois ton image partout,
Des croix sur les endroits où,
Depuis ton parfum se balance.
Je vois ton image partout…
Je ferai de mon mieux pour sourire,
Je baisserai les yeux pour te dire,
Combien les hivers sont immenses.
Sans que tu prononces une parole,
Sans même que tes pieds touchent le sol.
Quand tu reviendras si t'y penses.
J'aimerais que tu danses.
… J'aimerais que tu danses.
Y aura ton image partout,
Des croix sur les endroits où,
Depuis ton parfum se balance.
Y aura ton image partout…
Y aura ton image partout,
Des croix sur les endroits où,
Je vois ton corps en transparence.
Y aura ton image partout…
…Y aura ton image partout…

Je t'aimais, je t'aime et je t'aimerai

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1994 "Samedi soir sur la Terre "

Mon enfant, nu sur les galets
Le vent dans tes cheveux défaits
Comme un printemps sur mon trajet
Un diamant tombé d'un coffret
Seule la lumière pourrait
Défaire nos repères secrets
Où mes doigts pris sur tes poignets
Je t'aimais, je t'aime et je t'aimerai
Et quoi que tu fasses
L'amour est partout où tu regardes
Dans les moindres recoins de l'espace
Dans le moindre rêve où tu t'attardes
L'amour comme s'il en pleuvait
Nu sur les galets

Le ciel prétend qu'il te connaît
Il est si beau c'est sûrement vrai
Lui qui ne s'approche jamais
Je l'ai vu pris dans tes filets
Le monde a tellement de regrets
Tellement de choses qu'on promet
Une seule pour laquelle je suis fait
Je t'aimais, je t'aime et je t'aimerai
Et quoi que tu fasses
L'amour est partout où tu regardes
Dans les moindres recoins de l'espace
Dans le moindre rêve où tu t'attardes
L'amour comme s'il en pleuvait
Nu sur les galets

On s'envolera du même quai
Les yeux dans les mêmes reflets
Pour cette vie et celle d'après
Tu seras mon unique projet
Je m'en irai poser tes portraits
A tous les plafonds de tous les palais
Sur tous les murs que je trouverai
Et juste en dessous, j'écrirai
Que seule la lumière pourrait…
Et mes doigts pris sur tes poignets
Je t'aimais, je t'aime et je t'aimerai

Je te suivrai

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1985 "Photos de voyages"

autres interprètes: K-Mel amp; Julie Sonna

Y a plusieurs mètres d'eau dans les rues de ma peine
Plusieurs tonnes de boue dans le flot de mes veines
La rivière charrie les fils du téléphone
Avec encore dedans mes appels qui résonnent
La pluie a délavé tous les mots que j'invente
Les oiseaux ont crié pour pas que tu m'entendes
Aux endroits où tu étais y a des morceaux de glace
Et des arbres en travers pour ne pas que je passe
Où tu iras je te suivrai
Je te suivrai…

Même quand tu auras fermé ta centaine de portes
Même quand tu auras pleuré pour les enfants d'un autre
Même quand tu auras éteint ce qui brûlait le mieux
Même si tu pars plus loin que ne portent mes yeux
Où tu iras je te suivrai
Je te suivrai…

Même au plus profond du silence
Je t'entends encore me dire
On s'approche du ciel
Nos livres fermés se balancent
J'veux pas tomber tout seul, tomber tout seul
J'veux pas tomber tout seul
Si tu veux j'aimerai même ceux qui te touchent
Ceux qui ont le goût de toi encore plein la bouche
Même ceux que tu hais, même ceux que aimes
Il y a tellement d'eau dans les rues de ma peine…
Où tu iras je te suivrai

Je t'entends encore me dire
On s'approche du ciel
J'veux pas tomber tout seul, tomber tout seul
J'veux pas tomber tout seul
Il a neigé partout aux rebords des fenêtres
De cette ville floue de ne plus te connaître
Encore combien d'hivers passeront sous ma porte
Avant qu'un jour j'ose dire que j'aime quelqu'un d'autre

Je te vois venir (Tu pars)

2004 "Les beaux dégats"

Déjà qu'elles arrivaient bien tard,
Bien tard ces années de bonheur,
Bien tard ces coups de poing dans le placard
L'arbre avec la flèche dans le cœur
Je vois bien que tu t'éloignes
Et que t'oses même pas dire
Allez, tu pars, je te vois venir

Voilà déjà la chute
J'ai besoin d'un remontant
Pourtant je suis pas bon dans les côtes
Ce sera mon dernier argument
Mais l'appareil est en place
Le petit oiseau va sortir
Allez, tu pars, je te vois venir

Ça fait même pas champ de bataille
Chacun derrière son éventail
Ça fait même pas comme la fin d'une histoire
Et pourtant je te vois venir, tu pars

Je me vois bien près de la gare
Agiter mon chapeau de paille
Puisque tout est en train de faire
De faire que nos chemins déraillent
Quand je retrouverai ma voix
Dans cet entrelacs de ferraille
Je dirai j'en reviens pas
Je te vois venir, tu pars
Que tu t'en ailles!

Ça fait même pas champ de bataille
Chacun derrière son éventail
Ça fait même pas comme la fin d'une histoire
Et pourtant je te vois venir, tu pars

Dans ces cas-là, tu sais
Les amis n'en font pas des tonnes
T'es au moins sûr d'un truc
C'est que tu peux compter sur personne,
Juste une main tendue
Qui désigne un point dans le noir
Non, c'est la lune qui éclaire
L'escalier du plongeoir

Je vais rentrer, c'est plus sage
Je vais faire celui qui a rien vu
Baisser le rideau, ranger l'étalage
Et tout ce qui de nous donnait sur la rue
Laisse-moi juste une dernière image
Pour ma petite boutique de souvenirs
Allez, tu pars, je te vois venir!

Je viens offrir mon coeur

Paroles et Musique: Francis Cabrel

Qui a dit que tout était perdu?
Je viens offrir mon cœur
Tant de sang emporté par la rivière
Je viens offrir mon cœur

Ce ne sera pas si facile, je sais ce qui se passe
Ce ne sera pas aussi simple que je le croyais
Comme ouvrir la poitrine et en sortir l'âme
Un coup de couteau d'amour

Lune des pauvres toujours ouverte
Je viens offrir mon cœur
Tel un document inaltérable
Je viens offrir mon cœur

Et je joindrai les bouts d'un même ruban
Et je m'en irai calme, j'irai doucement
Et je te donnerai tout, et toi quelque chose
Quelque chose qui m'apaisera

Lorsqu'il n'y aura personne proche ou lointain
Je viens offrir mon cœur
Lorsque les satellites ne suffiront pas
Je viens offrir mon cœur

Et je parle de pays et d'espoirs
Et je parle au nom de la vie, je parle au nom de rien
Et je parle de changer celle-ci, notre maison
De la changer juste pour changer

Qui a dit que tout était perdu?
Je viens offrir mon cœur
Je viens offrir mon cœur

L'arbre va tomber

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1994 "Samedi soir sur la Terre "

L'arbre va tomber
Les branches salissaient les murs
Rien ne doit rester
Le monsieur veut garer sa voiture
Nous, on l'avait griffé
Juste pour mettre des flèches et des cœurs
Mais l'arbre va tomber
Le monde regarde ailleurs
L'arbre va tomber
Ça fera de la place au carrefour
L'homme est décidé
Et l'homme est le plus fort, toujours
C'est pas compliqué
Ça va pas lui prendre longtemps
Tout faire dégringoler
L'arbre avec les oiseaux dedans!
Y avait pourtant tellement de gens
Qui s'y abritaient
Et tellement qui s'y abritent encore
Toujours sur nous penché
Quand les averses tombaient
Une vie d'arbre à coucher dehors
L'arbre va tomber
L'homme veut mesurer sa force
Et l'homme est décidé
La lame est déjà sur l'écorce
Y avait pourtant tellement de gens
Qui s'y abritaient
Et tellement qui s'y abritent encore
Toujours sur nous penché
Quand les averses tombaient
Une vie d'arbre à coucher dehors
L'arbre va tomber
On se le partage déjà
Y a rien à regretter
C'était juste un morceau de bois
Un bout de forêt
Avancé trop près des maisons
Et pendant qu'on parlait
L'arbre est tombé pour de bon!
Y avait pourtant tellement de gens
Qui s'y abritaient
Et toutes ces nuits d'hiver
Quand les averses tombaient
T'as dû en voir passer
Des cortèges de paumés
Des orages, des météores
Et toutes ces nuits d'hiver
Quand les averses tombaient
Une vie d'arbre à coucher dehors
À perdre le nord
À coucher dehors… à coucher dehors

L'encre de tes yeux

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1980 "Fragile"

Puisqu'on ne vivra jamais tous les deux
Puisqu'on est fous, puisqu'on est seuls
Puisqu'ils sont si nombreux
Même la morale parle pour eux
J'aimerais quand même te dire
Tout ce que j'ai pu écrire
Je l'ai puisé à l'encre de tes yeux.

Je n'avais pas vu que tu portais des chaînes
À trop vouloir te regarder,
J'en oubliais les miennes
On rêvait de Venise et de liberté
J'aimerais quand même te dire
Tout ce que j'ai pu écrire
C'est ton sourire qui me l'a dicté.

Tu viendras longtemps marcher dans mes rêves
Tu viendras toujours du côté
Où le soleil se lève
Et si malgré ça j'arrive à t'oublier
J'aimerais quand même te dire
Tout ce que j'ai pu écrire
Aura longtemps le parfum des regrets.

Mais puisqu'on ne vivra jamais tous les deux
Puisqu'on est fous, puisqu'on est seuls
Puisqu'ils sont si nombreux
Même la morale parle pour eux
J'aimerais quand même te dire
Tout ce que j'ai pu écrire
Je l'ai puisé à l'encre de tes yeux.

L'enfant qui dort

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1983 "Quelqu'un de l'intérieur"

Laissez rêver l'enfant qui dort
Aux fumées bleues des châteaux forts
Laissez-lui démonter le ciel
Dehors c'est toujours pareil… c'est toujours pareil
Le coin des rues comme des frontières
Et toujours penser à se taire
La ville encerclée sous le gel
Depuis c'est toujours pareil
Le temps malmène
Ces hommes qui traînent
Le poids de leur corps
Leurs phrases vides
Leurs larmes sèches
Leurs années d'efforts
Les rues immenses
Où le givre s'avance
Et la patrouille dehors
C'est à peine si les pavés résonnent
Sous le pas lourd des moitiés d'homme
Les mains fermées sur leur colère
Les yeux comme privés de lumière
Peut-être un jour si Dieu s'en mêle
La pluie remontera au ciel
Vers nos immobiles remords
Mais c'est toujours pareil dehors
Le temps malmène
Ces hommes qui traînent
Le poids de leur corps
Leurs phrases vides
Leurs larmes sèches
Leurs années d'efforts
Les rues immenses
Où le givre s'avance
Et la patrouille dehors
Et s'il veut vivre ici longtemps
Surtout laissez rêver l'enfant…

L'homme qui marche

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1985 "Photos de voyages"

Derrière chaque fenêtre
Des visages se cachent
Tout le monde est venu
Voir passer l'homme qui marche
Vu d'ici ça paraît tellement facile
On dirait qu'il est tenu par des fils
Il en est tellement venu
Des gens de toutes sortes
Depuis longtemps déjà
On n'ouvre plus les portes
Respirer, c'est toute une histoire
Tellement l'air est mauvais
Sur les trottoirs

Regardez bien:
C'est le dernier
Nous on marchait avant
C'était y a longtemps
C'est presque oublié
J'aimerais bien l'aider mais
C'est le dernier…

Entre les voitures qui sautent
Et les avions qui tombent
Il pourra chercher longtemps
Quelqu'un qui lui réponde
Il appelle, mais on n'ouvrira pas
On s'est tous fait piéger au moins une fois

Regardez bien:
C'est le dernier
Nous on marchait avant
C'était y a longtemps
C'est presque oublié
J'aimerais bien l'aider mais
C'est le dernier…

Il marche entre les nuages de gaz et de poussière
Il laisse à chaque pas comme des taches de lumière
Ma fait des images par terre…

Au prochain coin de rue
L'homme va disparaître
On va rester longtemps
Le nez à nos fenêtres
À se dire qu'on est bien dans nos maisons
Entre les grilles de fer des aérations

Regardez bien:
C'est le dernier
Nous on marchait avant
C'était y a longtemps
C'est presque oublié
J'aimerais bien l'aider mais
C'est le dernier…

Derrière chaque fenêtre
Des visages se cachent
Tout le monde est venu
Voir passer l'homme qui marche

L'instant d'amour

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1977 "Les murs de poussière"

Et si on parlait d'autre chose
La nuit va refermer ses bras
Je sais que l'amour se pose
Au creux des herbes du delta
J'irai l'attendre, mais reste
Tout seul on ne l'approche pas
J'irai l'attendre avec toi
Vouloir vivre d'une guitare
C'est souvent manger du pain froid
Frapper aux portes des gares
C'est souvent se briser les doigts
La nuit s'allume, écoute
C'est le vent qui demande tout bas
À la brume de nous faire un drap
Mais si tu ne veux pas qu'il vienne
L'instant d'amour
Du poète qui traîne
Sur les chemins
Où seuls les chiens
Et les loups se promènent
Si tu ne veux pas qu'il vienne
L'instant de joie
Du poète qui t'aime
Ne réponds pas
Il a la nuit
Pour enterrer sa peine
On a trop parlé de voyages
Que j'allais chercher loin de toi
Pour ce soir fais moi une cage
Avec la grille de tes bras
La nuit s'allume, écoute
C'est le vent qui demande tout bas
À la brume de nous faire un drap
Mais si tu ne veux pas qu'il vienne
L'instant d'amour
Du poète qui traîne
Sur les chemins
Où seuls les chiens
Et les loups se promènent
Si tu ne veux pas qu'il vienne
L'instant de joie
Du poète qui t'aime
Ne réponds pas
Il a la nuit
Pour enterrer sa peine

La belle Debbie

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1999 "Hors-saison"

La belle Debbie debout d'un bond
Au tout début me bouda
Puis elle trouva de bon ton
Que je lui dise vous comme à une diva
J'ôtais ses beaux boutons d'habits
Je mis un vieux CD d'ABBA
Alors, elle s'enhardit
Et Dieu soit loué s'amadoua

Elle voulu deux doigts de Bourbon
"Merci ça finit mal quand je bois"
Je me suis mis à faire le gibbon
Elle se tordait comme le boa
Je lui récitais ma leçon
Doux comme un ourson venu pour ça
Puis-je votre peau de bonbon
L'effleurer comme une tumba?

Et j'ajoute pour être tout à fait juste
Ces miroirs où elle se projette
Ces rires auxquels elle est sujette
Et ses jolies mains qui s'agitent
Oh j'ajoute…

Je lui récitais du Rimbaud
Elle disait peut-on tomber plus bas
Elle borda ses yeux de charbon
Pour me tendre un bâton de Cuba
Les liqueurs, nous les avons bues
Quand il n'est plus resté de tabac
Elle m'avoua, je revis
Désirez-vous que l'on se revoie?

Et j'ajoute pour être tout à fait juste
Ces miroirs où elle se projette
Ces rires auxquels elle est sujette
Et ses jolies mains qui s'agitent

Et j'ajoute pour être tout à fait juste
Ces moments salés où elle me laissa
Ces secrets qu'elle me consacra
Ces formes où je m'étais ancré
Ces cris…
Quand son mari entra

La cabane du pêcheur

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1994 "Samedi soir sur la Terre "

Le soir tombait de tout son poids
Au dessus de la rivière
Je rangeais mes cannes
On ne voyait plus que du feu
Je l'ai vu s'approcher
La tête ailleurs dans ses prières
Il m'a semblé voir trop briller ses yeux
Je lui ai dit

Si tu pleures pour un garçon
Tu seras pas la dernière
Souvent, les poissons sont bien plus affectueux
Va faire un petit tour, respire le grand air!
Après, je te parlerai de l'amour
Si je me souviens un peu
Elle m'a dit

Elle a dit justement c'est ce que je voudrais savoir
Et j'ai dit viens t'asseoir dans la cabane du pêcheur
C'est un mauvais rêve, oublie-le!
Tes rêves sont toujours trop clairs ou trop noirs
Alors, viens faire toi-même le mélange des couleurs
Sur les murs de la cabane du pêcheur
Viens t'asseoir
Je lui ai dit

Le monde est pourtant pas si loin
On voit les lumières
Et la terre peut faire
Tous les bruits qu'elle veut
Y a sûrement quelqu'un qui écoute
Là-haut dans l'univers
Peut-être tu demandes plus qu'il ne peut?
Elle m'a dit

Elle a dit justement c'est ce que je voudrais savoir
Et j'ai dit viens t'asseoir dans la cabane du pêcheur
C'est un mauvais rêve, oublie-le!
Tes rêves sont toujours trop clairs ou trop noirs
Alors, viens faire toi-même le mélange des couleurs
Sur les murs de la cabane du pêcheur
Viens t'asseoir
Elle m'a dit

Elle a dit finalement, je brûle de tout savoir
Et j'ai dit viens t'asseoir dans la cabane du pêcheur
Y a sûrement de la place pour deux!
Cette route ne mène nulle part
Alors… Viens faire toi-même le mélange des couleurs
Sur les murs de la cabane du pêcheur
On va comparer nos malheurs
Là, dans la cabane du pêcheur
Partager un peu de chaleur
Là, dans la cabane du pêcheur
Moi, j'attends que le monde soit meilleur
Là, dans la cabane du pêcheur

La complainte de la butte

Paroles: Jean Renoir. Musique: Georges Van Parys 1954

autres interprètes: André Claveau, Francis Lemarque, Mouloudji, Patachou, Patrick Bruel, Francis Cabrel (duo, 2002)

En haut de la rue St-Vincent
Un poète et une inconnue
S'aimèrent l'espace d'un instant
Mais il ne l'a jamais revue

Cette chanson il composa
Espérant que son inconnue
Un matin d'printemps l'entendra
Quelque part au coin d'une rue

La lune trop blême
Pose un diadème
Sur tes cheveux roux
La lune trop rousse
De gloire éclabousse
Ton jupon plein d'trous

La lune trop pâle
Caresse l'opale
De tes yeux blasés
Princesse de la rue
Soit la bienvenue
Dans mon cœur blessé

Les escaliers de la butte sont durs aux miséreux
Les ailes des moulins protègent les amoureux

Petite mandigote
Je sens ta menotte
Qui cherche ma main
Je sens ta poitrine
Et ta taille fine
J'oublie mon chagrin

Je sens sur tes lèvres
Une odeur de fièvre
De gosse mal nourri
Et sous ta caresse
Je sens une ivresse
Qui m'anéantit

Les escaliers de la butte sont durs aux miséreux
Les ailes des moulins protègent les amoureux

Mais voilà qu'il flotte
La lune se trotte
La princesse aussi
Sous le ciel sans lune
Je pleure à la brune
Mon rêve évanoui

La corrida

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1994 "Samedi soir sur la Terre "

Depuis le temps que je patiente
Dans cette chambre noire
J'entends qu'on s'amuse et qu'on chante
Au bout du couloir
Quelqu'un a touché le verrou
Et j'ai plongé vers le grand jour
J'ai vu les fanfares, les barrières
Et les gens autour

Dans les premiers moments j'ai cru
Qu'il fallait seulement se défendre
Mais cette place est sans issue
Je commence à comprendre
Ils ont refermé derrière moi
Ils ont eu peur que je recule
Je vais bien finir par l'avoir
Cette danseuse ridicule

Est-ce que ce monde est sérieux?
Est-ce que ce monde est sérieux?
Andalousie, je me souviens
Les prairies bordées de cactus
Je ne vais pas trembler devant
Ce pantin, ce minus!
Je vais l'attraper, lui et son chapeau
Les faire tourner comme un soleil

Ce soir la femme du torero
Dormira sur ses deux oreilles
Est-ce que ce monde est sérieux?
Est-ce que ce monde est sérieux?
J'en ai poursuivi des fantômes
Presque touché leurs ballerines
Ils ont frappé fort dans mon cou
Pour que je m'incline

Ils sortent d'où ces acrobates
Avec leurs costumes de papier?
J'ai jamais appris à me battre
Contre des poupées
Sentir le sable sous ma tête
C'est fou comme ça peut faire du bien
J'ai prié pour que tout s'arrête
Andalousie, je me souviens

Je les entends rire comme je râle
Je les vois danser comme je succombe
Je pensais pas qu'on puisse autant
S'amuser autour d'une tombe
Est-ce que ce monde est sérieux?
Est-ce que ce monde est sérieux?
Si, si hombre, hombre
Baila, baila

Hay que bailar de nuevo
Y mataremos otros
Otras vidas, otros toros
Y mataremos otros
Venga, venga a bailar…
Y mataremos otros

La dame de Haute-Savoie

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1980 "Fragile"

Quand je serai fatigué
De sourire à ces gens qui m'écrasent
Quand je serai fatigué
De leurs dire toujours les mêmes phrases
Quand leurs mots voleront en éclats
Quand il n'y aura plus que des murs en face de moi
J'irai dormir chez la dame de Haute-Savoie

Quand je serai fatigué
D'avancer dans les brumes d'un rêve
Quand je serai fatigué
D'un métier où tu marches où tu crèves
Lorsque demain ne m'apportera
Que les cris inhumains d'une meute aux abois
J'irai dormir chez la dame de Haute-Savoie

Y a des étoiles qui courent
Dans la neige autour
De son chalet de bois
Y a des guirlandes qui pendent du toit
Et la nuit descend
Sur les sapins blancs
Juste quand elle frappe des doigts
Juste quand elle frappe des doigts

Quand j'aurai tout donné
Tout écrit, quand je n'aurai plus ma place
Au lieu de me jeter
Sur le premier Jésus-Christ qui passe
Je prendrai ma guitare avec moi
Et peut-être mon chien
S'il est encore là
Et j'irai dormir chez la dame de Haute-Savoie

Chez la dame de Haute-Savoie

La fabrique

Paroles: Francis Cabrel, S. Glespen. Musique: James Taylor 1984 "Cabrel public (Live)"

Titre original: "Millworker"

note: Adaptation française du titre de James Taylor (1978).

Mon grand-père était un marin,
Il a dû mourir sur une île,
Mon père avait une ferme,
Et moi je suis sa seule fille.
Je me suis enfuie avec ce voyou
D'un village des alentours,
Aujourd'hui il s'étouffe dans son alcool,
Et me laisse seule
Avec nos trois gosses à nourrir.
À la fabrique c'est pas facile,
C'est pas non plus très dur,
Mais ce sont ces heures qui défilent,
Et puis cette horloge sur le mur.
Le premier rêve qui passe
L'aide à tenir jusqu'à midi,
Où j'ai quelques minutes d'espace
Pour prendre un sandwich,
Boire un café, et m'asseoir.
Autrement c'est moi et la machine,
Jusqu'à ce que la sirène le décide,
Jusqu'au bout de l'après-midi,
Jusqu'au bout de ma vie.
Malgré moi mon cœur s'en retourne
Vers cette maison dans les terres,
Où j'ai passé tant d'années d'amour
À danser sur les bras de mon père.
Ces histoires de marins perdus,
Ces orages sur le lac Erié,
Ces navires à jamais disparus,
Avec leurs voiles grandes
Comme des morceaux de ciel.
Oui mais c'est ma vie qui a été gâchée,
Et c'est moi qui ai eu tort
De laisser cette fabrique
Pour bien utiliser mon corps.
Moi je vais rentrer chez moi ce soir,
Je vais regarder mes mains,
Je vais me dire qu'au moins une fois
J'aurais aimé avoir la chance
D'aller plus loin.
Mais je vais travailler ici
Et oublier tout ce que je souhaite,
Peut-être ne jamais rencontrer
L'homme dont le nom
Est sur l'étiquette.
Ce sera moi ou la machine
Jusqu'à ce que la sirène le décide
Jusqu'au bout de l'après-midi
Jusqu'au bout de ma vie.

La fille qui m'accompagne

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1983 "Quelqu'un de l'intérieur"

Elle parle comme l'eau des fontaines
Comme les matins sur la montagne
Elle a les yeux presque aussi clairs
Que les murs blancs du fond de l'Espagne
Le bleu nuit de ses rêves m'attire
Même si elle connaît les mots qui déchirent
J'ai promis de ne jamais mentir
À la fille qui m'accompagne
Au fond de ses jeux de miroirs
Elle a emprisonné mon image
Et même quand je suis loin le soir
Elle pose ses mains sur mon visage
J'ai brûlé tous mes vieux souvenirs
Depuis qu'elle a mon cœur en point de mire
Et je garde mes nouvelles images
Pour la fille avec qui je voyage
On s'est juré les mots des enfants modèles
On se tiendra toujours loin des tourbillons géants
Elle prendra jamais mon cœur pour un hôtel
Je dirai les mots qu'elle attend
Elle sait les îles auxquelles je pense
Et l'autre moitié de mes secrets
Je sais qu'une autre nuit s'avance
Lorsque j'entends glisser ses colliers
Un jour je bâtirai un empire
Avec tous nos instants de plaisirs
Pour que plus jamais rien ne m'éloigne
De la fille qui m'accompagne
On s'est juré les mots des enfants modèles
On se tiendra toujours loin des tourbillons géants
Je prendrai jamais son cœur pour un hôtel
Elle dira les mots que j'attends
Elle sait les îles auxquelles je pense
Et l'autre moitié de mes délires
Elle sait déjà qu'entre elle et moi
Plus y a d'espace et moins je respire

La robe et l'échelle

Paroles et Musique: Francis Cabrel 2008 "Des roses et des orties"

T'avais mis ta robe légère
Moi, l'échelle contre un cerisier
T'as voulu monter la première
Et après

Y a tant de façons, de manières
De dire les choses sans parler
Et comme tu savais bien le faire
Tu l'as fait

Un sourire, une main tendue
Et par le jeu des transparences
Ces fruits dans les plis du tissu
Qui balancent

Il ne s'agissait pas de monter bien haut
Mais les pieds sur les premiers barreaux
J'ai senti glisser le manteau
De l'enfance

On n'a rien gravé dans le marbre
Mais j'avoue souvent y penser
Chaque fois que j'entends qu'un arbre
Est tombé

Un arbre, c'est vite fendu
Le bois, quelqu'un a dû le vendre
S'il savait le mal que j'ai eu
A descendre

D'ailleurs en suis-je descendu
De tous ces jeux de transparence,
Ces fruits dans les plis des tissus
Qui balancent?

J'ai trouvé d'autres choses à faire
Et d'autres sourires à croiser
Mais une aussi belle lumière
Jamais

A la vitesse où le temps passe
Le miracle est que rien n'efface l'essentiel
Tout s'envole en ombre légère
Tout sauf ce goût de fièvre et de miel

Tout s'est envolé dans l'espace
Le sourire, la robe, l'arbre et l'échelle
A la vitesse où le temps passe
Rien, rien n'efface l'essentiel

J'ai trouvé d'autres choses à faire
Et d'autres sourires à croiser
Mais une si belle lumière
Jamais

Et voilà que, du sol où nous sommes,
Nous passons nos vies de mortels
A chercher ces portes qui donnent
Vers le ciel

Le chêne liège

Paroles et Musique: Francis Cabrel 2008 "Des roses et des orties"

Adossé à un chêne liège,
Je descendais quelques arpèges
En priant Dieu, Bouddha, que sais-je,
Est-ce que tu penses à nous un peu?

Le monde est aux mains de stratèges
Costume noir, cravate beige
Ou turban blanc comme la neige
Qui jouent de bien drôles de jeux

Il y a dans nos attelages
Des gens de raison, de courage,
Dans tous les camps de tous les âges
Dont le seul rêve est d'être heureux

On a dressé des cathédrales,
Des flèches à toucher les étoiles,
Dit des prières monumentales,
Qu'est-ce qu'on pouvait faire de mieux?

Êtes-vous là, êtes-vous proche
Ou trop loin pour entendre nos cloches?
Ou gardez-vous les mains dans les poches?
Ou est-ce vos larmes quand il pleut?

D'en haut de vos très blanches loges
Les voyez-vous qui s'interrogent
Les millions de fourmis qui pataugent
La tête tournée vers les cieux?

Sommes-nous seuls dans cette histoire,
Les seuls à continuer à croire?
Regardons-nous vers le bon phare
Où le ciel est-t-il vide et creux?

Adossé à un chêne liège,
Pris comme dans les fils d'un piège
Je descendais quelques arpèges
Je n'avais rien trouvé de mieux

Où êtes-vous dans l'atmosphère?
On vous attend, on vous espère
Mais c'est le doute et le mystère
Que vous m'aurez appris le mieux

Adossé à un chêne liège,
Je descendais quelques arpèges
Par un après-midi pluvieux

Je descendais quelques arpèges
Par un après-midi pluvieux

Le danseur

Paroles et Musique: Francis Cabrel 2004 "Les beaux dégâts"

Quelque part,
Dieux sais ou peut être au coin de rue suivant
Le danseur au garde a vous est la qui t'attend
C'est dehors, c'est partout et c'est la loi depuis la nuit des temps
Personne n'as rendez vous mais tout le monde se rend
Comme ça, sans savoir machinal,
La sur le trottoir une étoile

Il vient d'où,
Ce mystère, qui t'emmène a ton point de départ
Ce fil qui brille par terre
Que tu es la seule à voir
C'est dans l'aire dieux sais ou
Au bout de ta ligne de chance
Le danseur au garde a vous attend que tu avance

Un jour, comme un autre, banal,
La sur le trottoir une étoile
A son fil de couleur,
La fragile lueur du signal
Sous les habits du danseur
L'autre moitié de ton coeur initial

C'est plus l'histoire d'une étrangère,
C'est le film que tu préfères
Et t'as le rôle principal
C'est plus l'histoire de quelqu'un d'autre,
C'est la chance qui trappe à la porte,
C'est pour la une du journal

Quelque part,
Un beau jour au carrefour de la bonne fortune,
Deux ombres qui dansent pour n'en faire plus qu'une
Deux ombres qui dansent pour n'en faire plus qu'une

Un jour comme un autre banal,
La sur le trottoir une étoile,
A son fil de couleur,
La fragile lueur du signal
Sous les habits du danseur,
L'autre moitié de ton coeur, initial,
Et c'est la loi depuis la nuit des temps
Un jour tu fermes les bras,
Et il y a quelqu'un dedans.

Le gardien de nuit

2005 "Le soldat rose"

{Refrain:}

Je garde les pieds sur terre
Je garde la tête froide
Je garde un revolver
Jusque dans ma baignoire
Je garde un œil ouvert
Quand je suis dans mon lit
Plus une veste militaire
Sous mon pyjama gris
Je garde le buste droit
La tête sur les épaules
Je garde un regard froid
Sur l'écran de contrôle
Je garde un cœur de pierre
Du lundi au dimanche
J'ai pour tout l'univers
Rien que de la méfiance

Gardien de zoo, c'est peinard
C'est pas souvent que les pingouins se barrent
Mais gardien de nuit, c'est plus compliqué
La nuit finit toujours par s'échapper

{Au Refrain}

Gardien de but, c'est trop fastoche
Suffit d'enlever les mains d'ses poches
Mais gardien de nuit, c'est beaucoup plus compliqué
Le jour finit toujours par arriver

{Au Refrain} {x2}

Le gorille

Paroles et Musique: Georges Brassens 1952

autres interprètes: Francis Cabrel (2007)

C'est à travers de larges grilles,
Que les femelles du canton,
Contemplaient un puissant gorille,
Sans souci du qu'en-dira-t-on.
Avec impudeur, ces commères
Lorgnaient même un endroit précis
Que, rigoureusement ma mère
M'a défendu de nommer ici…
Gare au gorille!…

Tout à coup la prison bien close
Où vivait le bel animal
S'ouvre, on n'sait pourquoi. Je suppose
Qu'on avait du la fermer mal.
Le singe, en sortant de sa cage
Dit "C'est aujourd'hui que j'le perds!"
Il parlait de son pucelage,
Vous aviez deviné, j'espère!
Gare au gorille!…

L'patron de la ménagerie
Criait, éperdu: "Nom de nom!
C'est assommant car le gorille
N'a jamais connu de guenon!"
Dès que la féminine engeance
Sut que le singe était puceau,
Au lieu de profiter de la chance,
Elle fit feu des deux fuseaux!
Gare au gorille!…

Celles là même qui, naguère,
Le couvaient d'un œil décidé,
Fuirent, prouvant qu'elles n'avaient guère
De la suite dans les idées;
D'autant plus vaine était leur crainte,
Que le gorille est un luron
Supérieur à l'homme dans l'étreinte,
Bien des femmes vous le diront!
Gare au gorille!…

Tout le monde se précipite
Hors d'atteinte du singe en rut,
Sauf une vielle décrépite
Et un jeune juge en bois brut;
Voyant que toutes se dérobent,
Le quadrumane accéléra
Son dandinement vers les robes
De la vieille et du magistrat!
Gare au gorille!…

"Bah! soupirait la centenaire,
Qu'on puisse encore me désirer,
Ce serait extraordinaire,
Et, pour tout dire, inespéré!";
Le juge pensait, impassible,
"Qu'on me prenne pour une guenon,
C'est complètement impossible…"
La suite lui prouva que non!
Gare au gorille!…

Supposez que l'un de vous puisse être,
Comme le singe, obligé de
Violer un juge ou une ancêtre,
Lequel choisirait-il des deux?
Qu'une alternative pareille,
Un de ces quatres jours, m'échoie,
C'est, j'en suis convaincu, la vieille
Qui sera l'objet de mon choix!
Gare au gorille!…

Mais, par malheur, si le gorille
Aux jeux de l'amour vaut son prix,
On sait qu'en revanche il ne brille
Ni par le goût, ni par l'esprit.
Lors, au lieu d'opter pour la vieille,
Comme l'aurait fait n'importe qui,
Il saisit le juge à l'oreille
Et l'entraîna dans un maquis!
Gare au gorille!…

La suite serait délectable,
Malheureusement, je ne peux
Pas la dire, et c'est regrettable,
Ça nous aurait fait rire un peu;
Car le juge, au moment suprême,
Criait: "Maman!", pleurait beaucoup,
Comme l'homme auquel, le jour même,
Il avait fait trancher le cou.
Gare au gorille!…

Le lac Huron

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1985 "Photos de voyages"

Je suis tombé au premier matin
Devant ma mère à genoux
On m'a fait boire le lait des chiens
Chauffé sur les cailloux
Encore aujourd'hui
Quand j'ai le sang qui bout
Quand je sens que monte l'orage
Je peux hurler jusqu'à ce que les loups
Viennent me lécher le visage
Je savais lire les marques du temps
Sur les écorces des arbres
Je savais compter les éclats de marbre
Sur la peau des serpents
Ma faisait des milliers, des millions d'années
Que c'était suffisant
Ils sont quand même venus chercher mes enfants
Pour leurs écoles fédérales
Ce soir je marche
Comme avant, nous marchions
Comme quand la lune était large
Au bord du lac, au bord du lac Huron
On m'a fait vivre pour d'autres règles
On m'a fait suivre d'autres lois
On m'a dit "petit le vent ne se lève pas
Sur les plumes des aigles"
Je ne sais plus reconnaître tes empreintes
Ni dessiner mes discours
J'pourrais même plus t'écrire des phrases d'amour
Sur ma figure peinte
Ce soir je marche
Comme avant, nous marchions
Comme quand la lune était large
Au bord du lac, au bord du lac Huron
Le monde a tourné trop vite
Il t'a emporté tout droit
T'as pas eu le temps de prendre
Tes racines avec toi
Le jour où tu trouveras que ton histoire
Est trop jeune
Y aura plus personne dans l'Indian Reservation
Indian
On a vu tomber aux pieds des visages pâles
Le dernier caribou
Pendant qu'épuisé, il rêvait debout
Contre les murs de toiles
Je ne sais même pas ce que peuvent en penser
Les grands manitous
Quand la nuit tombe, je perds mon chemin
Dans toutes ces étoiles
Toutes ces étoiles
Ce soir je marche
Comme avant, nous marchions
Comme quand la lune était large
Au bord du lac
Ce soir je marche
Comme avant, nous marchions
Comme quand la lune était large
Au bord du lac, au bord du lac Huron

Le monde est sourd

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1999 "Hors-saison"

Pendant qu'on se promène
L'enfant pour cinq francs la semaine
Vient broder des survêts
Pour l'homme blanc qui golfe en voiturette
Sale temps sur la planète
Oh le drôle, le drôle de temps
Porter secours c'est défendu
Le monde autour est sourd, bien entendu

Chercheur contre nature
Truqueur, sur l'honneur qui jure
Faut pas que ça vous inquiète
J'ai bien connu l'animal mort dans votre assiette
Sale temps sur la planète
Oh le drôle, le drôle de temps
Porter secours c'est défendu
Le monde autour est sourd, bien entendu

Tricheur à la tribune
Menteur amassant la fortune
Grimpeur dans la tempête
Rien que des doses d'eau claire au fond de la musette
Sale temps sur la planète
Oh le drôle, le drôle de temps
Pas de témoin une fois de plus
Le monde autour est sourd, bien entendu

Cendrillon tombée d'un coin du Sahel
Perdue
Sur un bout de papier me lance un appel
Met dessus
Melle dit "c'est où exactement
C'est où exactement la Tour de Babel"

Monsieur sort de l'église
Heureux que les hommes fraternisent
Son fils qui lui fait la tête
Et lui qui court acheter le fusil et les fléchettes
Sale temps sur la planète
Oh le drôle, le drôle de temps
Porter secours c'est défendu
Le monde autour est sourd, bien entendu

Pendant qu'on se promène
L'enfant pour cinq francs la semaine
Chercheur contre nature
Bien caché derrière sa devanture
Tricheur à la tribune
Et nous, tous les applaudir
Comme la lune
Comme la lune…

Le noceur

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1994 "Samedi soir sur la Terre "

La voiture avançait
Dans la pénombre humide
L'homme avait choisi son quartier
Un carillon sonnait
Pour dire que la nuit se termine
Mais pour un fêtard
Il est trop tôt pour rentrer
La nuit a été chaude
En alcools, en farines légères
Ces gens-là ont tout ce qu'ils veulent
Mais lui, il s'était inventé
Un jeu supplémentaire
Surtout, surtout
Ne jamais rentrer seul
C'est pas un jeu précis
C'est plutôt son envie de plaire
Quelque chose comme passer du bon temps
C'est pour ça qu'il a choisi
Ce quartier ordinaire
Cette fin de nuit parmi les pauvres gens
Lui, c'est un noceur, un noceur, un noceur
Un dandy, un rouleur
La première fille qu'il croise
Il sait qu'il doit faire vite
Alors, il lui sourit pour ne pas qu'elle s'inquiète
Une sorte de jazz monte
Comme il baisse la vitre
Elle n'a même pas tourné la tête…
Il reste un bar ouvert
Où quelques soûlards se cramponnent
Et où la serveuse ne s'étonne de rien
Il laisse la voiture devant
Il est sûr que ça l'impressionne
Mais elle a répondu en retirant sa main
Elle a dit: no sir, no sir
La vie a fait de toi un dandy, un rouleur
T'avances comme au volant d'un cargo, d'un croiseur
J'aime pas comme tu claques des doigts
Elle a dit: no sir, no sir
T'es tombé du côté des nantis, des menteurs
Dans ta poitrine j'entends le battement d'un compteur
Faut pas que tu comptes sur moi
On n'a pas la vie facile
Hey, mais on a tout ce qu'il faut
On a rangé les évangiles
On fera plus de cadeau
On voit venir le jour
C'est comme la chance qui nous quitte
Il faut partir avant que tout ne se complique
Dans cette chasse à cour
Y a quand même une limite
Celle de rentrer avant que ne s'éteigne l'éclairage public
Il revient vers chez lui
Le portail électrique
Et les allées de graviers entre les massifs de fleurs
Faire un peu de café
Mettre un peu de musique
Oublier ce que cette fille lui disait tout à l'heure…
Quand elle parlait d'un noceur… d'un noceur
Et puis elle a parlé de dandy, de rouleur
Et aussi de cargo, de croiseur
De gens qui claquent des doigts
Elle a dit: no sir, no sir
T'es tombé du côté des nantis, des menteurs
Dans ta poitrine j'entends le battement d'un compteur
Il faut pas que tu comptes sur moi
Elle a dit: no sir, no sir
La vie a fait de toi un dandy, un rouleur
T'avances comme au volant d'un cargo, d'un croiseur
J'aime pas comme tu claques des doigts
Hey, elle a dit: no sir

Le pas des ballerines

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1989 "Sarbacane"

Pour elle le pas des ballerines,
Pour moi le vol noir des corbeaux.
Pour elle le turquoise des piscines,
Pour moi la rouille des barreaux.
J'ai donné dix ans de ma vie,
Pour ses yeux clairs comme de l'eau,
J'ai jamais vu de ballerines,
Sur la paille des cachots.
Chez elle le cuir des limousines,
Et des sourdines aux pianos,
Et chez moi, le vacarme des cantines,
Le souffle des bourreaux.
J'ai donné dix ans de ma vie,
Pour ses yeux clairs comme de l'eau,
Pour cette veilleuse
Qui suit mes doigts sur la photo.
Y a un homme qui tombe
Les yeux dans la rigole,
Dans la rue principale,
Les lumières qui tournent,
Les jurés me regardent,
Il va falloir que je parle.
La lame est dans ma poche,
Si c'est elle que t'aimes,
Il faut que tu le fasse.
Les lumières s'approchent,
Le cri des sirènes
Mais c'était une impasse.
Et tout le temps que ça dure…
Oh tout le temps que ça dure…
Tout le temps que ça dure.
Les amitiés bizarres et les livres pornos.
Dedans, l'eau noire des machines,
Les odeurs de caniveaux,
Et dehors le soleil médecine
Aux crinières des chevaux.
J'ai donné dix ans de ma vie,
Pour ses yeux clairs comme de l'eau,
Elle m'aime encore, elle m'a écrit,
Je change d'air bientôt…
Elle m'aime encore, elle m'a écrit,
Je change d'air bientôt…
Elle m'aime encore…

Le petit gars

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1980 "Fragile"

Derrière la rivière du père
On voyait s'agiter la cité
Et faner les fleurs solitaires
Dans les parterres grillagés
Le petit gars là-haut sur sa colline
Venait les contempler en paix…
Ces enfants qui jouent en plein air
Entre la route et la voie ferrée
Ils vont finir par manquer d'air
Ou ils vont s'électrocuter
Le petit gars là-haut sur sa colline
Venait les contempler en paix…
Mais le petit gars ne comprenait rien
Allongé sous les arbres il se trouvait bien
Attendant tranquille la récolte du vin
À quoi servent leurs belles manières
Si leurs mots sont empoisonnés
À quoi servent leurs têtes fières
Puisqu'ils marchent le dos courbé
Le petit gars là-haut sur sa colline
Venait les contempler en paix.
Mais derrière la rivière du père
On voyait s'agiter la cité
Et tourner les ogres d'affaires
Dans les tours de verre climatisées
Le petit gars là-haut sur sa colline
Venait les contempler en paix…
Mais le petit gars ne comprenait rien
Allongé sous les arbres il se trouvait bien
Attendant tranquille que cuise son pain.
Mais le petit gars ne comprenait rien
Où s'en vont mourir ces pauvres pantins
Allongés sous les arbres ils seraient si bien
Attendant tranquilles que coule le vin.

Le reste du temps

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1999 "Hors-saison"

Et si on dormait sous les arbres
Le reste du temps
Deux amants posés sur des hardes
Deux débutants
En dessous des cieux qui lézardent
Juste en faire autant…

Mieux que tous les palais de marbre
L'or des sultans
Quelques branchages qui nous gardent
Des mauvais vents
Je ferai tout ce qu'il te tarde
L'homme ou l'enfant

Dans nos jardins dérangés
Tellement de fleurs allongées, tellement
Sous la lumière orangée
Longtemps nos corps mélangés, longtemps

Rien qui mérite qu'on en parle
Rien d'inquiétant
Un miroir pour que tu te fardes
Je t'aime pourtant
Plus personne ne nous regarde
Ni ne nous entend…

Dans nos jardins dérangés
Tellement de fleurs allongées, tellement
Sous la lumière orangée
Longtemps nos corps mélangés, longtemps

Pendant que le monde bavarde
A rien d'important
On pourrait dormir sous les arbres
Le reste du temps…

Le temps s'en allait

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1983 "Quelqu'un de l'intérieur"

Ce matin j'ai joué aux billes
J'ai couru les filles
Et j'ai pris tout mon temps
J'ai accroché mon cœur
Aux épines des fleurs
Et j'ai gagné souvent
Ce soir, je pousse de ma canne
Les feuilles des platanes
Sous les bancs de ciment
Dans les odeurs de cigare
Et le bruit des guitares
De mes petits enfants
Je courais, je courais, je courais, je courais
Et le temps s'en allait
Je courais, je courais, je courais…
Et tout le temps que je passe
Assis à la même place
Juste à bouger les yeux
Avec mes vieilles rengaines
Et mon écharpe de laine
Même quand le ciel est tout bleu
Toujours la voix qui s'embrume
La crainte du rhume
Ou le bruit des avions
Et dans le froid qui s'approche
J'ai peur que les cloches
Chantent bientôt mon prénom
Je courais, je courais, je courais, je courais
Et le temps s'en allait
Je courais, je courais, je courais…
Toi, mon enfant que j'aime,
Toi qui a tant de peine
Assieds toi un moment
Quels que soient ceux qui te quittent
Dis-toi que le temps passe vite
Et que la poussière t'attend
Tu vois ces bras de misère
Ont fait le tour de la terre
Pour une fille de chez nous
Ils ont fait sauter les tables
Et des plages de sable
Et des hordes de loups
On était tellement bien
On était tellement loin
Qu'on était presque perdus
On était tellement haut
Et tellement beaux
Qu'on ne se reconnaît plus
On courait, on courait, on courait, on courait
Et le temps s'en allait…
On courait, on courait, on courait…
Ce matin j'ai joué aux bille,
J'ai couru les filles
Et j'ai pris tout mon temps
J'ai accroché mon cœur
Aux épines des fleurs
Et j'ai gagné souvent
Ce soir, j'ai plus de problèmes
Tout le monde m'aime
Mais c'est pas pareil qu'avant…
Parce qu'il y a le bout de ma canne
Les feuilles des platanes
Et c'est l'automne tout le temps
Parce qu'il y a le bout de ma canne
Les feuilles des platanes
Et c'est l'automne tout le temps
Toi mon enfant que j'aime…

Leïla et les chasseurs

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1983 "Quelqu'un de l'intérieur"

Leïla, si tu savais les yeux qu'elle a
Quand elle voit s'approcher les chasseurs
Leïla, si tu savais les yeux qu'elle a
Quand elle voit s'approcher les chasseurs
Pas la peine de mentir
Leïla sait ce que veut dire
Ce feu sous les paupières blanches
Qui fixe le dessous de ses hanches
Des mots humides de pluie
Qui meurent aussitôt dits
Des corps tendus immobiles
Après les éclairs faciles
Leïla, elle les connaît trop
Faux nez et faux numéros
Même par terre même morts
Et quand même les plus forts
Les phrases pleines de détours
Qui craignent la lumière du jour
Ils cachent tous quelque chose
Ils chassent tous quelque chose

Leïla, si tu savais les yeux qu'elle a
Quand elle voit s'approcher les chasseurs
Leïla, si tu savais les yeux qu'elle a
Quand elle voit s'approcher les chasseurs
Y a ceux qui pleurent de joie
En ajoutant une croix
Ceux qui l'aiment à tout jamais
Qui ont un avion juste après
Ceux qui ont des barques sur la Seine
Trop loin pour que je t'y emmène
Ceux qui ont de l'or plein les châteaux
Ceux qui ont des ports pleins de bateaux
Ils parlent tellement fort
Ils sont tellement nombreux
Qu'un soir de fatigue elle s'endort
Contre la peau de l'un d'eux
Pour peu qu'il soit d'une autre sorte
Un peu moins menteur que les autres
Elle aura le gris du matin
Et les fleurs du papier peint

Leïla si tu savais les yeux qu'elle a
Quand elle voit s'approcher les chasseurs
Leïla, si tu savais les yeux qu'elle a
Quand elle voit s'approcher les chasseurs, les chasseurs
Leïla n'y peut pas grand chose
Si elle a la fraîcheur des roses
Elle est la cible de vos flèches
Mais c'est pas vous qu'elle cherche
Elle rêve d'un fragile, d'un fou
Qui l'embrasse au quinzième rendez-vous
Qui tremble en lui prenant la main
Et surtout qui ne dise rien
Leïla, elle les connaît trop
Faux nez et faux numéros
Même par terre même morts
Et quand même les plus forts
Ils cachent tous quelque chose
Ils chassent tous quelque chose

Les cardinaux en costume

Paroles et Musique: Francis Cabrel 2008 "Des roses et des orties"

Magyd dort dans la lumière,
Celle des phares et du périph'
Une joue contre la terre
Une main sur son canif
Qu'un homme dorme sur le bitume
Ca n'a pas l'air d'inquiéter
Les cardinaux en costume
Derrière les vitres teintées

Et Sabrina qui se cache
Et qui espère autre chose pour sa fille
Que cet argent qu'elle arrache
Des mains de ceux qui la déshabillent
Elle augmente le volume
Pour ne pas savoir qui ils sont
Des cardinaux en costume
Et des donneurs de leçons

Que vida! Que triste!
De que pais se trata
Del mio? no!
Del mio no se puede!
Que vida! Que triste!

Et Mamadou qu'on transfère
A l'arrière de l'avion
Vers un endroit que la terre
Qu'il ne connaît que de nom
Lui, léger comme une plume
Malheureux comme un enfant
Les cardinaux en costume
Sur les sièges de devant

N'Guyen, la clandestine,
D'elle on n'a aucune trace
Venue coudre à la machine
Celle qui tombe, on la remplace
C'est pour du potage qui fume
C'est payé au rendement
Pour les robes et les costumes
Des cardinaux impatients

Que Vida!

N'Guyen, la clandestine,
Et Mamadou qu'on transfère
Et Sabrina qui tapine
Et ce Magyd qui dort par terre
Quand la salle se rallume
Le monde sort en silence
Les cardinaux en costume
N'étaient pas à la séance

Les chemins de traverse

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1979 "Les chemins de traverse"

Moi je marchais les yeux par terre
Toi t'avais toujours le nez en l'air
Et c'est comme a qu'on s'est connu
On avait chacun sa guitare
On était pas loin d'une gare
C'est la hasard qui l'a voulu
Et tu m'as dit, quand leurs ailes sont mortes
Les papillons vont où le vent les porte
On a pris le premier chemin venu
Et quand la nuit est tombée
Sur la voie ferrée
On était bien loin de la ville
On entendait que des notes
Et le bruit de nos bottes
Sous la pleine lune immobile
On a traversé les semaines
Comme de vraies fêtes foraines
Sans même penser au retour
On s'est perdu dans les nuages
Comme les oiseaux de passage
À suivre les filles d'un jour
Et pour ne pas que les fous nous renversent
On prenait les chemins de traverse
Même s'il ne sont jamais les plus courts
Et quand la nuit tombait
Sur la voie ferrée
On était bien loin de la ville
On entendait que des notes
Et le bruit de nos bottes
Sous la pleine lune immobile
Mais quelquefois je me souviens
Ceux qui nous ont lâché les chiens
Et jeté des pierres au visage
Ils n'ont rien empêché quand même
Puisque le seul métier qu'on aime
C'est la bohème et le voyage
Et quand la nuit va tomber
Sur la voie ferrée
On sera bien loin de la ville
On entendra que des notes
Et le bruit de nos bottes
Sous la pleine lune immobile
Et quand la nuit va tomber
Sur la voie ferrée
On sera bien loin de la ville
On entendra que des notes
Et le bruit de nos bottes
Sous la pleine lune immobile
Sous la pleine lune immobile

Les chevaliers Cathares

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1983 "Quelqu'un de l'intérieur"

Les chevaliers Cathares
Pleurent doucement
Au bord de l'autoroute
Quand le soir descend
Comme une dernière insulte
Comme un dernier tourment
Au milieu du tumulte
En robe de ciment
La fumée des voitures
Les cailloux des enfants
Les yeux sur les champs de torture
Et les poubelles devant
C'est quelqu'un du dessus de la Loire
Qui a du dessiner les plans
Il a oublié sur la robe
Les tâches de sang
On les a sculptés dans la pierre
Qui leur a cassé le corps
Le visage dans la poussière
De leur ancien trésor
Sur le grand panneau de lumière
Racontez aussi leurs morts
Les chevaliers Cathares
Y pensent encore
N'en déplaise à ceux qui décident
Du passé et du présent
Ils n'ont que sept siècles d'histoire
Ils sont toujours vivants
J'entends toujours le bruit des armes
Et je vois encore souvent
Des flammes qui lèchent des murs
Et des charniers géants
Les chevaliers Cathares
Pleurent doucement
Au bord de l'autoroute
Quand le soir descend
Comme une dernière insulte
Comme un dernier tourment
Au milieu du tumulte
En robe de ciment

Les faussaires

"Les beaux dégâts"

Fausses infos, fausses poitrines
Fausses photos pour de faux magazines
Faux guérisseurs, fausses fortunes
Faux électeurs dans les fosses communes
Faux soldats dans les fausses guerres
Ça va finir, ça va finir
Qu'on sera tous des faussaires

Faux marteaux, fausses faucilles
Faux garçons aux bras de fausses filles
Faux serments pleins de "forever"
Faux calmants pour de fausses douleurs
Faux purs-sangs sous de fausses crinières
Ça va finir, ça va finir
Qu'on sera tous des faussaires

{Refrain:}

Pour en sortir c'est du délire
C'est un vrai casse-tête
Même tes faux sourires
Te font de vraies fossettes

Fausses rumeurs, fausses annonces
Faux sauveur donnant de fausses réponses
Fausses amours, fausses postures
Faux chanteur dans sa fausse voiture
Faux bijoux donnant de fausses rivières
Ça va finir, ça va finir
Qu'on sera tous des faussaires

{au Refrain}

Faux prêcheur, faux prophète
Faux joueur mimant la fausse défaite
Fausse Bible ou bien sa fausse lecture
Faux touristes dans la fausse nature

Les gens absents

"Les beaux dégâts"

J'ai passé l'hiver
En attendant un mot
C'est comme le désert
Sans une goutte d'eau
La barque à l'envers
Posée sur les tréteaux
On voit au travers
Elle sert aux oiseaux

J'ai vu le printemps
Descendre l'horizon
Les bêtes et les gens
Sortir des maisons
Les oiseaux chanter
Sans qu'on sache pourquoi
Et j'étais toujours
Sans nouvelles de toi

Autour des maisons
Un autre été flamboie
Quelques oisillons
S'envolent déjà
Fragiles flocons
Face à l'apesanteur
Dans le bleu profond
Des grandes chaleurs

En haut des pylônes
Les oiseaux voyageurs
Attendent l'automne
Comme des guetteurs
Les fleurs et les hommes
En perdent leurs couleurs
Et toujours personne
Sur le répondeur

Les gens absents
C'est bien ça l'ennuyeux
Ils tournent tout le temps
Là devant nos yeux
On croyait défaire
L'étreinte d'un coup sec
Et puis finalement
On se réveille avec

Juste une question
Est-ce que ça dure toujours
Ces manies qu'ils ont
De tourner autour?
On parle en dormant
Est-ce que c'est bien normal?
Les gens absents
Tout leur est égal

J'ai passé l'hiver…
C'est comme le désert…
Le coeur à l'envers…
On voit au travers…

C'est quoi ces histoires
De fleurs, de saisons
D'oiseaux bizarres
Qui viennent et qui vont?
Ce sont des détours
C'est pour que tu comprennes
Que je m'accroche
Aux choses qui reviennent

{x2}

Les murs de poussière

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1977 "Les murs de poussière"

Il rêvait d'une ville étrangère
Une ville de filles et de jeux
Il voulait vivre d'autres manières
Dans un autre milieu
Il rêvait sur son chemin de pierres
"Je partirai demain, si je veux
J'ai la force qu'il faut pour le faire
Et j'irai trouver mieux"
Il voulait trouver mieux
Que son lopin de terre
Que son vieil arbre tordu au milieu
Trouver mieux que la douce lumière du soir
Près du feu
Qui réchauffait son père
Et la troupe entière de ses aïeux
Le soleil sur les murs de poussière
Il voulait trouver mieux…
Il a fait tout le tour de la terre
Il a même demandé à Dieu
Il a fait tout l'amour de la terre
Il n'a pas trouvé mieux
Il a croisé les rois de naguère
Tout drapés de diamants et de feu
Mais dans les châteaux des rois de naguère
Il n'a pas trouvé mieux…
Il n'a pas trouvé mieux
Que son lopin de terre
Que son vieil arbre tordu au milieu
Trouver mieux que la douce lumière du soir
Près du feu
Qui réchauffait son père
Et la troupe entière de ses aïeux
Le soleil sur les murs de poussière
Il n'a pas trouvé mieux…
Il a dit "Je retourne en arrière
Je n'ai pas trouvé ce que je veux"
Il a dit "Je retourne en arrière"
Il s'est brûlé les yeux
Il s'est brûlé les yeux
Sur son lopin de terre
Sur son vieil arbre tordu au milieu
Aux reflets de la douce lumière du soir
Près du feu
Qui réchauffait son père
Et la troupe entière de ses aïeux
Au soleil sur les murs de poussière
Il s'est brûlé les yeux (x3)

Les pantins de naphtaline

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1979 "Les chemins de traverse"

La petite fille de mes dimanches
Mettait toujours sa jupe plissée
Elle marchait raide comme une planche
Pour pas salir le verni des souliers
Si ses boucles brillaient au soleil
Elles sentaient les bigoudis de la veille
Elle portait sa couronne d'épines
Pauvre pantin de naphtaline
On me mettait des socquettes blanches
On me faisait la raie sur le côté
Dans mon beau pantalon du dimanche
J'allais faire semblant de prier
J'arrivais le premier à l'église
Pour ne pas que les autres médisent
On mettait les enfants en vitrine
Pauvres pantins de naphtaline
J'aurais toujours au fond de moi
Cette image jaunie
Cette odeur d'autrefois
J'aurais toujours au fond de moi
Mais aujourd'hui je quittais mon village
Dans mon quartier, pas de clocher
Et les gamins du quinzième étage
Emmènent leurs copines au ciné
Mais chaque fin de semaine
Il y a des images qui reviennent
Et chaque fois qu'un samedi se termine
Je revois les pantins de naphtaline
J'aurais toujours au fond de moi
Cette image jaunie
Cette odeur d'autrefois
J'aurais toujours au fond de moi
La petite fille de mes dimanches
Qui mettait toujours sa jupe plissée
Et qui marchait raide comme une planche
Pour pas salir le verni des souliers
La petite fille de mes dimanches
Qui mettait toujours sa jupe plissée
Et qui marchait raide comme une planche
Pour pas salir le verni des souliers

Les passantes

Paroles: Antoine Pol. Musique: Jean Bertola

autres interprètes: Francis Cabrel

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu'on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu'on connait à peine
Qu'un destin différent entraîne
Et qu'on ne retrouve jamais

A celle qu'on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s'évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu'on en demeure épanoui

A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu'on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu'on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main

A la fine et souple valseuse
Qui vous sembla triste et nerveuse
Par une nuit de carnaval
Qui voulu rester inconnue
Et qui n'est jamais revenue
Tournoyer dans un autre bal

A celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d'un être trop différent
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D'un avenir désespérant

Chères images aperçues
Espérances d'un jour déçues
Vous serez dans l'oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu'on se souvienne
Des épisodes du chemin

Mais si l'on a manqué sa vie
On songe avec un peu d'envie
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre
Aux cœurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu'on n'a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lêvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l'on n'a pas su retenir

Les vidanges du diable

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1994 "Samedi soir sur la Terre "

J'ai rapproché les coussins
J'ai mis quelques fleurs autour
J'ai fabriqué un écrin
Avec du mauvais velours
Il me restait du parfum, du parfum
Quelques bougies de secours
On va se cacher dans un coin
Un linge sur l'abat-jour
T'es tout ce qu'il me reste, l'amour
Dehors c'est insupportable!
Emmène-moi ailleurs
Loin des vidanges du diable, ailleurs
En bas, y a plein de gamins
Plein de ballons dans la cour
Ça crie du soir au matin
C'est presque à devenir sourd
Je vais la couvrir de dessins, de dessins
Cette cité sans retour
Le futur est tellement loin
Le présent tellement lourd
T'es tout ce qu'il me reste, l'amour
Dehors c'est insupportable!
Emmène-moi ailleurs
Loin des vidanges du diable, ailleurs
Ailleurs, j'aurai du travail, du labeur
Je redeviendrai fréquentable
Ailleurs, pour quelques jours, quelques heures
Leur montrer que j'en suis capable
J'ai rien à faire de mes mains
Rien à faire des discours
J'ai pas la chance de certains
J'ai tiré le mauvais parcours
Mais, j'ai rapproché les coussins, les coussins
Et j'ai mis quelques fleurs autour
On va se cacher dans un coin
Un linge sur l'abat-jour
T'es tout ce qu'il me reste, l'amour
Dehors c'est insupportable!
Emmène-moi ailleurs
Loin des vidanges du diable, ailleurs
Loin des vidanges du diable
Loin des vidanges du diable

Les voisins

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1979 "Les chemins de traverse"

Ils vivaient dans deux mondes lointains
Ils étaient des voisins
Chacun d'eux sagement oublié
Sur son bout de palier
Il y a tellement de gens malhonnêtes
Qu'il faut bien qu'on s'inquiète
Ils rêvaient à peu près chaque nuit
Qu'ils auraient des amis
Ils s'échangeaient des mots sans chaleur
Dans le même ascenseur
Ils couraient fermer à toute allure
Leurs quarante serrures
Puis ils s'endormaient dans les filets
D'un poste de télé
En rêvant à peu près chaque nuit
Qu'ils auraient des amis
Ils avaient lu leur nom sur le dos d'une boîte aux lettres
Ils pensaient que c'était bien assez se connaître
Pourtant ils se sentaient sourire
Et même ils s'entendaient dormir
Mais ils ne se sont jamais rencontrés
Ils ont déménagé
Ils vivaient dans deux mondes lointains
Ils étaient des voisins
Mais chacun son côté de cloison
Et chacun son feuilleton
Ils fermaient les volets de leur cœur
Tous les soirs à dix heures
En rêvant à peu près chaque nuit
Qu'ils auraient des amis
Ils avaient lu leur nom sur le dos d'une boîte aux lettres
Ils pensaient que c'était bien assez se connaître
Pourtant ils se sentaient sourire
Et même ils s'entendaient dormir
Mais ils ne se sont jamais rencontrés
Puisqu'ils se disaient:
C'est pas la peine d'aller leur parler
Puisqu'on a la télé
C'est pas la peine de se chercher des mots
Puisqu'on a la radio
C'est pas la peine de se donner du mal
Puisqu'on a le journal

Les yeux bleus pleurant sous la pluie

Paroles: Francis Cabrel. Musique: Fred Rose 2006 "Dick Rivers"

Titre original: "Blue eyes crying in the rain"

autres interprètes: Francis Cabrel (2007)

note: Adaptation française du titre de Roy Acuff (1945), popularisé par Willie Nelson (1975).

Pour toi, c'est une histoire ancienne
Pour moi, ça n'a jamais fini
Et trop souvent me reviennent
Tes yeux bleus pleurant sous la pluie

Même si mes vies me conviennent
Et même si tout m'a réussi
Rien n'effacera la scène
Des yeux bleus pleurant sous la pluie

Et je prends les jours comme ils viennent
Pour me faire croire que j'oublie
Ces yeux d'où coulait ta peine
Cette eau bleue où filait ma vie

{x2:}
Et loin dans mes nuits bohémiennes
Toujours, une voix me dit
Que j'ai laissé une reine
Les yeux bleus pleurant sous la pluie

Lisa

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1985 "Photos de voyages"

Lisa nos barques en papier
Dans le grand bassin bleu
Tes premiers pinceaux de noir pour les yeux
Tu disais souvent "on vivra ailleurs"
Je courais me cacher
Quand je voulais que tu pleures
Quelques hommes jouent encore
Comme des enfants cruels
Ce soir Odessa s'endort sous le ciel
Lisa c'est partout les mêmes
Les fumées des avions
T'es juste du mauvais côté de l'horizon
Les seuls trains qui partent
Sont des trains de banlieue
T'as beau tendre tes mains
Y a tout ce vide au milieu
Et tes chansons retombent
Aux pianos des hôtels
Pendant qu'Odessa s'endort sous le ciel
Il me reste le nom que tu portes
J'imagine le son de ta voix
Un beau jour c'est certain tu t'envoleras
Lisa des soldats surveillent
Les camions de courrier
Tes mots en reviennent tout déshabillés…
Quelques hommes jouent encore
Comme des enfants cruels
Sans doute Odessa s'endort sous le ciel
Il me reste le nom que tu portes
J'imagine le son de ta voix
Un beau jour c'est certain tu t'envoleras
Lisa, accrochée aux ailes
Des oiseaux dissidents

Loin devant

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1999 "Hors-saison"

Loin devant
L'horizon encombré
Fais-moi loin devant
Une maison posée
J'entends
Le monde chanter
Sous les arbres penchés
Devant

Il descend
Des lumières dorées
Dessine-nous dedans
Dans des habits légers
J'entends
Les colombes jouer
La paix est bien cachée
Dedans

Simplement
Après tant et tant de brume
On aura les yeux qui s'allument vraiment…
Vraiment
Forcément
Sous de vrais croissants de lune
Les enfants pourront rêver autrement…
Mautrement

Loin devant
L'horizon encombré
Fais-moi loin devant
Un chemin, un sentier
Un ruban
Des tables chargées de pain blanc

Simplement
Après tant et tant de brume
On aura les yeux qui s'allument vraiment…
Vraiment
Forcément
Comme on n'aura plus de larmes
On verra enfin le monde autrement…
Mautrement

Loin devant
L'horizon encombré
Fais-moi loin devant
Une maison posée
Je l'entends…

Ma place dans le trafic

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1981 "Carte postale"

Le jour se lève à peine
Je suis déjà debout
Et déjà je promène une larme sur mes joues
Le café qui fume
L'ascenseur qui m'attend
Et le moteur que j'allume
L'aident à prendre lentement
Prendre ma place dans le trafic
À prendre ma place dans le trafic
J'aimerais que quelqu'un vienne et me délivre
Mais celui que je viens de choisir
L'a donné juste assez pour survivre
Et trop peu pour m'enfuir
Je reste prisonnier de mes promesses
À tous ces marchands de tapis
Qui me font dormir sur la laine épaisse
Et qui m'obligent au bout de chaque nuit
À prendre ma place dans le trafic
À prendre ma place dans le trafic
Et quand je veux parler à personne
Quand j'ai le blues
Je vais décrocher mon téléphone
Et je fais le 12
Je suis un mutant, un nouvel homme
Je ne possède même pas mes désirs
Je me parfume aux oxydes de carbone
Et j'ai peur de savoir comment je vais finir
Je regarde s'éloigner les rebelles
Et je me sens à l'étroit dans ma peau
Mais j'ai juré sur la loi des échelles
Si un jour je veux mourir tout en haut
Il faut que je prenne ma place dans le trafic
Faut que je prenne ma place dans le trafic
Et quand je veux parler à personne
Quand j'ai le blues
Je vais décrocher mon téléphone
Et je fais le 12
Parce que quoique je dise
Quoique je fasse
Il faut que passent les voitures noires
Je suis un mutant, un nouvel homme
Je ne possède même pas mes désirs
Je me parfume aux oxydes de carbone
Et j'ai peur de savoir comment je vais finir
Il y a tellement de choses graves
Qui se passent dans mes rues
Que déjà mes enfants savent
Qu'il faudra qu'ils s'habituent
À prendre ma place dans le trafic
À prendre ma place dans le trafic
Ma place dans le trafic

Ma ville

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1977 "Les murs de poussière"

La rue est sale
On n'y chante plus, on s'y croise à peine
Ceux qui s'y promènent y parlent si bas
Que la rue est morte
Rue d'usine
Toute tachée d'huile tombée des machines
Je ne vois plus d'enfant jouer dans vos rigoles
La rue est folle

Comme un mendiant, je me promène
Personne pour me dire bonjour
Je suis un étranger ma mère
Dans la ville où j'ai vu le jour
Comme un voleur, ils me regardent
Il n'est pas question d'amitié
Leurs sourires, ils se les gardent
Dans cette ville où je suis né

Ma ville est triste
Cent mille personnes et personne n'existe
Des courants de monnaie traînent mille fantômes
Comme un seul homme
Ma ville est grise
Des couloirs de béton aux porches des églises
Tout deviendra si noir qu'il n'y a plus de remède
Ma ville est laide

Comme un mendiant, je me promène
Personne pour me dire bonjour
Je suis un étranger ma mère
Dans la ville où j'ai vu le jour
Comme un voleur, ils me regardent
Il n'est plus question d'amitié
Leurs sourires, ils se les gardent
Dans cette ville où je suis né

Mais demain, demain si tu veux
Tout demain, demain tous les deux
On refera ma ville, ma ville
Et demain, demain si tu veux
Tout demain, tout demain tous les deux
On refera ma ville
On refera ma ville
On refera ma ville…

Madame n'aime pas

Paroles: Francis Cabrel. Musique: J.J. Cale 2008 "Des roses et des orties"

Titre original: "Mama don't"

note: Adaptation française du titre de J.J. Cale.

Madame n'aime pas la guitare du tout {x2}
Madame n'aime pas mais pas de problème
On jouera d'la guitare quand même
C'est pas Madame qui commande après tout

Madame n'aime pas la basse non plus {x2}
Madame n'aime pas les basses fréquences
On se demande à quoi Madame pense
Nous, sans la basse, on est perdu

Madame n'aime pas la batterie, je crois {x2}
Ah! Il faudra que Madame s'y fasse
Qu'elle sache que rien ne remplace
Un bon tempo comme celui-là

Madame n'aime pas le piano
Madame n'aime même pas le piano
Ah! Je trouve Madame bien difficile
On a le meilleur pianiste en ville
On se demande vraiment ce qu'il lui faut

Madame n'aime pas l'accordéon {x2}
On s'en fout de ce que Madame aime
Ou n'aime pas, il jouera quand même
Nous, c'est ce que nous aimons

Madame n'aime pas ce que nous jouons {x2}
Madame dit que c'est du folklore
Que ça joue faux, que ça joue fort
Alors d'avance, Madame, pardon!
Pardon

Madame dit que c'est du folklore
Que ça joue faux, que ça joue fort
Alors d'avance, Madame, pardon!
Pardon

Madame X

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1999 "Hors-saison"

Madame X et ses enfants
Tout l'hiver sans chauffage
Caravane pour des gens
Même pas du voyage
Et pourtant comme elle dit
C'est pas elle la plus mal lotie
Elle en connaît qui couche dehors
Dans les parages
Quand y a toutes ces voitures de sport
Dans les garages

Madame à savoir comment
Fait deux fois plus que son âge
Elle s'endort avec des gants
Au fond d'un sac de couchage
Et pourtant comme elle dit
C'est pas elle la plus mal lotie
Elle en connaît qui restent
Accrochés aux grillages
En espérant qu'un camion
Manque le virage

C'était un pays charmant
C'était un pays comme il faut
Elle dit, elle dit maintenant
Maintenant on prend
Quelques photos des mourants
Au lieu de leur donner de l'eau
Elle dit pas ça méchamment
Pour l'instant…

Madame X et ses enfants
Toujours pas de chauffage

Madeleine

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1977 "Les murs de poussière"

Madeleine, trop de peine
Il faudrait qu'elle oublie
Ces amours lointaines
Qui reviennent chaque nuit
Quand Madeleine dort
Sur sa chevelure d'or… fanée
Un soleil lourd de silence
Écrase l'alentours
Nulle fleur ne danse
Entre les dalles de la cour
Où Madeleine marche
Dans sa robe de patriarche… froissée

La voix d'un homme dans ses yeux
Lui dit que ce n'était qu'un jeu
Qu'ils rebâtiront leur bonheur
Et qu'un enfant brûlera leur cœur
Que la vie pourra repartir
Qu'on balayera les souvenirs
Tout comme autrefois
Alors le temps pour sourire
Elle fuit sa prison
Pour briser dans son délire
Les chaînes du pardon
Et Madeleine rit
Comme si tout était fini… passé

La voix d'un homme dans ses yeux
Lui dit que ce n'était qu'un jeu
Qu'ils rebâtiront leur bonheur
Et qu'un enfant brûlera leur cœur
Que la vie pourra repartir
Qu'on balayera les souvenirs
Tout comme autrefois
Mais d'autres matins viendront
Rallumer sa blessure
Qu'elle cache derrière sa longue
Robe de bure
Et Madeleine sait
Qu'elle n'en finira jamais… jamais

Et c'est bien trop de peine
Trop pour sœur Madeleine
Et c'est bien trop de peine
Trop pour sœur Madeleine
Et c'est bien trop de peine
Trop pour sœur Madeleine

Mademoiselle l'aventure

Paroles et Musique: Francis Cabrel 2008 "Des roses et des orties"

note: chanson dédiée à la mère biologique de l'enfant adoptée par le chanteur

Mademoiselle l'aventure,
Vous avez posé sans bruit,
Roulé dans sa couverture,
Un petit ange endormi

On arrivait de nulle part
On l'a serré contre nous
Ce qui ressemble au hasard
Souvent est un rendez-vous

Mademoiselle le mystère,
Evanouie pour toujours,
Vous serez toujours la mère
Nous serons toujours l'amour

C'est le livre qu'on partage
Et nous voilà réunis
Au matin de chaque page
On vous remercie

{Refrain:}

Vous avez l'âge où on s'amuse de tout, de rien, de son corps
Pas de témoin, je présume, juste la lune et encore
Et ce trésor, cette colombe qui vous avait ralentie
Vous l'avez posée dans l'ombre et l'ombre vous a reprise

Cette petite âme blanche
Elle sera née deux fois
La première entre vos hanches
La seconde entre nos bras

La force que ça lui donne
C'est de l'éclat de diamant
On veut le dire à personne,
A vous seulement

{au Refrain}

Vous êtes sûrement très belle
Comme ce petit miroir de vous
Qui s'endort contre mon aile
C'est tout ce que je sais de vous,
Mademoiselle

Mais le matin

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1979 "Les chemins de traverse"

Elle est plus grande que la mer
Mais elle tient au creux de mes doigts
Elle est tellement de choses à la fois
On ne joue pas au poker
Avec une fille comme ça
C'est toujours elle qui a les quatre rois
Mais le matin
Quand on se réveille elle est moi
On a plein
De rosée sur les draps
Mais le matin
Quand on s'éveille tous les deux
On a plein
De cernes sous les yeux
Elle met du rose sur ses lèvres
Et des fleurs au bout de ses doigts
Elle n'a pas besoin de tricher pour ça
Le ciel est clair quand elle se lève
Et puis noir quand elle s'en va
Quand elle part avec mes rêves sous le bras
Mais le matin
Quand on se réveille elle est moi
On a plein
De rosée sur les draps
Mais le matin
Quand on s'éveille tous les deux
On a plein
De cernes sous les yeux
Et je sais qu'elle cache ses guitares
Au fond d'une armoire à poupées
Avec le début de notre histoire
Et les lambeaux de son passé
Et dans chacune de ses empreintes
Moi je pose les pieds
Sans savoir, elle va m'emmener
Mais je n'ai pas grand-chose à craindre
De son corps de poupées
On a tant de choses à se partager
Mais le matin
Quand on se réveille elle est moi
On a plein
De rosée sur les draps
Mais le matin
Quand on s'éveille tous les deux
On a plein
De cernes sous les yeux
Elle est plus grande que la mer
Mais elle tient au creux de mes doigts
On ne joue pas au poker
Avec une fille comme ça
Elle est plus grande que la mer
Mais elle tient au creux de mes doigts
On ne joue pas au poker
Avec une fille comme ça

Même si j'y reste

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1981 "Carte postale"

Y a sûrement une piste à l'autre bout du monde
Sur une île perdue où le ciel se lamente
Depuis qu'ont disparu les avions de quarante
On ne peut pas toujours vivre les vieilles et mêmes choses
Il faudra bien qu'un jour mon appareil s'y pose
Les ailes déchirées par les vents du parcours
Ne me permettront pas le voyage retour
Même si j'y reste
Même si j'en pleure
Même si j'y attrape la peste
Même si j'en meure
Rien ne me fera regretter mon geste
À force de dormir sous les brises marines
Il ne restera rien de mes anciennes racines
Je n'aurai que ma peau pour unique prison
Trois ou quatre photos et la moitié d'un crayon
J'y vivrai tout le temps qu'on voudra que j'y vive
Mes histoires d'amour belles et définitives
Pour les arbres, les fleurs et les caméléons
Pour les vagues qui viennent et celles qui s'en vont
Même si j'y reste
Même si j'en pleure
Même si j'y attrape la peste
Même si j'en meure
Rien ne me fera regretter mon geste
Même si j'y reste
Juste en face, la mer sur des blocs de granit
Un jour j'irai graver les raisons de ma fuite
Avec les reflets blancs du regard des sirènes
J'avais peur des chemins qu'on voulait que je prenne
Même si j'y reste
Même si j'en pleure
Même si j'y attrape la peste
Même si j'en meure
Rien ne me fera regretter mon geste
Même si j'y reste
Même si j'en pleure
Même si j'y attrape la peste
Même si j'en meure
Rien ne me fera regretter mon geste
Hey, même si j'y reste
Si j'en pleure
Si j'en meure
Rien ne me fera regretter mon geste

Monnaies blues

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1979 "Les chemins de traverse"

Je marchais dans une rue louche
Elle, elle avait les bras croisés
Et puis une si grande bouche
Que je me suis laissé tenter
Elle m'a montré des tas de choses
Qu'on ne montre qu'à ses amis
Sa bibliothèque en cuir rose
Et la soie de ses draps de lit
J'étais tout près de l'épouser
Quand elle m'a montré la porte
Elle a pris toute ma monnaie
Elle a dit "c'est le seul moyen pour que je m'en sorte"
Je suis rentré chez moi de rage
J'ai allumé la télé
Un vieillard encombrait l'image
Un vieillard très bien habillé
Il prononçait des mots bizarres
Des mots que personne connaît
J'ai dit c'est pas drôle ton histoire
Et il ne s'en sortira jamais
La speakerine est venue traduire
Avant que j'éteigne mon poste
"Il voudrait toute votre monnaie"
Il a dit "c'est le seul moyen pour que je m'en sorte"
J'ai dit mon vieux c'est pas facile
S'ils veulent tous de mon argent
Lorsque l'évêque de la ville
Entra dans mon appartement
Il avait ses habits de messe
Par dessus sa tenue de plage
Il criait "mes quatre maîtresses
Viennent d'être prises en otage
Par pitié faites quelque chose
Pour pas qu'elles ne reviennent mortes"
Il a pris toute ma monnaie
Il a dit "c'est le seul moyen pour qu'elles s'en sortent"
Je me suis enfui dans un bar
J'ai pris mon alcool préféré
J'avais pas commencé de boire
Quand des docteurs sont entrés
Ils criaient "vous avez l'air pâle
Et la mort arrive si vite
On a prévenu l'hôpital
On va vous embarquer de suite"
Pas moyen de leur échapper
Ils avaient une bonne escorte
Ils ont pris toute ma monnaie
Ils ont dit "c'est le seul moyen pour qu'on s'en sorte"
Lorsque je me suis réveillé
J'ai dit pourvu que tout ça s'arrête
J'ai mis partout trois tours de clé
J'ai fermé les doubles fenêtres
J'ai calfeutré mon lavabo
J'ai débranché mon téléphone
Et j'ai bien tiré les rideaux
J'ai dit je veux plus voir personne
Et j'ai mis des gardes à chaque mur
Des armoires contre les portes
Et j'ai brûlé toute ma monnaie
Puisque c'était le seul moyen pour que je m'en sorte
Et j'ai brûlé toute ma monnaie
Puisque c'était le seul moyen pour que je m'en sorte

Octobre

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1994 "Samedi soir sur la Terre "

Le vent fera craquer les branches
La brume viendra dans sa robe blanche
Y aura des feuilles partout
Couchées sur les cailloux
Octobre tiendra sa revanche
Le soleil sortira à peine
Nos corps se cacheront sous des bouts de laine

Perdue dans tes foulards
Tu croiseras le soir
Octobre endormi aux fontaines
Il y aura certainement,
Sur les tables en fer blanc
Quelques vases vides et qui traînent
Et des nuages pris aux antennes

Je t'offrirai des fleurs
Et des nappes en couleurs
Pour ne pas qu'Octobre nous prenne
On ira tout en haut des collines
Regarder tout ce qu'Octobre illumine
Mes mains sur tes cheveux
Des écharpes pour deux

Devant le monde qui s'incline
Certainement appuyés sur des bancs
Il y aura quelques hommes qui se souviennent
Et des nuages pris aux antennes
Je t'offrirai des fleurs
Et des nappes en couleurs
Pour ne pas qu'Octobre nous prenne

Et sans doute on verra apparaître
Quelques dessins sur la buée des fenêtres
Vous, vous jouerez dehors
Comme les enfants du nord
Octobre restera peut-être.
Vous, vous jouerez dehors
Comme les enfants du nord
Octobre restera peut-être.

Pas trop de peine

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1984 "Cabrel public (Live)"

Moi, quand j'avais 14 ans
Les accords de Dylan
Meublaient mes insomnies
Et je m'endormais le matin
Ma guitare à la main
Sans débrancher l'ampli
Toi, tes parents te gardaient des ronds
Pour que tu aies ta maison
Avec un jardin sur le devant
Pour les soirs de printemps
Et quand tu arrivais au lycée
T'avais tout étudié
On était fier de toi
Moi, je disais je regrette
J'ai des notes plein la tête
Je ne vous entends pas
Elles s'envolent par millier tous les soirs
Du fond de ma guitare
Ils m'ont dit qu'ils n'étaient pas d'accord
Ils m'ont foutu dehors

Ça m'a pas fait trop de peine
Mais j'ai dit:
Vos livres sont moisis
Vos principes me gênent
Et vos chaînes m'ennuient
Surtout gardez vos rengaines
Pour ceux qui sont déjà endormis
Moi je suis pour qu'on sème
Des graines de folie

Et j'ai fait pas mal de détours
J'ai vécu à la cour
Des mendiants et des rois
Pendant que toi tu comptais
Tes primes de fin d'année
Tes cravates de soie
Mais l'autre jour je t'ai retrouvé
Derrière ton guichet
Et j'ai compris à travers tes lunettes
Que c'est toi qui regrette

Ça m'a pas fait trop de peine
Mai j'ai dit:
Tes livres étaient moisis
Ton costume te gêne
Et tes chaînes t'ennuient
Tu as écouté la rengaine
Ça fait 30 ans que tu es endormi
T'as tes 4 semaines
Moi j'ai toute ma vie…

Petite Marie

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1977 "Les murs de poussière"

Petite Marie, je parle de toi
Parce qu'avec ta petite voix
Tes petites manies, tu as versé sur ma vie
Des milliers de roses
Petite furie, je me bats pour toi
Pour que dans dix mille ans de ça
On se retrouve à l'abri, sous un ciel aussi joli
Que des milliers de roses
Je viens du ciel et les étoiles entre elles
Ne parlent que de toi
D'un musicien qui fait jouer ses mains
Sur un morceau de bois
De leur amour plus bleu que le ciel autour
Petite Marie, je t'attends transi
Sous une tuile de ton toit
Le vent de la nuit froide me renvoie la ballade
Que j'avais écrite pour toi
Petite furie, tu dis que la vie
C'est une bague à chaque doigt
Au soleil de Floride, moi mes poches sont vides
Et mes yeux pleurent de froid
Je viens du ciel et les étoiles entre elles
Ne parlent que de toi
D'un musicien qui fait jouer ses mains
Sur un morceau de bois
De leur amour plus bleu que le ciel autour
Dans la pénombre de ta rue
Petite Marie, m'entends-tu?
Je n'attends plus que toi pour partir…
Dans la pénombre de ta rue
Petite Marie, m'entends-tu?
Je n'attends plus que toi pour partir…
Je viens du ciel et les étoiles entre elles
Ne parlent que de toi
D'un musicien qui fait jouer ses mains
Sur un morceau de bois
De leur amour plus bleu que le ciel autour

Petite sirène

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1989 "Sarbacane"

Pleure pas petite sirène,
La ville dort encore,
Ton histoire commence à peine.
Pleure pas petite sirène,
Le jour attend dehors,
Dans les brumes des fontaines.
Ce matin est si clair,
Ce silence est si doux,
Des paroles d'hommes flottent dans l'air,
Tout le monde a rendez-vous.
La nuit est passée toute entière,
Creusée sur nos joues.
Tu déchires tout d'un trait de lumière,
Et c'est la vie tout à coup…
La vie tout à coup.
Pleure pas petite sirène,
La ville dort encore,
Ton histoire commence à peine.
Pleure pas petite sirène,
Le jour attend dehors,
Dans les brumes des fontaines.
Ça se voit que tu viens de chez les anges
T'es belle comme tout.
Ça se voit que nos manières te dérangent,
Et ces lumières partout.
Tout ces fantômes qui te touchent,
Ces mains qui te secouent,
Cette bouffée d'air froid dans ta bouche
C'est la vie tout à coup…
La vie tout à coup.
Pleure pas petite sirène,
La ville dort encore,
Ton histoire commence à peine.
Pleure pas petite sirène,
Le jour attend dehors,
Dans les brumes des fontaines.
Voilà que tu viens comme une reine,
Juste à la pointe du jour,
Avec dans son écho de porcelaine,
Ton appel au secours.
Comme un signal pour que s'égraine,
Ce temps qui s'enfuit à son tour,
D'abord les heures, les jours, les semaines,
Et puis les années d'amour…
Les années d'amour.
Pleure pas petite sirène,
La ville dort encore,
Ton histoire commence à peine.
Pleure pas petite sirène,
Le jour attend dehors,
Dans les brumes des fontaines.
Pleure pas petite sirène…
Pleure pas petite sirène,
Le jour attend dehors,
Dans les brumes des fontaines.

Photos de voyages

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1985 "Photos de voyages"

Comme l'enfant des îles
Avec rien sur la peau
Qui regarde tranquille
Croiser les paquebots
Tu descends tu t'approches
T'as l'argent dans les poches
Tu le prends en photo
Au retour du voyage
Dans les coins du salon
Tu revois son visage
Sur des bouts de carton
Dans des boîtes à chaussures
Au milieu des factures
Et des billets d'avions
Toi t'as l'argent, lui le soleil
Il a tout son temps toi t'as ton appareil
Tu ramènes des images
Des photos de voyages
Tu crois que t'es heureux pareil
T'as tes repas d'affaires
Et tes nuits de travail
Il est assis par terre
Les cheveux jusqu'à la taille
Il répare la nasse
Pour les poissons qui passent
La barrière de corail
Toi t'as l'argent, lui le soleil
Il a tout son temps toi t'as ton appareil
Tu ramènes des images
Des photos de voyages
Tu crois que t'es heureux pareil
C'était à peine croyable
Ces insectes partout
Ces chambres pleines de sable
Ces femmes à peine debout
Dans le fond de ta ville
T'as remis ton manteau
Quelquefois ça descend
Quinze en dessous de zéro
Sur le bord de sa case
Que la chaleur écrase
Il boit le lait de coco
Toi t'as l'argent, lui le soleil
Il a tout son temps toi t'as ton appareil
Tu ramènes des images
Des photos de voyages
Tu crois que t'es heureux pareil
L'enfant des îles
Avec rien sur la peau
Qui regarde tranquille
Croiser les paquebots
Comme l'enfant des îles
Avec rien sur la peau
Rien sur la peau
Rien sur la peau

Plus personne

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1980 "Fragile"

S'il n'y a que mes pas qui résonnent
C'est qu'il ne reste plus personne
Que même les murs sont froids.
Je n'ai plus personne à moi
Quelques vieux souvenirs
Et des cachets pour dormir…
Quelques images qui reviennent
Une place avec une scène
Sur des tréteaux de bois
Des milliers de gens sont là
Mais j'ai dû trop longtemps sourire
Je ne t'ai pas vu partir
Plus que mes pas qui résonnent
Il ne reste plus personne
J'oserai jamais te demander
De revenir me relever
Je vais rester là
Au milieu des papiers gras
Comme un dieu prisonnier
D'une toile d'araignée
Y a plus que mes pas qui résonnent
Il ne reste plus personne
Je croyais pouvoir jouer comme un homme
Mais tant pis pour moi, s'il ne reste plus personne
Que le goût de ta peau sur l'écho de ma voix.
Je croyais pouvoir jouer comme un homme
Mais tant pis pour moi, s'il ne reste plus personne
Que le goût de ta peau sur l'écho de ma voix.
Je croyais pouvoir jouer comme un homme
Mais tant pis pour moi, s'il ne reste plus personne.

Presque rien

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1999 "Hors-saison"

Et voilà tout ce que je sais faire
Du vent dans des coffres en bambou
Des pans de ciel pour mettre à tes paupières
Et d'autres pour pendre à ton cou

C'est rien que du ciel ordinaire
Du bleu comme on en voit partout
Mais j'y ai mis tout mon savoir-faire
Et toute notre histoire en-dessous

Tu vois, c'est presque rien
C'est tellement peu
C'est comme du verre, c'est à peine mieux
Tu vois c'est presque rien…
C'est comme un rêve, comme un jeu
Des pensées prises dans des perles d'eau claire

Je t'envoie des journées entières
Des chats posés sur les genoux
Des murs couverts de fleurs que tu préfères
Et de la lumière surtout

Rien que des musiques légères
Une source entre deux cailloux
Du linge blanc sur tes années de guerre
C'est tout ce que je sais faire c'est tout…

Tu vois, c'est presque rien
C'est tellement peu
C'est comme du verre, c'est à peine mieux
Tu vois c'est presque rien…
C'est comme un rêve, comme un jeu
Des pensées prises dans des perles d'eau claire

Doo doo doo doo doo…

Qu'est-ce que je viens de dire?

Paroles et Musique: Francis Cabrel 1985 "Photos de voyages"

Dans la salle de classe personne ne murmure
Juste le morceaux de craie sur le morceaux de mur
J'étais mieux chez moi, que dans ces livres d'histoire
Et la voix dedans me dit "tout va bien…"
Dans les rangées du haut, on conjugue le futur
Et moi j'apprends la géo sur les plaques des voitures
J'ai bien fait de m'asseoir à côté des fenêtres
Et la voix dedans me dit "tout va bien, t'as la tête ailleurs"
Jusqu'à ce que ce fou vienne hurler dans les haut-parleurs
Rêveur, qu'est-ce que je viens de dire?
Rêveur, qu'est-ce que je viens de dire?
J'étais ailleurs
J'avoue que j'étais ailleurs
J'étais ailleurs
J'avoue que j'étais ailleurs
Nettoyer la boue dans les trous des vestes "kaki"
Éviter les coups et les balles au bout des fusils
J'ai les mains glacées dans la cour immense
Et la voix dedans me dit "tout va bien"
Mais y a quelqu'un qui appelle entre les tourelles des chars
Y a le doigt qui vise une tête prise au hasard
Je dormais mieux chez moi que sur ces paquets de sable
Et la voix dedans me dit "tout va bien, t'as la tête ailleurs"
Jusqu'à ce que ce fou vienne hurler dans les haut-parleurs
Rêveur, qu'est-ce que je viens de dire?
Qu'est-ce que je viens de dire?
Ailleurs
J'avoue que j'étais ailleurs
J'étais ailleurs
J'avoue que j'étais ailleurs
Aujourd'hui encore j'ai les yeux qui voyagent
Mais personne ne me dérange, on dit "il cherche des images"
"Et comment voulez-vous qu'il arrive à écrire
Si vous faites tout ce bruit autour?
Tout ce bruit, tout ce bruit autour…"
Hey, qu'est-ce que je viens de dire?
Ailleurs, ailleurs…
Qu'est-ce que je viens de dire?
Ailleurs, ailleurs…
J'étais ailleurs, ailleurs…
Qu'est-ce que je viens de dire?

Qu'est-ce que t'en dis?

"Les beaux dégâts"

Nos pas dans les mêmes empreintes
Vers les mêmes lendemains
Nos habits sur les mêmes cintres
Qu'est-ce que t'en dis?

Nos couverts sur la même table
Nos corps dans le même bain
Nos châteaux dans le même sable
Qu'est-ce que t'en dis?

Deux âmes jumelles, parallèles, assorties

Ça peut paraître sommaire ou banal
Oh, l'ordinaire parcours
Et si c'était au contraire au final…

Nos héros sur la même estra